Le dernier amour d’Attila Kiss

Le dernier amour d'Attila kiss

Julia Kerninon

La Brune au Rouergue, 2015

J’ai découvert Julia Kerninon lors d’une rencontre en librairie où m’avait conviée une amie. Je découvrais donc cette jeune femme qui écrivait déjà depuis longtemps. Ce roman « Le dernier amour d’Attila Kiss » fut écrit lors de son année à Budapest. Elle l’a retravaillée bien longtemps ensuite.

Avant de lire ce roman, j’avais lu « Buvard » son premier roman, que j’avais beaucoup aimé. Cette rencontre entre un jeune étudiant qui passe tout l’été auprès d’une écrivain qui vit recluse. Ce livre était écrit à la première personne et il y avait beaucoup de dialogues, qui montraient les échanges entre les deux protagonistes. Et puis, le thème était la création littéraire.

Ici, c’est un autre style d’écriture, roman écrit à la troisième personne et des phrases plutôt longues pour présenter Attila Kiss que l’on découvre en premier et ensuite viennent les pages sur  Théodora Babbenberg. Cette rencontre entre deux mondes, deux âges où j’ai perçu l’amour comme un acte de guerre et correspond au moment où l’on capitule pour vivre cet amour. La nationalité des deux protagonistes est intéressante, elle, l’Autrichienne vue comme une ennemie, l’envahisseuse et lui le pauvre Hongrois, l’oppressé… Beaucoup de trouvailles intéressantes, d’images… J’ai beaucoup aimé ce livre.

Julia Kerninon est une écrivaine prometteuse et son prix « La Closerie des Lilas » le confirme.

Je vous laisse ce joli extrait :

Mais enfin qu’allons-nous faire ensemble ? Cette jeune femme qui est une guerrière et moi qui n’ai pas combattu depuis des années, qu’allons-nous faire l’un de l’autre si nous allons par là ? Est-ce que je suis même encore capable de faire ça ? Et pourquoi voudrait-elle de moi ? Et moi, que ferais-je d’une Autrichienne musicale, d’une Viennoise acharnée de fierté ? Mon corps se tend vers elle comme s’il la reconnaissait, mais malgré tout nous ne sommes que deux étrangers l’un pour l’autre et quand elle saura qui je suis, quand elle me verra à la lumière sans pitié du matin, que fera-t-elle ?

 

L’ombre de nos nuits

lombre de nos nuitzs

Gaëlle Josse

Les éditions Noir sur Blanc. Notabilia, 2016

J’apprécie beaucoup les romans de Gaëlle Josse et celui-ci n’a pas dérogé à la règle. Déjà, en lui-même, « L’ombre de nos nuits » est un bel objet imprimé. La lecture en fut plus qu’agréable ensuite.

On entend trois voix dans ce roman : celle de Georges de la Tour, celle de son assistant et celle de la narratrice qui croise le tableau « Saint Sébastien soigné par Irène » de Georges de la Tour dans un musée de Rouen.

Tout le déroulement du livre se situe entre le moment où la narratrice se pose devant le « Saint Sébastien » de Georges de la Tour dans ce musée de Rouen et le moment où elle quitte le musée. On est plongé dans la vie de la narratrice qui nous parle d’une histoire d’amour terminée et on est en même temps plongé dans la genèse de ce tableau.

Avant tout cette histoire de femme qui s’accroche à un homme qui n’est pas amoureux d’elle. J’ai ressenti un peu de pitié pour elle. On voit tout son amour pour lui, elle veut y croire. Et quand elle le quitte. Ouf ! J’ai respiré d’un coup. Tellement c’était tendu et désespéré. Cette rupture a été un vrai électrochoc et cette femme a retrouvé un peu de lucidité et réagit pleinement sur cette rupture.

C’est un très beau livre qui prend de la profondeur au fur et à mesure de la lecture.

 

Comment un peintre aborde-t-il un sujet ? Comme un nouvel amour ? Collision frontale ou lente infusion ? La claque ou la pieuvre ? Le choc ou la capillarité ? Plein soleil ou clair-obscur ? Toi tu m’avais éblouie. Ensuite, je me suis aveuglée.

 

Alléger. S’alléger. Le plein naît du vide. Simplifier. Densifier. Nous n’emporterions rien avec nous dans notre ultime voyage. 

 

Ce qui se passe au profond de nos âmes est souvent noir comme la nuit, comme celle qui sert de fond à mes compositions, lorsque nulle lueur ne les atteint. 

 

Clair de femme

 

 

Clair de femme

 

Romain Gary

Folio

Editions Gallimard, 1977

Cela faisait longtemps que j’avais envie de lire Romain Gary et c’est chose faite avec « Clair de femme ».

Le temps du roman est court, quelques heures où le narrateur cherche une autre femme alors que sa femme vient de décéder. Trouver une autre femme pour qu’elle revive dans cet autre.

Je n’avais pas la moindre chance de m’en tirer seul et la raison était bien simple : j’avais trop aimé pour être encore capable de vivre de moi-même. C’était une impossibilité absolue organique : tout ce qui faisait de moi un homme était chez une femme.

Je vivrai jusqu’au plus grand âge, pour te donner ma mémoire. J’aurai toujours patrie, terre, source, jardin et maison : éclair de femme. Un mouvement de hanches, un vol de chevelure, quelques rides que nous aurons écrites ensemble, et je saurai d’où je suis. J’aurai toujours patrie féminine et ne serai seul que comme une sentinelle. Tout ce que j’ai perdu me donne une raison de vivre. Intact, heureux, impérissable. Eclair de femme.

J’ai apprécié l’écriture de Romain Gary dans cette quête du narrateur d’une autre femme. Bien sûr, il est perdu car sans femme, il ne sait être. On découvre peu à peu qui était sa femme et le type de relation qu’il entretient avec sa femme. Son désespoir de la perte se transfigure dans cette quête. A aucun moment, je ne me suis ennuyée dans cette lecture, le langage utilisé est riche et j’en ai apprécié la teneur.

Je suis prête à découvrir d’autres romans de Romain Gary.