Une longue impatience

Gaëlle Josse

Notabilia, 2017

Présentation de l’éditeur

« C’est l’histoire d’un fils qui part et d’une mère qui attend. C’est un amour maternel infini, aux portes de la folie. C’est l’attente du retour, d’un partage, et le rêve d’une fête insensée. C’est un couple qui se blesse et qui s’aime. C’est en Bretagne, entre la Seconde Guerre mondiale et les années soixante, et ce pourrait être ailleurs, partout où des femmes attendent ceux qui partent, partout où des mères s’inquiètent. » Une femme perd son mari, pêcheur, en mer, elle se remarie avec le pharmacien du village. Son fils, issu de sa première union, a du mal à s’intégrer dans cette nouvelle famille et finit par lui aussi prendre la mer. Commence alors pour la narratrice une longue attente qu’elle tentera, tant bien que mal, de combler par l’imagination du grand banquet qu’elle préparera pour son fils à son retour. Encore une fois, par son écriture sensible et sans faille, Gaëlle Josse nous entraîne dans les méandres de l’amour.

Mon avis

Dès les premières phrases lues, j’ai eu plaisir à retrouver l’écriture de Gaëlle Josse. La première phrase « Ce soir, Louis n’est pas rentré. » annonce tout de suite un drame et j’ai ressenti des frissons rien qu’à la lecture de cette phrase. Louis, c’est le fils aîné d’Anne. Son fils aîné de 16 ans. Il a fugué.

Tout de suite, on est plongé dans l’atmosphère de cette vie au bord de mer dans les années 50, dans la vie de cette jeune veuve qui est Anne, qui s’est remariée au pharmacien du village, dont elle aura ensuite deux enfants.

On découvrira son parcours de femme de pêcheur devenue veuve trop tôt, l’attente d’Etienne pour la demander en mariage, leur milieu dissonant… Leur vie à trois puis à cinq. Un geste de trop et Louis s’en ira. Et commence l’attente d’Anne qui vit dans le retour de son fils. Elle lui écrit des lettres qu’elle n’envoie pas. Elle est dans l’attente, sa vie est mise entre parenthèses. On ne tombe jamais dans le pathos. Anne est une femme digne, droite. Elle ne se plaint pas. Elle est seule face à cette béance, ce vide dans sa vie, son enfant parti sans rien lui dire.

La grande réussite de ce livre est l’écriture incroyable de Gaëlle Josse. Elle peut raconter différentes histoires (autour d’un tableau, Ellis Island, une quête amoureuse…) et on retrouve cette écriture forte, puissante et précise. J’ai lu et relu certaines phrases pur essayer de comprendre d’où cela venait. Bon, je n’en sais rien, les mots choisis, écrits… sont là. J’aimerai savoir comment Gaëlle Josse écrit, choisit ses mots, écrit ses phrases.

Tout cela pour vous dire que j’ai été littéralement embarquée encore une fois par cette écriture et par cette histoire.

Je suis envahie, pénétrée, toute résistance devenue inutile, par les coups sourds, aveugles, insistants d’une souffrance qui ne me laisse aucun repos. Je vais avec une absence enfouie en moi, une absence qui me vide et me remplit à la fois. Parfois, je me dis que le chemin qui me happe chaque jours est comme une ligne de vie, un fil sinueux sur lequel je marche et tente d’avancer, de toutes les forces qui me restent. De résister au vent, aux tempêtes, au Trou du diable, aux larmes, à tout ce qui menace de céder en moi. Il me faudrait chercher des arrangements pour enjamber chaque jour sans dommage, mais je ne sais rien des arrangements.

Un paquebot dans les arbres

Valentine Goby

Actes Sud, 2016

Valentine Goby dans « Un paquebot dans les arbres » nous fait revivre la France des années 50 et le monde des petits commerçants, celui des cafetiers en particulier. Surtout, elle nous raconte ici l’histoire de Mathilde dont les parents cafetiers ont tous les deux contractés la tuberculose et se retrouvent dans un sanatorium, obligés de laisser leurs enfants.

Je connais ce genre de parents commerçants de cette époque, vivant correctement de leur commerce et qui ne sont pas très regardants auprès de leurs clients s’ils paient ou pas. Satisfaits et heureux de leur condition. Sauf que la Sécurité Sociale n’existe pas pour eux et se faire soigner au sanatorium est très très cher. Et là, il n’y aura aucune solidarité de la part de ces clients. La maison sera hypothéquée, mise sous scellée, les enfants mis dans des familles d’accueil et on notera au passage la dureté de certaines de ces familles d’accueil.

Mathilde sera le lien qui tiendra la famille. Sa sœur aînée, infirmière, mariée restera loin de tout cela, pourtant c’est celle qui porte la fierté de ses parents mais elle ne fera rien pour eux. Mathilde a le sens de la famille et aura le souci de son petit frère Jacques.

Mathilde sera présentée au début du livre comme une petite fille très discrète qui observe ses parents pour les voir vivre dans le café, dans le bal du samedi soir. Et pourtant toute la force viendra d’elle et elle essaiera de rassembler les morceaux pour que la famille continue d’exister. Elle se battra pour être émancipée. Elle se battra pour avoir un diplôme de comptable pour s’assurer un travail. Avoir une base fixe, solide face à la vie de famille qui se délite. Cette Mathilde force l’admiration.

Des personnes seront mises sur son chemin qui l’aideront mais c’est Mathilde qui se bat seule.

L’écriture est hachée, taillée à la serpe pour peut-être donner l’image de tout qui part en morceaux, pour montrer l’urgence de la situation, de la survie de Mathilde.

C’est un très beau roman inspirée de l’histoire d’une vraie personne : Elise Bellion. Une histoire particulière dans l’Histoire.

On aimerait tellement savoir ce qu’elle est devenue, cette petite Mathilde courageuse.