Semblant sortir du noir

Marie-Laure Hubert Nasser

Editions Passiflore, 2017

Présentation de l’éditeur

Le destin ne s’accomplit jamais selon nos plus belles espérances. Il nous surprend, nous renverse parfois, nous bouleverse souvent.
Nawel ne veut pas quitter sa maison et ses parents, même si elle sait que son avenir est compromis dans son pays en guerre. Luc ne peut imaginer rompre avec sa femme alors que leur vie conjugale s’est transformée en cauchemar, il garde l’espoir d’une famille unie, comme ses parents avant lui. Georgia refuse de quitter son enfance et de prendre la route comme son père le lui a demandé. Et Mélanie rejette de toutes ses forces la célébrité, même pour permettre à l’homme de sa vie de réaliser son rêve.


Faut-il croire qu’un chemin tout tracé guide nos pas, malgré nous ?

Mon avis

J’ai vraiment apprécié de lire ces nouvelles, un genre que je n’ai pas l’habitude de lire et que j’ai parfois du mal à apprécier. Ici, les nouvelles suffisamment longues permettent d’entrer dans l’histoire et l’univers de chaque personnage.

Pour raconter Nawel, qui est une adolescente qui vit dans un pays en guerre, l’auteure utilise des phrases courtes et incisives qui montre l’urgence de la situation. Situation de guerre mais aussi situation de crise dans le couple de ses parents qui se sépare. Elle partira vers l’Eldorado que représente l’Europe.

La fin nous fait crier « Hourra !!! » par cette simple phrase « Aujourd’hui, je vais à l’école. ». Et tout est là !

La nouvelle concernant Georgia est touchante par l’amour qu’a son père pour elle, ce père ouvrier-poète qui lui lègue peu de choses mais une chose essentielle qui lui permettra de se réaliser.

Il avait économisé toute sa vie. Je me demandais bien comment, il gagnait si peu. Certes,  nous vivions chichement, mais il cédait à mes rêves. Un jean indigo. Il avait refusé le modèle à trous, prétendant qu’il aurait bien le temps de se déchirer, refusait de cautionner les entreprises mondiales productrices de Denim fabriqués à Guangzhou, sablés en Turquie et colorés en Tunisie. Mon père était une sorte d’écolo que la pauvreté avait obligé à de nombreux recyclages. Alors, j’élimais mon froc sur le bord du trottoir, sans trop non plus pour ne pas le déchirer. Des bottes en cuir. Un perfecto. Une guitare achetée d’occasion. Je savais combien il se saignait pour cela. Sautait des repas. Mangeait un bout de pain rassis au réveil, prétendant qu’il n’avait pas faim. Il disparaissait le dimanche matin et revenait blanc de plâtre ou gris de ciment. Il avait fait plus fort encore, il avait organisé sépulture et m’avait laissé une liasse de billets de cinquante euros, un abonnement de train pour un an payé d’avance et une carte de France. Il m’avait écrit sur une enveloppe usagée : je ne peux t’offrir le monde, ma déesse, mais la France sera ton royaume. Le loyer du meublé est réglé jusqu’en mars. Tu devras partir à l’aventure avant le premier avril. La vie t’appartient. Je t’aime ma Cassandre. 

Cela peut sembler dur au départ comme leg mais c’est ce qui sauvera Georgia et lui permettra de se réaliser et d’être libre.

La nouvelle concernant Luc est la plus désespérante. D’ailleurs, c’est la seule nouvelle ayant comme personnage un homme. C’est un homme encore jeune qui aime sa femme, une sorte de Betty Boop affriolante et sexy qui m’a semblée odieuse. Il fuit le domicile conjugal et trouve refuge dans un hôtel où il se retrouve fiévreux et totalement perdu. Bon, pas trop perdu car il va dans l’hôtel juste en face de son domicile. Il y restera enfermé quelques jours et fera une rencontre particulière qui l’aidera à faire des choix vis à vis de son couple et de sa vie. C’est la nouvelle que j’ai le moins aimé.

Par contre, la dernière nouvelle concernant Mélanie est plutôt jubilatoire. Mélanie est une professeur de philosophie qui mène une vie très tranquille et qui se retrouve par son mari, homme politique mise sur le devant de la scène médiatique car il est candidat à l’élection présidentielle et ira jusqu’au deuxième tour. J’avoue que j’ai beaucoup pensé à notre Première Dame et à ce qu’elle a du vivre lors de l’élection présidentielle et à ce qu’elle vit maintenant.

Donc, voici Mélanie, contrainte de quitter sa région, sa famille pour se retrouver dans un meublé à Paris pour suivre son mari dans cette folle aventure. C’est une aventure qu’elle n’a pas choisi de vivre et elle la vit plutôt mal.

Depuis quelques jours, elle avait trouvé refuge dans son lit. Elle y passait des heures, le poste de télévision allumé, se noyant dans les programmes du matin, incapable de raconter ce qu’elle avait réellement suivi. Elle tentait de se reposer, d’oublier ce qui l’attendait, c’était une question de semaines, ensuite elle replongerait dans l’anonymat. Disparaître, retrouver ses habitudes, ses balades en forêt, ses livres, ses élèves. Ils s’étaient mis d’accord, la première dame n’aurait aucun rôle, aucune mission. Elle se contenterait d’une indispensable présence protocolaire. Il semblait contrarié, mais prêt à tout pour qu’elle reste à ses côtés. Elle entrevoyait un nouveau chemin, plus exposé. Moins libre. La vie que lui préparait Guillaume faisait d’elle une bête traquée, habitée par la peur, se méfiant des autres. La route parsemée de pièges. D’interdits.

La fin est scotchante et fait froid dans le dos.

J’avais lu et apprécié le premier roman de Marie-Laure Hubert Nasser « La carapace de la tortue » sorti chez Folio.

Vous pouvez lire ma chronique ici.

Un auteur à découvrir !

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La carapace de la tortue

Marie-Laure Hubert Nasser

Folio, 2016

Présentation de l’éditeur

« Oui, je suis venue sur terre comme une tortue, encombrée d’une carapace. Qui rentre la tête quand le monde extérieur est trop douloureux ». Clotilde cache ses complexes derrière d’amples vêtements. Après avoir tenté sa chance à Paris, cette jeune Bordelaise revient au pays grâce à sa grand-tante. Sous des dehors revêches, Thérèse a prévu pour sa petite-nièce un strict programme de remise en forme. Avec l’aide de tous les voisins qui ont au préalable passé un casting impitoyable, Clotilde devra sortir de sa réserve. Il y a Claudie qui aime raconter ses histoires de fesses, Sarah et Sophie, délaissées par leur mari et bien décidées à s’en accommoder, Elisabeth, la business woman meurtrie de ne pas voir grandir ses trois enfants… Chacun à sa façon va aider Clotilde à reprendre goût à la vie. Une galerie de portraits attachante, l’histoire d’une renaissance racontée avec énergie et un humour parfois corrosif.

Mon avis

Ce livre m’a tout de suite fait penser à « Big » de Valérie Tong Cuong à cause du personnage principal hyper complexé dans son corps, dans ses kilos en trop. Le personnage de Valérie Tong Cuong, elle, ne sortait que la nuit et vivait hors de la société. Ici, dans ce livre, Clotilde est une jeune femme qui a un corps qui est décrit comme une « masse informe » et qui cache son visage sous un chapeau. Ici, Clotilde subit. Elle a tout de même pris la décision de quitter sa famille qui n’a jamais su l’aimer et de demander l’aide d’une tante. Mais à part cela, les pensées de Clotilde me semblaient vides, concentrées sur ses complexes physiques.

Plus simplement, elle avait constaté, jour après jour chez ses voisins, que l’enveloppe physique qui la contenait pouvait éloigner ceux qu’elle avait commencé à aimer. Une aversion instantanée. Comme une brûlure. Un rejet qui détournait les visages, même bienveillants. Comme le regard fuyant du père de Léo qui partait le matin pour son jogging. Dans ses yeux, elle aurait désiré lire de l’amitié. Un signe d’affection. Pas plus. Elle n’en voulait pas plus.

J’ai eu du mal à avoir de l’empathie pour ce personnage jusqu’au moment où le journal de Clotilde nous est donné à lire. Son journal nous fait découvrir le calvaire qu’elle a vécu. On apprend aussi que sa naissance est du à un événement tragique qui fait qu’elle n’a pas pu être aimée par ses parents ou dans tous les cas, mal aimée. On prend connaissance de la maltraitance psychologique qu’elle a subi donc au sein de sa famille et à l’école. Par son journal, on découvre une jeune femme cultivée dont la passion pour l’Art l’a maintenue dans la vie et aidée à vivre. Et on assiste dans ce journal à son éveil de la vie, des efforts qu’elle fit pour vaincre ses complexes et avancer dans la vie. A un moment, on se serait presque cru dans un conte de fées avec toutes ses bonnes fées qui se penchent sur elle mais l’auteure en a décidé autrement pour la fin de ce roman. Cette fin me fait penser d’ailleurs à celle de Renée dans « L’élégance du hérisson » de Muriel Barbery. Elle se retrouve fauchée en plein début de bonheur, d’un futur plus radieux.

J’ai failli lâcher la lecture donc juste avant la lecture du journal de Clotilde car je trouvais ces complexes disproportionnées, ses problèmes de communication extrêmes. Je n’ai jamais vu de personnes si laides qui doivent vivre ce cauchemar. La beauté pour moi est ailleurs aussi, dans l’intelligence humaine, le savoir-vivre et un savoir-être agréable, la curiosité et l’ouverture aux autres, l’humour, savoir se moquer de soi… Et lire des livres où les personnages se rendent la vie impossible à cause de leur physique, cela m’insupporte.

Finalement, j’ai apprécié la lecture de ce roman qui fait réfléchir sur les blessures psychiques, la relation au corps et la méchanceté ou la bêtise de certains.

Clotilde aimait l’Art et c’est ce qui l’a fait exister aux yeux des autres, c’est ce qui l’a rendu belle.

Cultivons nos passions !

J’ai découvert une nouvelle maison d’édition. Avant d’être édité en Folio, ce roman était édité aux Editions Passiflore. C’est une maison d’édition du Sud-Ouest située à Dax.

On découvre que Marie-Laure Hubert Nasser a écrit un deuxième roman « Spleen Machine » que je pense lire.