La beauté des jours

Claudie Gallay

Actes Sud, 2017

Claudie Gallay nous fait entrer dans le quotidien de Jeanne, employée de la Poste, la quarantaine, mariée depuis longtemps, ayant deux grandes filles étudiantes. Elle rend visite le dimanche à sa famille.

La routine semble installée : les journées ont l’air de se ressembler et de se répéter à l’infini.

Entre les heures au guichet, la maison, Rémy, les filles, Jeanne n’avait guère de temps pour penser à la lumière. Elle ne s’en plaignait pas, non, ce n’est pas ça. Mais il y avait toutes les choses à faire. Les choses de l’habitude.

 Mais Jeanne est quelqu’un qui regarde la vie. Tous les jours, en fin de journée, elle s’installe dans son jardin pour regarder deux personnes, qui passent dans deux trains différents. Ils rentrent du travail et les imaginent fait l’un pour l’autre…

Elle aime les nombres inversées. Elle a une passion pour l’artiste Marina Abramovic, une performeuse. On retrouve des citations de cette artiste et Jeanne nous la raconte.

M.A. Citation 1 : J’ai longtemps cru qu’on devenait une artiste à partir d’une enfance difficile ou alors si on avait connu un drame ou bien la guerre, ou alors si on avait un don. Mais ce n’est pas ça. On devient artiste parce qu’on est sensible et parce qu’on est mal dans le monde. Ce n’est pas une question de don mais d’incapacité à vivre avec les autres. Et cette incapacité à vivre crée le don.

Elle est dans l’empathie avec les autres. L’aventure est pour elle parfois de suivre quelqu’un dans la rue. Oui, Jeanne est un peu particulière.

Tout son univers est troublé par les retrouvailles avec un ancien ami du lycée, Martin, dont elle était amoureuse à l’époque. Il semble charmant et intéressant. Il se crée un point de tension dans l’histoire à ce moment-là. On se demande si sa vie va basculer, prendre une autre direction ou pas à ce moment-là.

Elle a pensé à la vie, la vie en général. Elle avait sans doute vécu plus de la moitié de la sienne. Peut-être pas, mais sans doute oui. Est-ce qu’ elle n’avait pas un peu dormi pendant toutes ces années ? Surtout, les dix dernières ? Dunkerque tous les étés. Les filles qui avaient grandi.

Est-ce qu’elle avait profité suffisamment ?

Claudie sait créer des univers. Je me souviens de la lecture du roman « Les déferlantes » où j’avais l’impression de sentir les embruns sur ma peau tout le temps.

Au fur et à mesure de l’avancée dans l’histoire, Jeanne avance, progresse dans le « être » et peut dire ce qu’elle veut faire, ce dont elle a envie mais aussi de savoir ce qu’elle a. Elle s’affirme. Elle trouve son équilibre.

Autour d’elle gravite Suzanne, l’amie et voisine qui s’est faite larguer par son compagnon et qui semble terriblement pathétique et désespérée. Mais Jeanne est présente auprès d’elle et l’aide.

Un autre personnage, présent tout au long du livre est Zoé, sa petite nièce qui fait entrer de la douceur, de la poésie, de la créativité dans la vie. Cette petite fille est différente mais elle possède un don, le don de la vie, de l’instant à vivre par son regard étonnant. C’est un personnage que j’ai aimé retrouver tout au long du livre et qui m’a ravie et fait sourire.

J’ai aimé ce roman de bout en bout. On peut être surpris par la vie de Jeanne qui peut paraître monotone au premier abord, mais se rendre à un travail salarié quotidiennement nous fait entrer systématiquement dans une certaine routine. C’est comment on vit ces instants qui fait la différence et fait que notre vie est unique.

Une autre découverte artistique fut l’installation de Christian Boltanski « Les archives du coeur » sur l’île de Teshima au Japon qui crée un vraiment moment de poésie et d’évasion dans le livre. Ce roman est donc à lire. 

– J’ai l’impression qu’il y a deux Jeanne en moi, une qui a eu envie de cette vie calme et bien rangée, et l’autre qui voulait être différente. La première a été la plus forte. Mais j’ai besoin, de temps en temps, de sentir en moi la présence de l’autre.