Nora Webster

Colm Tóibín

10/18, 2017

 

Irlande, fin des années 60, Nora Webster se retrouve veuve avec le poids du regard des habitants de la petite ville où chacun de ses gestes est scruté. Elle retrouve sa liberté de faire des choix, de travailler pour faire vivre sa famille et aussi de penser à elle. Seule à gérer l’éducation de ses enfants, elle agit pour le mieux. Mais elle pense à elle, à ses désirs. L’éveil à la musique avec l’achat d’une chaîne stéréo et la prise de cours de chant l’emporteront bien plus loin qu’elle pouvait l’imaginer.

L’idée de ce qu’elle pourrait faire des pièces du rez-de-chaussée la tenait éveillée la nuit. Elle devait faire un effort pour se rappeler qu’elle était libre, que Maurice n’était plus là pour s’inquiéter du coût et renâcler devant tout ce qui risquait de déranger ses habitudes. Elle était libre. Elle pouvait prendre toutes les décisions qu’elle voulait dans la maison. Elle se sentit presque coupable en comprenant qu’elle pouvait, en réalité, faire ce qu’elle voulait de façon générale. Tout était réalisable, tous ses désirs sans exception, à la seule condition d’en avoir les moyens financiers. Si Jim et Margaret la désapprouvaient, ou si ses sœurs, ou ses filles, lui conseillaient de procéder autrement, elle était parfaitement libre de ne pas tenir compte de leur avis.

Colm Tóibín brosse un très beau portrait de femme qui redécouvre la liberté, prend son indépendance, vit au mieux sa vie de femme et de mère dans cette société étriquée d’une petite ville irlandaise. Colm Tóibín écrit finement et tout en délicatesse la psychologie de Nora ainsi que la description implacable de la société irlandaise. 

L’auteur montrait déjà la pesanteur de la société irlandaise dans « Brooklyn » surtout en comparaison avec la vie à New York où migra sa jeune héroïne.

J’imagine très bien une jolie adaptation de ce film au cinéma.

Ce livre est enfin sorti de ma PAL.

 

Publicités

La part des nuages

Thomas Vinau

Editions 10/18, 2017

C’est l’histoire de Joseph et particulièrement l’histoire d’une semaine un peu particulière. Le fils de Joseph part une semaine chez sa mère et Joseph se retrouve devant ce grand vide et cette longue semaine. Il décide de faire l’école buissonnière, de se porter pâle au travail et de s’installer dans la cabane du jardin. Il prépare cela en faisant des provisions (Nutella, cubis de vin, saucisson, vodka, camembert, cacahuètes…). Il va donc élire domicile durant cette semaine dans la cabane du jardin construite de ses mains. C’est une cabane construite dans un arbre pour son fils, elle est à 1m50 du sol. Il régresse, ne se lave plus comme le ferait certains ados et vit en dehors du temps contraint. Ce temps est une parenthèse dans sa vie. Des retours en arrière, des considérations sur l’instant présent, le vide de la vie, son adaptation à la vie…

J’ai eu peur. J’avais peur de grandir. Peur de devenir comme tout le monde. Peur d’accepter cette drôle de farce. Peur de passer à côté. Peur de la médiocrité. Et puis j’ai un peu voyagé. J’ai eu deux trois amis. J’ai lu deux trois livres. J’ai rencontré deux trois femmes. Je me suis dit que cela valait la peine. De jouer le jeu. D’accepter la farce. Alors je m’y suis mis. J’ai trouvé une place. J’y ai fait mon trou. J’ai aimé quelqu’un. J’ai eu mon fils. Alors j’ai eu peur pour lui. Peur de demain. Peur de la mort. Des enculés d’en face. Toujours plus forts. J’ai eu peur pour lui. Peur de ce qu’il allait devenir. Peur de ce que j’étais devenu. Maintenant j’ai peur de ce que je ne deviens pas. Et puis j’en ai marre d’avoir peur. Ca ne marche plus d’ailleurs. Je n’ai plus peur. J’en ai juste marre.

J’aime la poésie des mots de Thomas Vinau, de ses métaphores et comparaisons. C’est une prose très poétique, très riche. Les phrases sont courtes comme autant d’injonctions à vivre l’instant tel qu’il se présente. On comprend malgré tout que le narrateur n’a pas encore digéré la séparation avec la mère de son fils. J’aime beaucoup le fait que Joseph, le narrateur s’isole dans son jardin, dans cette cabane qui représente la liberté, la liberté de s’écarter du train-train quotidien.

J’avais beaucoup aimé « Ici ça va » qui m’avait littéralement transportée d’émotions. Le prochain de cet auteur sera certainement « Nos cheveux blanchiront avec nos yeux » ou bien son dernier « Le camp des autres ». Dans tous les cas, je vais continuer à lire cet auteur.

L’homme de la montagne

Joyce Maynard

Editions 10/18, 2015

 

Dès les premières lignes, j’ai retrouvé la voix de Joyce Maynard dans ce roman. Le début du roman s’ouvre sur ce père merveilleux et doux qui se trouve être cet Inspecteur Toricelli, présenté par sa fille Rachel comme un enquêteur hors-pair. C’est un homme, un père qui fait de chaque moment passé avec ses filles un rêve. Malheureusement, il quitte sa femme quand Rachel avait huit ans et Patty, six ans. Leur mère s’enferma dans ses volutes de fumée laissant ses filles livrées à elle-même. J’ai été d’emblée happée par l’univers de ces deux sœurs. On est subjugué par leur créativité, l’inventivité de leurs jeux, leurs histoires, la façon dont elles pallient aux manques : leur mère qui ne s’occupe guère d’elles, de ce père absent mais qui a une aura auprès d’elles, le manque matériel… Elles sont d’une grande complicité, de tendresse, d’entraide… Elles font une. Rachel se rend bien compte qu’elles sont décalées par rapport aux autres enfants mais jamais elles ne s’ennuient ensemble. Tout ce bonheur est entaché par un tueur qui sévit dans leur montagne et s’attaque aux jeunes filles. C’est l’inspecteur Torricelli qui mène l’enquête et il faudra plusieurs années afin qu’elle soit résolue et les meurtres se perpétuent régulièrement.

Rachel sera écrivain et écrit sur cette histoire.

Après le départ de notre père, nous nous sommes senties mieux à l’extérieur qu’à l’intérieur de la maison. A l’intérieur, les choses se cassaient et il ne restait guère de choix. Mois après mois, nous avions l’impression de manquer de tout, sauf de factures et de l’odeur des cigarettes. A l’intérieur, nous percevions la tristesse et le désappointement de notre mère, et malgré notre amour pour elle, il nous fallait sortir sous peine de sombrer à notre tour. Au-delà, des quatre murs de cette maison qui s’écroulait, tout était possible.

Vu la façon dont nous grandissons – sans adultes sur le dos ni surveillance, sans même l’éducation douteuse fournie par la télévision – , nous étions plus mûres et indépendantes que les autres enfants, et pourtant d’une naïveté désespérante. Moi plus que ma sœur, bizarrement.

D’où vous viennent toutes ces histoires ? me demanderait-on. Dans ma jeunesse, expliquerais-je, je les inventais pour rendre ma vie intéressante. Ma sœur et moi espérions toujours connaître des événements excitants et, si le monde ne nous les procurait pas, nous en fabriquions. Des histoires si réelles que nous finissions par y croire.

Joyce Maynard a écrit ici un très joli roman qui par son écriture incroyable nous communique tout un regard sur la vie que nous partageons bien sûr avec elle. Pour moi, c’est de la pur magie cette écriture. Elle me fait du bien. Joyce Maynard est assurément du côté de la vie.

J’attends avec impatience son prochain roman qui sort le 7 septembre 2017 « Un jour, tu raconteras cette histoire » aux Editions Philippe Rey. Je l’ai déjà précommandé pour être sûr de l’avoir le jour J. C’est un récit très spécial mais qui sera certainement magnifique et douloureux sur la belle histoire qu’elle a vécue avec Jim, celui qui fût son mari mais qui malheureusement est parti bien trop tôt.

Je sais que Joyce Maynard sera en septembre en France pour la promotion de son livre et j’ai hâte de la rencontrer de nouveau car c’est une femme merveilleuse.

Ce livre se trouvait dans ma PAL depuis deux ans. Heureuse qu’il en fut sorti pour tout ce bonheur de lecture.