L’amour et les forêts

Eric Reinhardt

Gallimard, 2014

 

L'amour et les froets

 

Premier livre que je lis d’Eric Reinhardt, j’ai été séduite par l’écriture (j’ai noté beaucoup de phrases et de paragraphes) et intéressée par l’histoire de cette femme, Bénédicte Ombredanne, harcelée, enfermée mentalement par son mari.

« Je suis une sorte de prisonnière. Il me reste, mon fils va avoir cinq ans en octobre, treize ans à tirer. »

Voilà comment cette femme pousse son devoir vis à vis de ses enfants. Subir son mari car les enfants sont encore jeunes. Qu’est-ce qui est plus traumatisant : vivre dans cette ambiance délétère ou quitter son mari et assumer seule ses enfants et vivre sa vie libre.

Elle trouve refuge dans une maison de repos où elle peut retrouver ses esprits.

« […] de se cacher dans ce refuge qu’elle aimait déjà tant, où pour la première fois depuis des années elle voyait briller dans ses pensées, ses pensées de nouveau en mouvement, la lueur d’un désir pour la vie, et d’un espoir de renaissance. Ce mouvement était encore assez lent, certes, peu assuré, mais il était indéniable, il lui laissait espérer qu’avec son seul cerveau – comme grimpée sur une bicyclette remise en état – elle pourrait aller quelque part, atteindre un résultat, et peut-être même produire de la beauté, oui, pourquoi pas, de la beauté, avec des mots, des phrases et des idées de rythmes, avec, sous son crayon, la nuit, enfermée dans sa chambre, des fulgurances comparables au surgissement d’un cerf sous les yeux d’un promeneur, en pleine forêt, entre les branches d’un instant suspendu, sublime et frémissante surprise. »

C’est se sentir vivre que d’avoir « ses pensées de nouveau en mouvement ». Elle retrouve toutes ses sensations, elle se sent vivante.

« […] et qu’elle pourrait fort bien envisager un séjour à la campagne, dans une petite pension, si ce qu’elle recherchait c’était le calme et le silence, être seule avec elle-même et ses pensées profondes, pour écrire et méditer, retrouver son intégrité d’être humain, de femme. »

J’aime à ce que la solitude soit nécessaire pour avoir suffisamment de recul sur sa vie, sur ce qui nous entoure, réfléchir, laisser ses pensées vagabonder, être créatif, sinon, on se perd nécessairement si on se laisse entraîner dans le tourbillon du quotidien.

Quand j’ai fini de lire ce livre, la fin m’a attristée. La vie de Bénédicte Ombredanne n’a été qu’un échec. La méchanceté de son mari abominable. Un échec de vie terrible. La peur qui fait reculer face à la vie.

Dans la quatrième de couverture, il est indiqué « Récit poignant d’une émancipation féminine « L’amour et des forêts » est un texte fascinant, où la volonté d’être libre se dresse contre l’avilissement. »

Non, non et non.

Il n’y a pas d’émancipation féminine. Il y a eu la conscience de cela à un moment donné mais elle n’a pas réussi à s’émanciper de son mari. C’est une défaite. Une défaite de vie comme on peut le voir chez ceux qui n’osent pas s’affranchir, s’affranchir de ceux qui nous étouffent et qui refusent de voir tous les possibles de la vie.

Ce livre m’a bouleversée. Oui. Car Bénédicte Ombredanne est tombée sur un salaud qui a joué de ses failles et cela a conditionné toute sa vie. Elle serait tombée sur un homme bien, sa vie aurait été autre. Elle n’avait pas la force, les moyens de se sortir de cette impasse. On n’est pas tous égaux devant la vie. Certains doivent lutter beaucoup plus que d’autres pour avoir la tête hors de l’eau. Et certains ne réussissent pas. Lutter sans cesse pour vivre épuise.

On peut mettre des « Si » :

– « Si » elle avait pu prolonger son repos en clinique, elle aurait pu trouver la ressource nécessaire pour s’en sortir

– « Si » elle avait osé vivre sa relation avec cet homme rencontré (ou imaginé ?)

– « Si » elle n’avait pas eu une aussi haute idée de ses devoirs et responsabilités et si elle avait plus pensé à elle….

Ce roman est dramatique. J’ai été révoltée, dégoûtée par la fin de vie de cette femme.

Ce roman m’a chamboulée, dérangée…

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