La guérilla des animaux

Camille Brunel

Alma éditeur, 2018

Ce livre est essentiel, dans le sens où Camille Brunel y expose des faits et une pensée qui va à l’encontre de la pensée dominante qui est le spécisme.

Ce livre est une ouverture et une prise de conscience sur les droits des animaux et pourquoi les humains se sentent avoir le droit de les consommer, les enfermer, les tuer… Enfant, j’avais bien remarqué que les animaux dans les zoos tournaient en rond et avaient un regard vide. Je ressortais de ces endroits avec une infinie tristesse. Je ne vais plus dans les zoos. J’ai suivi par contre la naissance de ce petit panda et ses aventures dans ce grand zoo français et je m’étais dit que c’était bien car c’est une espèce en voie de disparition mais on devrait à la base protéger leur environnement naturel afin qu’ils puissent évoluer en liberté. Je ne pourrais pas regarder Camille Brunel en face car je mange des produits animaux (viande blanche, oeufs, poisson, fromages etc), j’ai des chaussures en cuir… 

Revenons à ce livre. Ce livre est une succession de courts chapitres avec deux personnages principaux, un homme et une femme qui pour faire valoir leurs idées vont faire preuve de violence à l’encontre des hommes et vont être radical face à leur attitude face aux animaux sauvages. Une scène d’entrée dans le roman nous scotche et nous glace d’effroi. Ces courts chapitres vont revenir sur le massacre des dauphins dans la baie de Taiji, parle de SeaWorld, SeaSheperd et aussi de Di Caprio… Camille Brunel y expose une multitude de facettes sur ces enjeux de la cause animale à travers notre planète et nous offre à saisir la grandeur de la petitesse humaine à user et abuser d’une supériorité qu’elle s’est octroyée vis à vis des autres espèces. Oui, nous sommes une espèce parmi d’autres. La fin de ce roman qui se situe dans un futur  proche semble évidente.

Notre vieux monde doit changer. Toutes nos conceptions obsolètes sont à revoir. On doit refonder une nouvelle société. Mais comment faire cela sans la guerre ? La prise de conscience, des actes quotidiens, l’éducation…

Un roman qui questionne et nous invite à aller plus loin. 

La rencontre des baleines était un spectacle parfait : le plus beau possible. L’art humain, dans ses derniers soubresauts, ne servait plus qu’à embaumer l’abjection ; le cinéma lui-même s’était fait mémorial de la honte, pensa Isaac, unique moyen de rappeler aux masses qu’elles arrivaient après l’innocence. Toutes les oeuvres d’art réunies, littérature, architecture, peinture, cinéma, ne valaient pas le centième de cet instant où une seule baleine avait daigné percer la pellicule des flots et faire entendre l’écho de la vieille promesse du bonheur sur Terre. Le choc n’était pas seulement sentimental, il était esthétique : il n’y avait plus aucune raison d’écrire, de construire, de peindre, de tourner ; il fallait venir ici, Pacifique Nord, et voir ça, squale offert aux puissances de la gravité. La surprise d’avoir été jugé digne de voir ce qui s’était créé de plus grand, de plus doux et de plus aimable à la fois – sans éprouver le besoin d’en concevoir d’admiration pour personne, sinon la baleine qui n’y était pour rien et ne s’en souciait pas – justifiant tout le reste. La vie entière était le chemin laborieux vers ce spectacle – là, aucun autre. 

Lu dans le cadre des 68 Premières fois

 

Einstein, le sexe et moi

Olivier Liron

Alma éditeur, 2018

 

Olivier Liron se confie, communique sur sa différence, il est autiste Asperger. Dans le même temps, il raconte avec beaucoup de mordant son expérience à « Questions pour un Champion » avec Julien Lepers. Ou c’est plutôt l’inverse. Cette partie est très drôle.

Tout le déroulement de cette expérience est entrecoupée d’insertion dans sa vie. Enfant, adolescent, ce qu’il a vécu ou subi est innommable tant que c’est violent, humiliant, destructeur. J’ai honte pour ces adultes qui ont laissé faire cela. J’ai honte aussi de la stupidité de ces jeunes. Je parle de honte qui me met hors de moi. Pourquoi cela ? Pourquoi cette violence ?

Il me semble qu’Olivier Liron a eu son diagnostic d’autiste Asperger très tard.

On apprend beaucoup sur ce trouble. Malgré cette violence subie à l’école, Olivier Liron a été un excellent élève et a eu un parcours incroyablement exemplaire. Ce livre est très touchant car Olivier Liron nous touche par ses mots, par son être et son vécu. Et Olivier Liron communique, communique incroyablement bien. Il nous fait entrer dans ses pensées, son fonctionnement et c’est passionnant. Il a une énergie communicative. On a qu’une seule envie : le prendre dans ses bras et de rire, de nous, des autres.

J’ai rencontré Claire à la résidence universitaire de Lyon, à Normale sup. Claire suivait des cours au conservatoire, elle voulait devenir danseuse contemporaine. On était colocataires. A force de lui lire le Cantique des cantiques, Claire a compris que j’avais besoin de compagnie et d’un peu de tendresse. A cette époque-là, je passais mes nuits à apprendre par cœur les Illuminations de Rimbaud. Je les enregistrais sur un petit dictaphone et je les écoutais en boucle. Je lisais aussi à Claire la Confession d’un enfant du siècle et Claire s’endormait dans les cinq minutes. On s’entendait bien. On a voulu écrire un ballet à partir de la Cantate à trois voix de Paul Claudel. J’ai demandé les clés de la salle de musique où il y avait un piano et j’ai composé la musique. J’étais persuadé de créer une musique extraordinairement romantique. Claire dansait merveilleusement bien et inventait toutes sortes de chorégraphies.

J’aurais voulu lui dire que je ne m’accordais pas le droit d’être moi-même, qu’on ne m’avait jamais accordé le droit d’être moi-même, et que j’avais l’impression d’être mon propre tyran en permanence, mon propre monstre. J’ai un monstre en moi. C’est ça que je voulais lui dire ? « Barbara, je t’aime. J’ai un monstre en moi et je me bats au quotidien contre la haine. »

J’ai hâte de découvrir son premier roman « Danse d’atomes d’or ».

Lu dans le cadre des «  68 premières fois ».

 

Pays provisoire

Fanny Tonnelier

Alma éditeur, 2018

 

Fanny Tonnelier rapporte ici un fait historique méconnu : ces françaises qui au début du XXe siècle partir travailler en Russie.

Le roman commence en 1917 avec Amélie, jeune française qui a créa sa boutique de chapeaux en Saint-Pétersbourg et qui se retrouve confrontée à la Grande Histoire, celle de la Révolution Russe qui l’oblige à fuir son pays. Dès le début du roman, j’ai été embarquée dans cette histoire. J’aime beaucoup cela être plongée dans une autre époque ou un autre pays et ce roman commençait trépidant avec l’inquiétude d’Amélie et l’incertitude du moment, découvrir son parcours qui l’amenait à se retrouver en Russie. J’ai découvert les métiers de plumassière ou de modiste et c’était très intéressant. On la suit ensuite dans ce long voyage en train et en bateau à travers la Russie, la Norvège, la Suède, le Royaume Uni pour se retrouver à Paris. C’est l’occasion de se replonger dans son passé et son histoire. Le rythme de l’histoire se perd à ce moment-là, le temps s’étire en longueur et les transitions pour aborder le passé manquent de finesse. L’ennui vient aussi des histoires d’amour d’Amélie qui apportent peu au livre. La force et l’indépendance d’Amélie s’y perdent.

La force de ce roman reste la plume mise au service de l’Histoire et Fanny Tonnelier a très bien su nous faire vivre et nous faire voyager dans cette époque.

 

Lu dans le cadre des 68 premières fois.