Yeruldelgger

Ian Manook

Le Livre de Poche, 2016

Ian Manook, comme le nom ne l’indique pas, est un écrivain français. Son livre nous plonge dans la Mongolie des steppes mais aussi celle d’Oulan Bator avec sa rudesse. J’ai découvert ce commissaire Yeruldelgger, un homme présenté avec ses failles mais totalement investi dans son travail d’enquête.

Ian Manook sait planter les décors et nous offre une histoire relancée sans cesse par des rebondissements. C’est assez hard à lire dans l’horreur de certains événements. C’est un roman noir : corruption, violence…

On lit ce livre comme on verrait un film. On est transporté en Mongolie mais là, cela ne donne pas envie d’y aller, car c’est trash. On voit le contraste de la steppe avec les traditions conservées et la ville. Mais dans la steppe, la pauvreté pousse à accepter des choses inimaginables.

J’ai aimé la douceur apportée par Solongo, la compagne de Yeruldelgger. J’ai apprécié son mode de vie, elle vit dans une yourte dans Oulan Bator dans un coin isolé et préservé avec un magnifique jardin entre modernité et respect des traditions. C’est une femme intelligente et de grande bonté. Elle est aussi médecin légiste. L’intrépidité viens aussi de la jeune inspectrice Oyun, totalement investie et perspicace. Les femmes sont mises à l’honneur dans ce livre.

C’est un livre riche de paysages, de façons de vivre, de blessures, d’humanité, d’actions et de rebondissements, de découvertes. On est tenu en haleine tout au long du livre et j’ai été surprise par tous les rebondissements. A lire si vous souhaitez une lecture décoiffante !

En quelques jours au monastère, il avait perdu la colère et retrouvé la force. On n’apprend pas seul, et l’adversaire aussi est un partenaire. Sa force fait la nôtre, cette force qui détruit ce que la colère ne fait qu’emporter. Comment avait-il pu s’éloigner à ce point de la vérité de l’enseignement ? Il espérait aujourd’hui avoir retrouvé sa richesse intérieure. Chercher à ressentir autant qu’à réfléchir. Eviter les combats inutiles, qui ne sont que la preuve de l’inefficacité de tout autre chose, mais ne jamais reculer une fois le combat engagé. Toujours avancer, sans colère, toujours à son rythme. Maintenir sa force. Ne pas essayer d’éviter les corps en reculant, mais toujours avancer sur eux en se désaxant. Pénétrer l’attaque de l’autre plutôt que d’attaquer soi-même. Comment avait-il pu oublier tout cela ?

La suite est par ici et me tente bien :

     

Ce livre était dans ma PAL depuis un an. Heureuse de l’avoir sorti, j’ai passé un très bon moment de lecture.

Surtensions

surtensions

Olivier Norek

Michel Lafon, 2016

 

J’ai beaucoup aimé  lire « Code 93 » et « Territoires » où on entre de plein pieds dans une équipe de police du 93 et c’est bluffant. Le Capitaine Coste est la personne qu’on aimerait avoir en face de nous lors d’un problème quelconque qui nous arriverait tant son humanité et son professionnalisme est exemplaire. Olivier Norek a su nous attacher à son équipe très touchante. Voilà, dans ce troisième tome, on découvre dès les premières pages qu’un membre de son équipe est mort et c’est terrible.

Les pages qui suivent cette entrée en matière relatent la dureté et toute l’inhumanité qui règnent dans les prisons françaises. L’écriture d’Olivier Norek m’a mise très mal à l’aise. On sentait de l’ironie grossière à certains passages qui débouchaient sur l’horreur d’une situation. Je sais ce qui se passe dans les prisons françaises et aller dans les détails crus n’apportent rien. Les détails sur l’affaire de pédophilie sont du même acabit. On se retrouve en position de voyeurisme malsain.

Le Capitaine Coste, au bout de 15 ans de bons et loyaux services, arrive à bout de souffle et l’écriture nous fait sentir cet essoufflement. Les affaires sont difficiles et l’auteur nous dévoile beaucoup de choses sur un certain tribunal et ses scellés, le milieu corse, les avocats véreux, résoudre une affaire d’enlèvement… La lecture est toujours instructive mais malheureusement c’est triste, dur et terriblement vrai, si bien que cela en est déprimant.

Mais je ne suis pas prête à me tourner vers des romans d’amour pour plus de légèreté…

 

 

 

Une proie trop facile

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Yishaï Sarid

Actes Sud, Collection « Actes noirs », 2015

Cela commence dans une sorte d’enlisement sociétal. Un avocat, parmi les milliers que comptent Tel Aviv, végète littéralement dans sa carrière et dans sa vie personnelle. Il accepte, en tant qu’officier réserviste, d’enquêter sur un viol dans l’armée israélienne. Le présumé « violeur » est un brillant capitaine de 24 ans qui combat sur le front. Il semble irréprochable. Des contradictions, des mensonges se retrouvent dans le recueil des témoignages de la victime et de son prétendu violeur.

L’enquête subit la pression de l’Etat Major de l’armée afin de classer sans suite cette enquête. La fille a connu des précédents psychiatriques que la famille a tenté de résoudre avec des rebouteux.

L’image de la Famille dans ce roman est particulière. Tout le monde semble névrosé entre une mère dévote et un père qui ne l’est pas, entre un père absent happé par l’occident et ses valeurs et qui laisse sa fille de côté. On découvre aussi cet Etat particulier qu’est Israël avec ses origines multiculturelles : marocaine, russe, irakienne… Israël, lieu du refuge mais aussi lieu des excès. Une armée avec des combattants qui vivent des traumatismes importants.

Le narrateur est un type paumé, enlisé dans des relations toxiques qui n’arrive pas à aller de l’avant.

Roman particulier où l’auteur nous laisse entendre son point de vue sur la société israélienne.

Je pense que je lirai son précédent roman « Le poète de Gaza ».

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2016

Ils savent tout de vous

Ilssaventtoutdevous

Iain Levison

Liana Levi, 2015

C’est un roman qui sait tout de suite nous capter (et la 4e de couverture est très représentative de cela) par l’étrangeté de ces personnes qui se découvrent des dons de télépathes et qui lisent parfaitement tout ce qui se passe en vous. Iain Levison s’amuse en confrontant deux télépathes, un qui est policier Jared Snow et l’autre un criminel, Denny Brooks qui se trouve en prison. Ils s’uniront ensuite face aux événements auxquels ils vont être confrontés.

Un peu de mystère est aussi apporté par cette curieuse jeune femme Terry qui les retrouve et qui a l’air d’en savoir bien plus ce qu’elle leur dit. Les télépathes n’arrivent pas à lire dans ses pensées.

J’ai trouvé beaucoup d’intérêt à lire ce roman malgré parfois quelques imprécisions dans les liens des événements.

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2016

Oliver ou la fabrique du manipulateur

Oliver

Liz Nugent

Denoël, 2015

 

« Oliver ou la fabrique du manipulateur » est le premier roman de Liz Nugent et c’est plutôt réussi.
Un fait divers est relaté ici : Oliver agresse violemment sa femme Alice un soir et elle sombre dans le coma. Le couple semblait pourtant si parfait.
J’aime les romans chorals où chacun éclaire l’histoire de son vécu et de ses pensées personnelles. Ici, chacun prend la parole et raconte sa relation avec Oliver ou la victime et cela à différentes périodes. On reconstitue ainsi l’histoire et le parcours
d’ Oliver.
On ne ressent pas d’empathie pour ce personnage d’ Oliver, sauf peut-être lors de son enfance si dure qu’il a vécue. C’est terrible. Oliver, dès 6 ans, fut placé dans un pensionnat alors que la maison de son père était à moins d’un kilomètre de là et était visible d’une fenêtre du pensionnat. Il ne connut pas sa mère et ne fut pas inclus dans la nouvelle vie de son père avec femme et enfant. Son demi-frère allait à l’école rattachée au pensionnat mais il n’a jamais eu connaissance de son lien de parenté avec Oliver.
Il a fait des choix qui l’ont emmené à cette issue fatale alors que la vie lui a mis sur son chemin des personnes bonnes, intéressantes et attachantes : Laura, Alice, Barney…
Ces protagonistes ont passé dans leur jeunesse un été dans un vignoble bordelais et Liz Nugent a su très bien décrire les lieux, l’ambiance si particulière des vendanges.
C’est un livre très agréable à lire avec des personnages très attachants et intéressants.
Je reviens sur le titre « Oliver ou la fabrique d’un manipulateur ». Est-ce qu’on peut parler d’un manipulateur. J’ai plutôt l’impression que ses choix dans la vie ont été dictés par un instinct de survie qui l’ont placé dans un état de tension permanente.

Ma femme avait fini par faire ressortir le pire chez moi. Ce qui n’était pas vraiment prévisible. Je l’avais toujours bien aimée, à ma façon. Pour commencer, c’était une super cuisinière. Il faut dire que je lui avais fait suivre des cours. Et puis elle était très entreprenante au lit, ce qui était sympa. C’est infiniment triste de penser à des choses pareilles maintenant, vu son état.

 

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2016

Au-dessus des lois

au dessus des lois

Justin Peacock

Sonatine, 2015

C’est un roman très dense. On entre dans le roman avec Duncan Riley, un jeune
avocat en passe de devenir associé dans un cabinet prestigieux. Il travaille pour
un gros client qui est dans le secteur immobilier, mais aussi pour un client gratuit,
qu’on menace d’expulsion. Le lien entre ces deux affaires : la réhabilitation d’un
quartier de New York.
Une journaliste d’investigation très compétente, Candace Snow va aussi mener
son enquête pour le compte de son journal.
Tout est très détaillé que cela soit au niveau de l’immobilier, mais aussi au niveau
juridique. Beaucoup de personnes gravitent autour de cette affaire.
On pourrait faire un schéma détaillé des différents personnages et de leur lien
pour mieux saisir la situation.
Justin Peacock est lui aussi un avocat, il a voulu certainement nous donner toutes
les précisions nécessaires pour mieux comprendre les détails de cette affaire
complexe.
Mais cela a été trop pour moi. Je n’ai pas eu plaisir à lire tous ces détails
techniques que cela soit sur l’urbanisme ou le droit des affaires. On reste à
distance des personnages et j’aurais voulu en savoir plus sur cet avocat et cette
journaliste qui sont de grands professionnels intègres et droits dans leurs baskets,
très moraux.

 

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2016

Mala Vida

mala vida

Marc Fernandez

Préludes, 2015

« Mala Vida » est un polar mêlant Histoire, politique, milieu du journalisme et système judiciaire.

Ce roman commence par un meurtre, suivi de quatre autres : un élu, un notaire, un médecin, un banquier, une bonne sœur. Cela se passe dans l’Espagne d’aujourd’hui et l’intrigue se noue sur un fait historique réel : les bébés volés aux opposants de Franco et donnés à des familles franquistes et cela pendant de très nombreuses années.

L’enquête est menée par un journaliste intègre, Diego, il tient une chronique à la radio. Il y a l’intervention d’une détective privée et d’une avocate dont le rôle sera très vite intriguant.

La lecture fut passionnante, car l’histoire se déroulait dans un pays européen proche et je n’ai jamais lu de policier qui se passe en Espagne. Enfin et surtout cela se mêle à l’histoire sombre de ce pays.

La construction du livre est intéressante, car on connaît très vite le responsable de ces meurtres, mais l’auteur nous fait entrer dans sa vie et on suit de très près toute son aventure.

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2016

Les infâmes

Lesinfames

Jax Miller,

Editions Ombres Noires, 2015

 

Freedom Oliver, témoin protégé, sort de son anonymat pour partir à la recherche de
sa fille qui a disparu. Je n’ai pas réussi à m’attacher à ce personnage de Freedom
Oliver et pour moi c’est essentiel de ressentir un minimum d’empathie pour l’un des
personnages. Là, il y a beaucoup de choses dans cette histoire et la structuration de
toutes ces parties n’est pas limpide. Le rythme est lent, surtout les 174 premières
pages où l’on découvre le personnage de Freedom et des bribes de son passé. Le
rythme s’accélère un peu ensuite quand Freedom part à la recherche de sa fille et
qu’une course contre la montre s’engage. Mais à ce moment, on dénoue l’intrigue et
ce, bien avant la fin. On reste à distance de ce livre car on n’est pas happé dans un
rythme endiablé ou bien par l’atmosphère du livre. De plus, la psychologie des
personnages y est peu développée à mon goût.
C’est un premier roman. Beaucoup de bons ingrédients sont là mais il manquait un
petit quelque chose pour que cela soit réellement bon à mes yeux.

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2016

Noir Septembre

noir septembre

Inger Wolf

Mirobole éditions, 2015

Anna, jeune mère célibataire est retrouvée morte, nue au milieu d’une clairière, la gorge tranchée. C’est le commissaire Daniel Trokic qui mène l’enquête. Ce dernier est d’origine croate par son père et bien sûr célibataire, comme le sont tous les policiers de ce commissariat. L’enquête sera résolue en huit jours. Le rythme n’est pas enlevé mais on a l’impression de vivre chaque moment de ces huit jours en compagnie tour à tour des différents enquêteurs. Ces enquêteurs ne semblent pas des personnes extraordinaires, mènent une vie simple mais ils se donnent à fond pour trouver le coupable du meurtre, au détriment de leur vie personnelle et ils sont extrêmement compétents.

C’est un roman policier qui se lit très bien et qui est divertissant mais quelques jours après l’avoir lu, il n’en reste pas grand chose. Dommage.

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2016

Am Stram Gram…

amstramgram

M.J. Arlidge

Les Escales Editions, 2015

J’apprécie beaucoup les romans policiers où c’est une femme qui mène l’enquête et donc dirige une équipe dans ce monde encore très masculin de la police. Dans ce roman de M.J. Arlidge, c’est Helen Grace, femme dure et fonceuse qui va enquêter sur ces meurtres totalement pervers. Deux personnes se retrouvent enfermées dans un espace totalement fermé seuls sans nourriture sans aucun confort avec comme compagnie un revolver. Pour s’en sortir, il faut tuer l’autre.

Aux chapitres courts du début, l’écriture prend ensuite de l’amplitude et on entre plus en profondeur dans la complexité de l’enquête et dans la peau des différents personnages. Helen Grace a des failles et on sent que sous cette carapace, il y a des restes d’un drame qu’elle a du vivre dans le passé.

Ce roman policier est très bien ficelé. J’ai été tenu en haleine tout au long du livre, envie d’en savoir plus sur Helen, car dès le début du livre, on découvre un détail surprenant de sa vie et bien sûr, suivre l’enquête par ses yeux.

La fin est rude pour Helen et ses collègues. Comment ce petit monde va pouvoir se relever de tout cela ? M.J. Arlidge a écrit deux autres romans mettant en scène Helen Grace.

Affaire à suivre donc…