Mes dernières lectures des 68 Premières fois

Un an de lectures de premiers romans avec les 68 premières fois fut une aventure excitante, enthousiasmante et formatrice.

Voici les dernières lectures lues de cette aventure.

 

K.O. d’Hector Mathis aux Editions Buchet-Chastel (2018)

 

Dès les premières pages, nous sommes désorientés. On ne situe pas immédiatement le temps du livre. Sommes-nous dans un futur proche où régnerait la désolation, le K.O. ? 

On y lit une diatribe contre Paris qui relèguerait loin d’elle tous ses assujettis qui seraient à son service, contre les classes moyennes de plus en plus nombreuses et incultes. 

Contrairement au narrateur qui fuit Paris pour qui la littérature est vitale.

La littérature c’est un cimetière accueillant, qui abrite tous les amis que je n’ai pas eus et ceux qui m’ont quitté. Je digresse en compagnie des morts. 

La vie ce n’est qu’une foutue partition pour détraqués.

Ce roman raconte une échappée, une fuite pour sortir du K.O. qu’est devenu Paris, zone d’attentats. 

Une fuite avec la nécessité d’écrire. Un questionnement. Le poids des mots. Une trace dans le monde, dans le temps. La mort. Le passage. Fuir tout pour être oublié. 

Un roman exaltant. 

 

Deux stations avant Concorde de Peire Aussane aux Editions Michalon (2018)

Le style de l’auteur est sobre. L’histoire m’a semblée désordonnée de prime abord, c’est mon impression de lecture mais certainement une construction de l’auteure pour nous faire nous interroger sur le personnage et ses choix, ses raisons. La raison d’Eve d’aller à Tokyo est de retrouver son téléphone portable volé dans le métro parisien, deux stations avant Concorde et localisé ensuite à Tokyo. Ce prétexte me semble farfelu Et en plus précédé d’un coup de foudre avec ce japonais. 

Elle se retrouve à Tokyo dans les traces de sa grand-mère qui a fini sa vie à Tokyo. 

Plein de directions sont données : cette rencontre coup de foudre avec un japonais dans le métro parisien, l’histoire de cette grand-mère partie vivre mystérieusement au Japon, le quotidien avec son mari. Tout reste en surface. Toutes ces directions semblent avoir été mises là pour nous induire en erreur. On reste malheureusement à l’extérieur des personnages.

 

 

Le Fou de Hind

Bertille Dutheil

Belfond, 2018

Un premier roman très réussi

Ce roman nous plonge dans toute une époque et un lieu avec une architecture particulière, la Cité des Choux à Créteil. 

Lydia perd son père Moshin. Il lui laisse une lettre lui expliquant qu’il n’est pas l’homme droit qu’il semblait être mais qu’il est responsable de la mort de quelqu’un. Lydia y trouvera aussi des photos de son père avec d’autres enfants et en particulier une petite fille, Hind. 

Lydia se lancera à la découverte de l’histoire de cette petite fille et ira à la rencontre du passé de son père. C’est un roman choral. Lydia contactera un ensemble de personne et chaque personnage lui cachera une partie de l’histoire mais nous, nous nous plongerons dans les pensées de ces personnes et on reconstituera petit à petit l’histoire de Hind. L’écriture de Bertille Dutheil est très précise et concise. Tout s’emboite parfaitement. Je me suis plongée tout de suite dans ce roman. Le cadre est intéressant. Créteil, cette cité moderne, l’histoire de ces immigrés et leur intégration. L’histoire de cette grande bâtisse surnommée le « château » où cohabitent plusieurs familles avec une cuisine communautaire, des enfants qui courent partout, des tranches de vie intenses, de l’entraide, des aînés gérant les plus petits, des parents cumulant plusieurs boulots pour survivre… La Cité et la drogue… Ce lupanar libanais… à se demander s’il a existé… Une partie m’a semblé trop longue c’est celle de Markus. J’aurais aimé entendre les voix de d’autres personnages tellement, ils me semblaient passionnants. C’est un roman riche, très riche et fascinant. 

Bertille Dutheil est une auteure à suivre. 

Lu dans le cadre des 68 Premières Fois.

Le Nord du Monde

Nathalie Yot

Editions La Contre Allée, 2018

Ce roman commence comme une fable, une femme fuit vers le Nord pour échapper à l’homme chien. Mais on commence par aller au-delà du périphérique pour aller vers le Nord de la France et ensuite elle traversera d’autres pays pour approcher du Nord, le grand Nord. Cette fuite la met dans l’urgence. Elle court mais des rencontres la feront se poser dans certaines villes et cette pause la fera avancer dans ce qu’elle souhaite. Elle se sentira forte et aura plus de ressources. Elle aura de l’importance auprès de certaines personnes et cela la reconstruira mais rien ne lui est donné.  On la suit dans son périple en respirant l’atmosphère de chaque lieu traversé. Ce roman se lit en un seul trait.

L’écriture est poétique et aussi très efficace. Tout n’est pas dit, on lit aussi entre les lignes qui permet de s’interroger sur le personnage, mais aussi sur les gens qu’elle croise.

C’est un premier roman et cette écriture est très prometteuse.

Lu dans le cadre des 68 Premières Fois

 

 

Simple

Julie Estève

Stock, 2018

Ce livre, tant apprécié par toutes les personnes que je connais et qui l’ont lu, est resté fermé à mon esprit. Je n’ai pas aimé être emprisonnée dans l’esprit d’Antoine Orsini, le Baoul, le simple de ce village de Corse.

L’ouverture commence par son enterrement et ensuite nous sommes plongés dans sa vie et sa vision propre du monde. C’est une lecture obsessionnelle à l’image de l’esprit d’Antoine. Sa vie et ses pensées m’ont semblées si tristes bien qu’il ait un point de vue original sur les choses de la vie. Sa vie et tout ce qu’il a subi ont semblé si rude que cela a fait naître chez moi un sentiment de profonde tristesse. Je n’aime pas être plongée dans ce genre de sentiment quand je lis un livre.

Cela m’interroge sur ce que j’attends d’une lecture. J’attends tout. J’aime découvrir un univers, pénétrer la psychologie d’un personnage, m’identifier parfois à ce personnage et tout voir à travers ses yeux, comprendre certaines choses du monde actuel par les mots d’un écrivain, j’aime être émue, rire, sourire, pleurer, être révoltée… Je vis beaucoup mes lectures. Et ces derniers temps, je me suis rendu compte que je n’arrivais plus à lire certains livres : par exemple, ceux où le narrateur fait revivre sa relation avec son père… Lire « Mon père » dans un roman dernièrement m’a complètement bloquée, j’ai compris que tout le roman faisait revivre le père du narrateur. Là, ce simple m’a certainement rattaché à une simple si proche de moi qui a très mal vécu la confrontation à notre société. Cela explique peut-être certainement ma profonde tristesse.

Cela n’enlève en rien le talent d’écriture de Julie Estève.

 

Lu dans le cadre des 68 premières fois qui a choisi de mettre en avant ce deuxième roman de Julie Estève.

 

La guérilla des animaux

Camille Brunel

Alma éditeur, 2018

Ce livre est essentiel, dans le sens où Camille Brunel y expose des faits et une pensée qui va à l’encontre de la pensée dominante qui est le spécisme.

Ce livre est une ouverture et une prise de conscience sur les droits des animaux et pourquoi les humains se sentent avoir le droit de les consommer, les enfermer, les tuer… Enfant, j’avais bien remarqué que les animaux dans les zoos tournaient en rond et avaient un regard vide. Je ressortais de ces endroits avec une infinie tristesse. Je ne vais plus dans les zoos. J’ai suivi par contre la naissance de ce petit panda et ses aventures dans ce grand zoo français et je m’étais dit que c’était bien car c’est une espèce en voie de disparition mais on devrait à la base protéger leur environnement naturel afin qu’ils puissent évoluer en liberté. Je ne pourrais pas regarder Camille Brunel en face car je mange des produits animaux (viande blanche, oeufs, poisson, fromages etc), j’ai des chaussures en cuir… 

Revenons à ce livre. Ce livre est une succession de courts chapitres avec deux personnages principaux, un homme et une femme qui pour faire valoir leurs idées vont faire preuve de violence à l’encontre des hommes et vont être radical face à leur attitude face aux animaux sauvages. Une scène d’entrée dans le roman nous scotche et nous glace d’effroi. Ces courts chapitres vont revenir sur le massacre des dauphins dans la baie de Taiji, parle de SeaWorld, SeaSheperd et aussi de Di Caprio… Camille Brunel y expose une multitude de facettes sur ces enjeux de la cause animale à travers notre planète et nous offre à saisir la grandeur de la petitesse humaine à user et abuser d’une supériorité qu’elle s’est octroyée vis à vis des autres espèces. Oui, nous sommes une espèce parmi d’autres. La fin de ce roman qui se situe dans un futur  proche semble évidente.

Notre vieux monde doit changer. Toutes nos conceptions obsolètes sont à revoir. On doit refonder une nouvelle société. Mais comment faire cela sans la guerre ? La prise de conscience, des actes quotidiens, l’éducation…

Un roman qui questionne et nous invite à aller plus loin. 

La rencontre des baleines était un spectacle parfait : le plus beau possible. L’art humain, dans ses derniers soubresauts, ne servait plus qu’à embaumer l’abjection ; le cinéma lui-même s’était fait mémorial de la honte, pensa Isaac, unique moyen de rappeler aux masses qu’elles arrivaient après l’innocence. Toutes les oeuvres d’art réunies, littérature, architecture, peinture, cinéma, ne valaient pas le centième de cet instant où une seule baleine avait daigné percer la pellicule des flots et faire entendre l’écho de la vieille promesse du bonheur sur Terre. Le choc n’était pas seulement sentimental, il était esthétique : il n’y avait plus aucune raison d’écrire, de construire, de peindre, de tourner ; il fallait venir ici, Pacifique Nord, et voir ça, squale offert aux puissances de la gravité. La surprise d’avoir été jugé digne de voir ce qui s’était créé de plus grand, de plus doux et de plus aimable à la fois – sans éprouver le besoin d’en concevoir d’admiration pour personne, sinon la baleine qui n’y était pour rien et ne s’en souciait pas – justifiant tout le reste. La vie entière était le chemin laborieux vers ce spectacle – là, aucun autre. 

Lu dans le cadre des 68 Premières fois

 

Einstein, le sexe et moi

Olivier Liron

Alma éditeur, 2018

 

Olivier Liron se confie, communique sur sa différence, il est autiste Asperger. Dans le même temps, il raconte avec beaucoup de mordant son expérience à « Questions pour un Champion » avec Julien Lepers. Ou c’est plutôt l’inverse. Cette partie est très drôle.

Tout le déroulement de cette expérience est entrecoupée d’insertion dans sa vie. Enfant, adolescent, ce qu’il a vécu ou subi est innommable tant que c’est violent, humiliant, destructeur. J’ai honte pour ces adultes qui ont laissé faire cela. J’ai honte aussi de la stupidité de ces jeunes. Je parle de honte qui me met hors de moi. Pourquoi cela ? Pourquoi cette violence ?

Il me semble qu’Olivier Liron a eu son diagnostic d’autiste Asperger très tard.

On apprend beaucoup sur ce trouble. Malgré cette violence subie à l’école, Olivier Liron a été un excellent élève et a eu un parcours incroyablement exemplaire. Ce livre est très touchant car Olivier Liron nous touche par ses mots, par son être et son vécu. Et Olivier Liron communique, communique incroyablement bien. Il nous fait entrer dans ses pensées, son fonctionnement et c’est passionnant. Il a une énergie communicative. On a qu’une seule envie : le prendre dans ses bras et de rire, de nous, des autres.

J’ai rencontré Claire à la résidence universitaire de Lyon, à Normale sup. Claire suivait des cours au conservatoire, elle voulait devenir danseuse contemporaine. On était colocataires. A force de lui lire le Cantique des cantiques, Claire a compris que j’avais besoin de compagnie et d’un peu de tendresse. A cette époque-là, je passais mes nuits à apprendre par cœur les Illuminations de Rimbaud. Je les enregistrais sur un petit dictaphone et je les écoutais en boucle. Je lisais aussi à Claire la Confession d’un enfant du siècle et Claire s’endormait dans les cinq minutes. On s’entendait bien. On a voulu écrire un ballet à partir de la Cantate à trois voix de Paul Claudel. J’ai demandé les clés de la salle de musique où il y avait un piano et j’ai composé la musique. J’étais persuadé de créer une musique extraordinairement romantique. Claire dansait merveilleusement bien et inventait toutes sortes de chorégraphies.

J’aurais voulu lui dire que je ne m’accordais pas le droit d’être moi-même, qu’on ne m’avait jamais accordé le droit d’être moi-même, et que j’avais l’impression d’être mon propre tyran en permanence, mon propre monstre. J’ai un monstre en moi. C’est ça que je voulais lui dire ? « Barbara, je t’aime. J’ai un monstre en moi et je me bats au quotidien contre la haine. »

J’ai hâte de découvrir son premier roman « Danse d’atomes d’or ».

Lu dans le cadre des «  68 premières fois ».

 

Fais de moi la colère

Vincent Villeminot

Les Escales, 2018

 

Ismaëlle, Ezéchiel.

Histoire lue dans un souffle.

Vincent Villeminot écrit aussi pour les adolescents et je vois très bien comment il peut les attraper dans les filets de son écriture.

Quand j’ai refermé ce livre, cette lecture m’a fait retourner vers mon adolescence et à la lecture exaltée des « Nourritures terrestres » de Gide et de son personnage Nathanaël.

Voilà une écriture exaltée mêlée à du fantastique, cette bête énorme, mangeuse de cadavres, tapie au fond du Lac Léman que les deux héros vont aller chasser sur leur petit bateau plusieurs jours de suite.

Le portrait d’Ezéchiel, africain, offre une image extravagante du diable auprès de cette population autochtone.

J’ai apprécié le personnage de cette jeune fille de 17 ans, Ismaëlle qui prend sa vie en main au décès de son père en reprenant son travail de pêcheur sur le lac. Elle affronte comme son père la Solitude.

Ce livre est une aventure à vivre. J’ai beaucoup aimé ce style d’écriture qui vous emmène dans un tourbillon : des petits moments de prose essentiel, des textes plus longs où on se retrouve dans l’histoire et l’action, les monologues intérieurs des personnages, des dialogues, des phrases courtes. Tout cela crée un rythme qui nous fait varier les moments de lecture.

J’aime la lecture pour adolescents, je me pencherai sur les autres livres de Vincent Villeminot.

Lu dans le cadre des 68 premières fois.

 

La dérobée

Sophie De Baere

Editions Anne Carrière, 2018

 

Ce qui m’a plu dans ce roman, c’est qu’on est tout de suite happé par l’histoire.

Claire croise dans son immeuble son nouveau voisin, Antoine qui se trouve être un ancien amour de jeunesse et même son premier amour. C’est intrigant car c’est une telle coïncidence et surtout c’est prétexte à nous plonger dans leurs adolescence et leur parcours de vie. On n’entre pas par contre, dans un atermoiement psychologique des personnages. L’auteur ici retrace leur histoire.

Sophie de Baere raconte très bien cet amour entre les deux adolescents. C’est doux. Les mots sont bien choisis. Des adolescents encore enfants. J’ai beaucoup aimé cette partie. Lui venant de Paris tous les étés dans cette campagne où elle habite.

On était à la lisière de deux mondes. Mais on penchait plutôt du côté de celui des mômes de dix ans. Les filles et les gars de la place qui alignaient des Heineken fumant des gitanes trop fortes chapardées à leurs pères vivaient dans une réalité qu’on ne goûtaient pas encore. Antoine et moi, on obéissait aux lois de nos songes, de nos dessins animés et de nos livres d’aventures préférés. On paressait mollement dans ma mansarde après avoir couru tout le jour, avec Cookie, dans les champs de tournesols. On flottait dans l’air mielleux du ciel orange de cet été 1985. Talons fendillés, piqûres d’aoûtats, feu sur la peau.

Deux enfants d’origine sociale différente. Deux familles et leurs secrets respectifs.

L’auteure alterne les chapitres où on se plonge dans ces étés de retrouvailles et les moments où trente ans plus tard ils se sont retrouvés. Antoine est devenu un photographe célèbre. Claire est responsable d’une boutique sur une aire d’autoroute.

Un parcours digne des Héritiers et de reproduction sociale.

A chaque changement de périodes, il y a des rebondissements dans l’histoire et des découvertes étonnantes. C’est un livre scénarisable.

Le plus intéressant c’est le parcours de Claire et sa prise de conscience que toute sa vie, elle s’est dérobée à elle-même et a laissé d’autres décider de sa vie. Elle a vécu pour les autres et malgré les incidents de parcours, elle réussit à surpasser cela et a vivre la vie qu’elle souhaite.

En parlant de sa fille Solène lors du mariage de cette dernière.

Solène, elle, a cessé de se chercher un metteur en scène. Elle a saisi l’importance de sa propre mesure. C’est aujourd’hui une sentinelle qui mène son existence comme dans les livres dont vous êtes le héros. Elle choisit, demande, refuse, s’offusque, réclame. Solène se bat, elle se bat pour aimer et être véritablement aimée. M’avoir vue presque mourir du chagrin de la renonciation l’a, en quelques mois, métamorphosée. Ce ne sont rien d’autre que mes sanglots de regret et mon corps décharné qui l’ont poussée à rejoindre le père de sa fille et à lui extirper un amour digne d’elle. Solène, ma douce Solène, tu ne seras pas ma copie. Tu ne laisseras pas modeler, corriger, puis souvent effacer. Et quand je te regarde aujourd’hui dans ta jolie robe de mariée et dans ton bonheur assumé et presque arrogant, tu ne ressembles à personne. Ni à moi, ni à ta malheureuse grand-mère. La malédiction est rompue. Et je me dis que, moi aussi, je suis en train d’en finir avec elle.

Bref, j’ai aimé ce livre pour son côté distrayant. On adhère à l’histoire.

Lu dans le cadre des 68 Premières fois.

Juste un peu de temps

Caroline Boudet

Editions Stock, 2018

Caroline Boudet nous propose ici le portrait d’une jeune femme, Sophie, mère de famille, épouse, salariée qui court tout le temps. Elle dresse des listes quotidiennes de tâches à faire pour répondre aux besoins de ses enfants, de son conjoint. Sans cesse sollicitée (même sous la douche), elle doit prévoir, anticiper. Toute la vie de la maisonnée repose sur elle. Cette femme est surchargée physiquement et mentalement.

Caroline Boudet nous montre que cette femme qui assume tout dans la vie familiale est carrément flouée à son travail. En effet, elle est rétrogradée à la naissance de son enfant, mise au placard alors que son collègue masculin devenant père est plutôt mis en avant et promu. Le mari de Sophie est peu investi dans cette spirale quotidienne, Sophie lui laisse peu de place à prendre tout en charge elle-même.

Sophie, à un moment, souhaite un répit et s’évade dans une ville voisine au bord de la mer et y restera quelques jours, ne donnant pas de nouvelles à sa famille.

Elle se repose dans un premier temps et ensuite elle prend le temps de réfléchir à ce qu’elle souhaite. Elle veut changer sa vie, se retrouver, ne pas s’oublier dans sa vie.

A la fin, elle retourne chez elle, boostée et elle constate que finalement rien n’a changé. Tout au long de la lecture, nous avons le point de vue de plusieurs personnes : son mari, ses amies, son collègue amoureux d’elle, une cliente d’un restaurant qui aperçoit Sophie déjeuner seule, son fils… C’est très intéressant de lire tous ces regards.

Je me suis posée la question à qui s’adressait ce livre.

Il montre un quotidien de nombreuses femmes, je présume, qui prennent tout en charge, qui doivent laisser de côté leur métier pour cela et perdre aussi un peu de leur âme. Je pense que la cible sont ces femmes.

Si on analyse un peu plus près, on peut se questionner sur le pourquoi de cette vie. Apparemment, c’est quelque chose qui a du être légué par sa mère : être une épouse et une mère exemplaire, une Wonder Woman du quotidien. J’en ai rencontré des comme celles-ci rivalisant d’ingéniosité pour faire tout un tas de choses mieux que tout le monde et être assez fières de jongler dans cet emploi du temps ménager et de parvenir au bout de ces listes, trouvant sens dans ce tourbillon. A côté bien sûr, on peut paraître minable de ne pas être ainsi, de ne pas se sentir assez bonne mère pour ne pas avoir créé l’anniversaire de folie pour son enfant par exemple. C’est comme une compétition entre mères. Bon, moi, j’ai déclaré forfait dès le départ à ce genre de jeu.

Je vois cela comme un témoignage. Il faut donc revoir toutes l’éducation de nos filles et de nos garçons et de se tenir loin de certaines traditions. Le bonheur de chacun est dans l’épanouissement personnel. Il faudrait aussi que les pères aient autant de congé paternité que les mères, que le regard change aussi. Il y a toute une réflexion de société à mener sur ce sujet. Il me semble que les pays nordiques sont plus avancés sur ce sujet que nous. Ils seraient surpris de voir notre société archaïque.

Caroline Boudet ne propose aucune piste, à part la fuite.

C’est un livre qui paraît simple au premier abord mais qui amène à réfléchir bien sûr, même si on ne se reconnaît pas dans ce portrait.

 

Lu dans le cadre des 68 Premières Fois

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Matthias Jambon-Puillet

Editions Anne Carrière, 2018

Le livre s’ouvre sur une scène de polar : une femme nue, portant uniquement une guêpière est retrouvée morte sur son lit. On découvre aussi un homme nu et menotté dans la salle de bains, mal en point mais encore vivant. Cette femme s’appelle Sabrina. Lui, Marc.
On s’interroge tout de suite, on est intrigué sur ce qui a pu se tramer ici. Surtout quand on apprend que cet homme a disparu depuis deux ans.
On entend la voix de Nadège, son ancienne compagne qui a refait sa vie depuis.
Ce livre parle de BDSM, de soumis, de dominant… Et tout cela, je l’assimile à de la misère sexuelle. Ici, la soumission n’est pas un simple jeu d’un soir mais engage tout une vie et deux personnes. La personne soumise n’existe plus qu’au regard de son maître. Un vrai cauchemar à mon avis. Mais qu’est-ce qui fait qu’une personne bascule dans ce mode de fonctionnement ? Ce livre essaie de donner une réponse mais cela me reste totalement incompréhensible.

Ils marchent. Ils parlent. Sabrina raconte sa vie, son boulot, son appart, son célibat. Marc raconte la fin de son lycée, le bac de justesse, les deux premières années perdues à Lyon II, la troisième s’il le faut, jusqu’à ce qu’il trouve quelque chose qui lui plaise.
« Quoi? » demande-t-elle ?
« Aucune importance en fait », répond-il. Les plans ont changé, il est temps de prendre ses responsabilités. Il compte l’annoncer ce soir : sa fiancée est enceinte. Ce n’était pas prévu. Mais il ne regrette pas, promis. Elle veut le garder et lui veut faire ce qu’il faut, Sabrina ne comprend pas, en quoi l’enfant change tout, qu’est-ce qu’il l’empêche de continuer à étudier ? Marc lève les yeux, regarde le ciel. Un enfant, c’est une responsabilité, morale, financière. Il doit se marier, il doit mettre la fac de côté, le temps de se stabiliser. D’ailleurs, ses parents l’y encouragent, feront ce qu’il faut pour les soutenir. Ils en ont beaucoup parlé, ils y tiennent. Son ami Nicolas lui a proposé de prendre une place a son atelier, en menuiserie, au moins les premières années du bébé. Ce ne sera pas si mal. Si le cœur de Sabrina continue à battre, ce n’est plus de désir.

Marc en était là avant de disparaître.
Nous découvrons ensuite comment se passent les journées d’un soumis et la relation très spéciale avec sa maîtresse, la dominante. Cette Sabrina mène une existence affreusement banale en apparence mais a une vie très spéciale quand la porte de son appartement se referme sur elle et sur lui.
Après la lecture de ce livre, je ressens du dégoût, la sensation de toucher à quelque chose de très malsain, d’entrer aussi dans un monde totalement parallèle où toutes les règles du jeu ne sont pas les mêmes.
Je me suis posée les intentions de l’auteur. J’ai vu qu’il s’était frotté à ce monde étrange pour écrire son livre. Mais pourquoi vouloir écrire sur ce sujet ? C’est très intrigant. Mon imaginaire débordant imagine tout un tas de choses.
Pour finir, un passage qui m’a fait froid dans le dos :

Quand il ne tourne pas la page, Marc se gratte le cou, se passe la paume contre la nuque. C’est un réflexe, le collier lui manque.

La fin du livre est absolument horrible (et affreusement pitoyable). Je parle de l’histoire bien sûr car l’écriture, elle, est maîtrisée.

Lu dans le cadre des 68 Premières fois