Bad Girl

Nancy Huston

Babel, 2016

C’est un récit. Un récit autobiographique. Un récit autobiographique qui n’utilise pas le « je » mais le « tu ». La narratrice utilise le « tu » pour s’adresser à l’embryon qui évolue et grandit dans le ventre de sa mère. La narratrice lui raconte ses origines : les grands-parents, ses parents, leur rencontre, son frère Stephen et ce qu’elle deviendra. La narratrice, c’est cet embryon au présent. On y comprend les blessures, les fêlures du passé qui expliquera ses écrits. On suit l’itinéraire de cette femme. C’est brillant, très brillant. Nancy Huston nous renvoie via sa trajectoire personnelle à notre monde, à notre identité de femme, à nos fêlures, à notre questionnement.

C’est un récit qui restera longtemps en moi, que je relirai certainement quand j’aurai exploré de mes mots ma propre histoire.

Je suis toujours happée par les mots de Nancy Huston quand je lis ses textes, comme je peux l’être par ceux d’Annie Ernaux, et comme je l’ai été par ceux de Simone de Beauvoir.

Un livre à lire !

Si tu quittes ta patrie, c’est aussi pour fuir le cerveau paternel, perturbé et perturbant.

Dans toutes les situations de la vie (y compris, une fois, lors d’un séjour un peu long à l’hôpital) tu exigeras que l’on t’octroie solitude, silence, papier, concentration. Pour narguer les démons du père, sans doute… mais aussi : pour repriser et réparer, mot après mot, les déchirures de son esprit.

Hélas, tandis qu’on élevait les filles à la fois comme filles et garçons, on continuait à élever les garçons comme des garçons.

La nature de la Femme est d’être coupable, elle est coupable rien qu’en étant là (jeune et attirante), un festin interdit pour les yeux des hommes.

Tu supporteras des hommes, de toutes sortes, y compris la pire:d’épais malotrus qui blablatent, salivent, balivernent et t’envahissent de leurs paroles, tu les supporteras parce que, tout en souriant et en hochant la tête, tu enregistres leur comportement, certaine de prendre un jour ta revanche en les transformant en personnages. Ecrivant, c’est toi qui auras le dessus, toi qui les manipules comme des marionnettes, toi qui décideras quand ils doivent l’ouvrir et la fermer.

Je pense que le prochain livre que je lirai de Nancy Huston sera soit « Infrarouge » ou « Reflets dans l’œil d’un homme ».

                

Ce livre est enfin sorti de ma PAL où il y était depuis juin 2016.

Des féministes…

Simone de Beauvoir et Bouchera Azzouz…

La femme rompue et Fille de Daronne et fière de l’être

Une nouvelle « Monologue » et un récit.

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J’ai lu le premier, relu car je l’ai lu il y a 30 ans car je suis allée voir « La femme rompue » aux Bouffes du Nord avec Josiane Balasko. J’ai lu la nouvelle « La femme rompue » alors que finalement, c’est l’autre nouvelle « Monologue » qui a été adaptée au théâtre par Hélène Fillières. Ce recueil de nouvelles a été écrit en 1967. Monologue met en scène une femme d’âge mur qui un soir de réveillon est seule, elle est sur son lit et aimerait dormir. Elle revient sur sa vie (ses enfants, son mariage, ses amours, la séparation, la mort d’une enfant) et espère le lendemain renouer avec le père de son enfant. Je trouve qu’on ressent bien la datation du texte. Cette femme est malheureuse et on voit bien qu’elle doit faire fuir les hommes. Elle attend beaucoup de cet homme mais il ne peut plus rien lui donner. L’autre nouvelle « La femme rompue » parle d’une femme qui a consacré sa vie à son mari et à ses enfants sans s’investir et s’épanouir dans un travail et qui à 50 ans va se retrouver seule car son mari ira vers une femme plus jeune. Un classique… de l’époque… selon moi. Les femmes de nos jours sont de plus en plus indépendantes et ne vont pas se retrouver démunies face à un divorce. Ce que j’ai apprécié en allant voir la pièce aux Bouffes du Nord c’est la performance de Josiane Balasko, seule sur scène.

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Photo prise sur le site du théâtre des Bouffes du Nord

Le livre de Bouchera Azzouz raconte sa jeunesse en tant que fille d’immigrés marocains qui ont connu à leur arrivée en France le bidonville et arrive ensuite dans la Cité de l’Amitié à Bobigny. C’est une cité mixte avec beaucoup d’engagements associatifs qui font que l’intégration est réelle. Peu de religion, peu de pratiquants. Des mères avec beaucoup d’enfants qui regrettent ne pas avoir fait d’études et qui donneront une importance de l’école pour leurs enfants. Les parents de Bouchera Azzouz ont leur propre culture mais sont dans le même temps compréhensifs, tolérants et ont une certaine modernité en s’adaptant à la société de l’époque. Ils acceptent qu’elle épouse un tchèque par exemple. Bouchera Azzouz a porté le voile à une époque où personne ne le portait. Je n’ai pas bien compris cet épisode. Son père semblait le regretter. Bouchera Azzouz continuera son parcours et maintenant elle est une féministe engagée. On peut lire dans ce livre l’importance du rôle de la mère dans l’éducation des filles et des garçons. La vie dans cette Cité est un souvenir idéal du vivre ensemble et de l’intégration.

Ma jeunesse, la mienne, a été marquée par les livres de Simone de Beauvoir. Ses livres ont été mis sur mon chemin par hasard et ils m’ont libérée de ma condition sociale et de mon éducation rétrograde. Elle m’a fait être tout ce que je suis actuellement avec une vie libre et indépendante en toute conscience.

J’aime la vie et être actrice à part entière de ma vie.