L’invention des corps

Pierre Ducrozet

Actes Sud, 2017

Corps qu’on maltraite, qu’on torture…

Corps qu’on pense maîtriser jusqu’à son vieillissement

Corps lourd, encombrant

Ce livre est riche, très riche. On aborde une histoire individuelle, celle d’Alvaro, jeune professeur mexicain qui réchappe des événements tragiques d’Iguala en 2014 où 43 étudiants périrent assassinés par la police. Il arrive à s’enfuir et part aux Etats-Unis dans le dénuement le plus complet. Il est excellent en informatique, il propose ses services au plus grand magnat du net mais il se retrouve à être un cobaye pour l’étude des cellules souches. Il y fait la rencontre d’Adèle, une jeune biologiste française. Ils se retrouveront en cavale ensemble.

On se retrouve dans un futur proche où tout semble permis à certains. Aucune limite. Celle du vieillissement. Ou bien cette île utopique créée de toute pièce afin de vivre selon d’autres règles.

Dans ce roman se côtoient le langage Python, René Girard, Gilles Deleuze, Auschwitz, Les Anonymous, les cellules souches….

La fiction est mélangée à la réalité. L’histoire avec l’Histoire. J’ai beaucoup aimé. J’ai trouvé la structure du roman intéressante et tout s’enchaîne avec facilité. Les réflexions nous amènent à réfléchir sur nous et la société. J’aime la fin où Adèle et Alvaro apparaissent comme deux survivants d’un monde au bord de l’apocalypse. Le monde est à réinventer. Pierre Ducrozet est un génie de l’écriture et de la Littérature.

Je parle très mal de ce livre. Il vous faut le lire !

L’histoire et la société ont brutalisé leurs corps comme ceux des autres. Ce sont des siècles de force exercée contre leurs squelettes qui ont modelé leurs silhouettes. Des générations de coercition, de pliage, de froissement, de dilatation, d’expansion, de démolition. L’espace du dehors et du dedans sans cesse en opposition. Il s’agit pour eux de refaire tout le chemin en sens inverse pour retrouver l’agilité, la puissance, l’aisance perdues. Il faut remonter en soi jusque là et c’est une route sans fin.

Ils auront bien le temps ensuite, pense Adèle sur cette route qui file vers le Guatemala, de relier l’animal à la société.

 

3 réflexions sur “L’invention des corps

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