Apprendre à lire

Sébastien Ministru

Collection « Le courage », Grasset, 2018

J’ai apprécié la lecture de ce roman dont le thème central est la relation d’un fils de 60 ans avec son père.

J’ai apprécié la lecture fluide et simple mais riche apportée par cette écriture tout en retenue.

On découvre ce narrateur pourtant jeune mais vieux qui doit prendre soin de son père et cela ne s’annonce pas facile face à ce père plutôt acariâtre.

Ce père vieillissant qui devient dépendant avec l’âge n’est plus ce père que le narrateur a connu plus jeune et à qui il avait pu faire mille reproches. Les relations sont très complexes entre réminiscences du passé et les contraintes du quotidien de la vieillesse.

S’y adjoint le thème du couple, sa sexualité inexistante, l’amour malgré tout.

La prostitution.

Et ce personnage, Ron, que j’ai trouvé très attachant et intéressant qui avec sa jeunesse a tout compris de la vie. Il sait où aller et comment faire pour y aller sans s’encombrer du passé.

Ce dernier, voulant devenir instituteur, se retrouve à apprendre à lire et écrire au père acariâtre du narrateur. Et on découvre ou redécouvre que oui, certaines personnes n’ont pas pu aller à l’école et pu apprendre à lire. Elles se sont retrouvées à la marge silencieuse du monde. Ce jeune homme a fait beaucoup pour remettre sur les rails cette famille pour qui le mot « famille » ne signifiait plus rien.

L’écriture de Sébastien Ministru promet beaucoup. Il sait nous faire entrer dans la psychologie des personnages et leurs dilemmes.

Le narrateur a su accompagner la fin de vie de son père et dans le même temps, cela l’a aidé à se libérer des tensions du passé.

Voilà, j’ai aimé ce livre.

Lu dans le cadre des 68 premières fois

Publicités

L’homme de Grand Soleil

Jacques Gaubil

Paul et Mike, 2018

Présentation de l’éditeur

Un rien enseveli sous la neige, une température avec des pointes en hiver à moins quarante-neuf et une moyenne d’âge de soixante-sept ans : ce n’était pas un village mais un congélateur à vieux. »

Un médecin de Montréal se rend tous les mois à Grand Soleil, un village perdu dans le Québec arctique. Docteur de l’âme autant que du corps, il y rencontre Cléophas, un patient particulier. Conservé par le froid qui a saisi cette partie du Canada, l’homme de Grand Soleil a vécu caché, il n’a rien écrit, rien accompli de notable et personne ne le connaît. Pourtant son apparition va tout bouleverser, sous le regard impuissant du médecin, témoin d’un monde qui se délite.

Avec une plume intelligente, incisive et souvent drôle, Jacques Gaubil dresse un portrait froid et parfois cruel de l’homme moderne, tout en proposant un récit bienveillant et chaleureux.

Mon avis

Ma lecture de ce livre a été décousue. Et la liseuse n’est pas pratique pour cela. Vouloir relire un passage pour mieux comprendre une nouvelle action, cela n’a pas été possible. Je n’ai pas su apprécié ce livre à sa pleine valeur. Bon, j’ai trouvé des choses très drôles. Insuffler du burlesque dans ce récit parfois extravagant en y mêlant Trump, j’ai trouvé cela extraordinaire. La réalité qui concerne Cléophas m’a vraiment intéressée comme si la glace de l’Arctique conserve en isolant des peuplades et perpétuant et conservant des reliques. Le rythme plutôt lent et introspectif du narrateur m’a freiné dans cette lecture. Je retiens de ce roman que notre monde est un monde ancien, qu’une ère vient de se finir et qu’on entre dans une nouvelle ère.

Et puis la vie est passée, comme je l’aime, monotone. Une narcose des sentiments, un engourdissement de la pensée. Pas de guerre des alambics, pas de livres inattendus, pas de surhomme qui souffre, pas d’elle. Mais plutôt des polars au climat tropical, des Shabbat avec des minuteries, des patients croyants et vulnérables, des gens qui courent dans des parcs et du Trump, beaucoup de Trump ! Du Trump à gogo ! Une vie telle qu’elle devrait toujours se dérouler, une grisaille qui anesthésie, la vie, la vraie.

Pays provisoire

Fanny Tonnelier

Alma éditeur, 2018

 

Fanny Tonnelier rapporte ici un fait historique méconnu : ces françaises qui au début du XXe siècle partir travailler en Russie.

Le roman commence en 1917 avec Amélie, jeune française qui a créa sa boutique de chapeaux en Saint-Pétersbourg et qui se retrouve confrontée à la Grande Histoire, celle de la Révolution Russe qui l’oblige à fuir son pays. Dès le début du roman, j’ai été embarquée dans cette histoire. J’aime beaucoup cela être plongée dans une autre époque ou un autre pays et ce roman commençait trépidant avec l’inquiétude d’Amélie et l’incertitude du moment, découvrir son parcours qui l’amenait à se retrouver en Russie. J’ai découvert les métiers de plumassière ou de modiste et c’était très intéressant. On la suit ensuite dans ce long voyage en train et en bateau à travers la Russie, la Norvège, la Suède, le Royaume Uni pour se retrouver à Paris. C’est l’occasion de se replonger dans son passé et son histoire. Le rythme de l’histoire se perd à ce moment-là, le temps s’étire en longueur et les transitions pour aborder le passé manquent de finesse. L’ennui vient aussi des histoires d’amour d’Amélie qui apportent peu au livre. La force et l’indépendance d’Amélie s’y perdent.

La force de ce roman reste la plume mise au service de l’Histoire et Fanny Tonnelier a très bien su nous faire vivre et nous faire voyager dans cette époque.

 

Lu dans le cadre des 68 premières fois.

L’Attrape-souci

Catherine Faye

Mazarine, 2018

 

Présentation de l’éditeur

Décembre 2001. Lucien, onze ans, vient d’arriver à Buenos Aires avec sa mère. Dans une librairie, il est captivé par de mystérieuses petites boîtes jaunes. Dedans, de minuscules poupées. Selon une légende, si on leur confie ses soucis avant de s’endormir, le lendemain, ils se sont envolés.

Le temps qu’il choisisse son attrape-souci, c’est sa mère qui s’est envolée. Disparue.

Lucien part à sa recherche. Se perd.

Au fil de ses errances, il fait des rencontres singulières. Cartonniers, prostituées, gamins des rues avec qui il se lie, un temps. Et grâce à qui, envers et contre tout, il se construit, apprend à grandir. Autrement.

Rebaptisé Lucio par ses compagnons de route, cet enfant rêveur et déterminé incarne ce possible porte-bonheur que chacun a en soi.

Mon avis

Ici, le narrateur est un gamin de onze ans. On commence d’emblée par un fait sidérant : sa mère qui disparaît alors qu’ils sont tous les deux dans une librairie. On s’interroge tout de suite, qu’est-il advenu de sa mère ? Pourquoi cet enfant n’est pas confié à la Police ?

Commence ainsi l’aventure de cet enfant qui se retrouve seul dans cette grande ville qu’est Buenos Aires. Au fur et à mesure de ses rencontres et de ses péripéties, on en apprend beaucoup plus sur sa mère et on comprend bien des choses avant Lucien lui-même. Il les raconte mais ne peut pas vraiment y croire. Cet enfant tombera toujours sur des personnes plutôt bienveillantes alors qu’on peut imaginer qu’il y a un paquet de gamins errants dans cette ville et qu’ils ne reçoivent pas tous cet accueil.

L’action dans la quatrième de couverture est située en 2001 mais cette histoire aurait pu être à n’importe quelle autre époque. Moi, je la situais plutôt dans les années 80, rien n’indique dans le texte qu’on soit précisément en 2001, enfin il me semble.

On pourrait être inquiet comme pourrait l’être un enfant abandonné, seul dans une grande ville mais Lucien ne laisse rien paraître de cette inquiétude et semble plutôt confiant dans les adultes qu’il croise. Donc, on avance avec lui confiant et prêt à découvrir, à vivre cette aventure à ses côtés. On pourrait penser à un drame mais cela ne l’est pas. Cette aventure aura permis au narrateur d’avancer et de finalement se retrouver dans une meilleure situation qu’il ne l’était auparavant.

L’Attrape-souci est un roman bien écrit et qui raconte une histoire de bout en bout. Ce fut une lecture agréable.

 

Lu dans le cadre des 68 Premières Fois

Les déraisons

Odile D’Oultremont

Les Editions de l’Observatoire, 2018

 

En exergue du livre, une citation « J’accepte la grande aventure d’être moi » de Simone de Beauvoir prise dans « Cahiers de jeunesse ».

C’est ce que font les deux protagonistes de ce livre, Louise, femme fantasque qui crée un monde au quotidien par ses mots et sa créativité de peintre et Adrien, son compagnon de route, homme très régulier.

Le charme du livre repose sur le charme de ce couple qui se sont trouvés et qui vivent et créent leur vie au quotidien, leur univers à eux.

Le déséquilibre se crée quand Louise est atteinte d’un cancer du poumon. Mais ils joueront leur vie jusqu’au bout. La réalité est présente par le monde du travail abrupte et la mise au placard d’Adrien. L’entreprise, qui l’assigne en justice car il a abandonné son poste incognito pendant un an tout en percevant ses salaires, montre la farce qui se joue.

Il faut un certain état d’esprit pour entrer dans ce livre et l’histoire de cette femme, Louise et son univers particulier. Cela peut sembler enfantin au début mais le tension vient par la suite avec le combat de Louise contre son cancer et là, on est beaucoup plus embarqué dans l’histoire et ce combat contre la maladie peut justifier d’agir et de réagir avec cet état d’esprit qui apporte de la légèreté à la lourdeur du quotidien et des traitements.

Adrien se révélera à la hauteur pour prendre soin de Louise.

Et pourtant, pour la première fois, devant lui, elle aurait voulu s’émouvoir, flancher, pleurer, se comporter comme une femme normale, mais elle ne pouvait pas. Adrien déployait une telle énergie pour prendre le relais, fabriquer une résistance, faire de la créativité, de l’imagination, de la désinvolture son maquis à lui. Elle se refusa à verser une larme. Elle devait être grande, immense, gigantesque, considérablement relever la barre, se montrer à la hauteur, dans un équilibre précaire, tout le corps étiré dans une gymnastique conjointe du cœur et de l’esprit, pour rester au niveau d’Adrien.

L’alternance des pages sur le procès qui l’oppose à son entreprise et celles de son histoire avec Louise du début à la fin crée un rythme dans le livre et l’aère. L’histoire est racontée du point de vue d’Adrien, homme conventionnel, j’aimerai connaître celui de Louise et découvrir ses pensées. Cela pourrait être un excellent exercice d’écriture à imaginer cela.

Ce livre est pour vous si vous aimez lire et jouez avec les mots et les concepts avec une certaine loufoquerie. Beaucoup de tendresse ressort de ce livre finalement et laisse son empreinte le livre refermé.

 

Lu dans le cadre des 68 Premières Fois.

 

 

Eparse

Lisa Balavoine

JC Lattès, 2018

Le début du livre m’a happée.

Enfant, je n’avais pas envisagé de devenir une personne normale.

Désormais il convient d’être réaliste. La peau de mon visage se constelle de taches brunes de mois en mois, parfois de jour en jour. Il faudrait que je prenne rendez-vous chez un dermato. Je vieillis. J’ai des rides persistantes autour de mes yeux. Mon cou s’empâte, mes paupières s’affaissent, mon corps se flétrit. Certains matins, je me réveille trempée de sueur. J’ai parfois mal en dos. Maigre consolation, je n’ai pas de cheveux blancs. En revanche, je crois que j’ai perdu un centimètre. Je laisse faire. Je ne lutte pas. Je n’ai pas les armes.

Cette entrée dans le roman m’a tout de suite plue. Je me suis reconnue dans ces propos. Sauf que moi, en plus j’ai les cheveux blancs.

Ce livre est composé de fragments, de pensées de l’auteur qui nous plonge sur sa condition de femmes, sa vie, son passé, ses souvenirs d’enfance, ses parents…

Cela m’a tout de suite fait penser à Annie Ernaux par la volonté de partager le vécu, le ressenti des femmes, nos faiblesses sans jugement aucun, dire les choses sans fard.

Ce livre est ponctué de définition de mots inventés : archéolovie, désordinaire, couplabilité…

Certains fragments apparaissent comment une litanie.

J’ai perdu mes premiers dessins. J’ai perdu mon temps souvent. J’ai perdu ma virginité sans en être bouleversée. J’ai perdu mes clés.

Ou bien des « J’ai essayé… », des « Je me souviens… ». Cela donne un rythme au livre.

L’auteure se pense sur sa relation aux hommes, les premières fois, le divorce, la solitude parfois insupportable, le questionnement amoureux, la tristesse, la mélancolie, la jalousie comme maladie…

J’ai beaucoup aimé ce roman autobiographique pour les petites réflexions sur son parcours de vie, la musique présente encore et encore, sa structure, les mots inventés… Et cela fait un effet très rock’n roll. Lisa Balavoine est une fille très rock’n roll.

Et de garder au fond de moi l’assurance qu’un jour les regrets peuvent devenir de doux souvenirs.

Ce roman a été lu dans le cadre des 68 premières fois.

 

Seuls les enfants savent aimer

Cali

Cherche Midi, 2018

Cali est un artiste qui me touche beaucoup par ses textes et son album « L’amour parfait » est un album que j’écoutais en boucle à une période un peu difficile de ma vie.
J’ai lu le livre dans le cadre des 68 premières fois. C’est le premier livre que j’ai reçu. J’étais ravie appréciant la personnalité et la sensibilité de son auteur. Je savais que cette lecture serait certainement difficile car il relate la perte de sa maman quand il avait six ans.
J’ai pleuré dès les premières pages et j’ai lu tout le livre avec une profonde tristesse. Ce fut une lecture éprouvante.
L’histoire de la mort de sa maman est raconté du point de vue de Bruno, six ans avec ses mots d’enfant. L’écriture du vécu à travers les mots et les pensées de cet enfant est très réussie.
Le roman commence où Bruno voit passer la procession de l’enterrement à travers les volets de la maison. Il n’a pas été convié pour la cérémonie jugeant certainement qu’il était trop petit. Je crois que cela a peut-être été une erreur de faire cela. Les enfants ont besoin de savoir, d’être dans le moment avec la famille et de partager cette douleur ensemble.

Depuis ton départ, un voile noir a recouvert notre maison. Nous peignons tes silences sur les papiers chagrin des murs.

Bien sûr, la perte de sa maman est un drame pour lui, pour son père, ses frères et soeurs. Bruno raconte par le menu ensuite tous les drames qui surviennent, comme le vol de leur chien… Les drames se succèdent et c’est le désespoir total pour Bruno qui cherche des bras pour le consoler, des bras dans lesquels se nicher.
L’embellie pourrait être amenée par ses frères et soeurs qui essaient de faire tenir l’épine dorsale de la famille (leur père étant noyé dans le chagrin), par l’amitié avec Alec et sa famille si accueillante, ses grands-mères. Tout le ressenti que j’en ai eu même de ces moments-là était une grande tristesse, de la tristesse pour cet enfant.

Ce fut vraiment une lecture difficile.

Ce roman a été lu dans le cadre des 68 premières fois.