Le vrai lieu

Entretiens avec Michelle Porte

Annie Ernaux

Gallimard, 2014

 

Le vrai lieu

C’est un livre très très fort et intense d’entretiens avec Annie Ernaux où elle se livre comme à son habitude sans fard.

Ce livre est, à la base, des entretiens filmés par Michelle Porte.

Elle parle de son milieu social d’origine, de ses parents ouvriers devenus épiciers, de son acculturation (elle devenue professeur agrégée), de sa maison de Cergy, de son besoin de solitude pour écrire…

De l’utilité de la littérature.

Du livre, objet sacré.

Des parents lecteurs.

De son enfance et jeunesse à Yvetot, de l’école privée où elle est allée.

Etre « entre-deux ».

La première fois que je suis tombée sur un livre d’Annie Ernaux que je ne connaissais absolument pas, j’étais étudiante sur le Havre. Je furetais dans les poches de la Librairie Galerne qui se trouvait sous Le Pot de yaourt et je suis tombée sur elle, sur un des livres « Les armoires vides » où elle raconte son enfance et sa jeunesse en Normandie. Ce qui m’a d’abord fait acheter ce livre, c’est que c’était un écrivain « régional » et que le thème qu’elle abordait m’intéressait. J’ai été touché, il y a peu, par les photos qu’on trouve dans « Ecrire la vie », des photos de lieux que je connais bien : Yvetot, Lillebonne… Depuis ce moment à la Galerne, j’ai lu tous ces livres. J’aime son écriture et ce qu’elle écrit me touche. C’est une femme qui vit sa vie pleinement, qui s’affirme… Et j’aime beaucoup cela.

« Pourquoi cette séparation, c’est la grande question. Mais – et c’est le sujet de mon premier livre, « Les armoires vides » – l’acquisition du savoir intellectuel allait, va toujours, avec certaines façons de parler, de se comporter, certains goûts, une distinction d’ordre social. Cette accession au savoir s’accompagne d’une séparation. Au fond, je ne m’y résous pas, à cette séparation, c’est peut-être pour ça que j’écris. Je crois qu’elle est inscrite dans mon corps, cette séparation. Cette séparation du monde. Quand je dis dans mon corps, je veux dire des gestes que j’ai conservés par-delà mon acculturation, par-delà l’acquisition d’une « discrétion corporelle ».