Mistral perdu ou les événements

Isabelle Monnin

JC Lattès, 2017

J’ai ressenti une certaine tristesse tout au long de la lecture de ce livre. C’est un récit autobiographique. L’auteure/narratrice était très proche de sa sœur mais elle est décédée jeune. Le texte est scandé par « Nous sommes deux », « Je suis deux » et pour finir par « Je suis nous » nous renvoyant sans cesse à cette perte.

Nos journées jouent à l’élastique, se quitter, se rejoindre, se raconter, verser dans la tête de l’autre tout ce qui a été frôlé, espéré, déçu. Elle n’a pas encore dix ans mais au collège je n’ai pas trouvé meilleure amie. Il y a bien une fille, dont la profondeur m’attire comme un puits, mais personne ne me connaît mieux que ma sœur. La laisser, même pour quelques heures, revient à endosser un manteau de solitude. Nul ne me dit comme elle qui je suis. Que je suis. Elle est celle par qui j’existe au monde, depuis son premier regard sur moi – effacé à jamais de ma mémoire mais grave préhistorique dans ma roche de sorte que jamais je ne puisse en douter.

A la manière d’Annie Ernaux qui mêle son vécu tout en nous faisant revivre une époque comme dans « Les années » (qui est d’ailleurs est cité en exergue de ce livre), Isabelle Monnin nous raconte ses souvenirs, son enfance, sa vie avec ou sans sa sœur tout en nous refaisant vivre la fin des années 70 et au-delà en province.

Je retrouve, comme dans mon histoire personnelle, les mêmes origines politiques et cette façon de voir le monde à travers le clivage gauche/droite.

J’apprends ainsi, sans que cela soit nommé, que tout est rapports de force, que la politique est l’épaisseur invisible entre les individus, ce qui les lie et les éloigne.

L’écriture est très recherchée dans la juxtaposition des mots et en fond de texte, on entend ces chansons de Renaud. La musique est très présente dans ce livre. Mais ce ressenti de la perte tout au long du livre m’a vraiment touchée. Je suis un être ultra sensible et les mots me touchent invariablement. Cela a été une lecture pesante.

J’avais déjà ressenti beaucoup d’émotion en lisant « Les gens dans l’enveloppe » de la même auteure, mais c’était une émotion touchante et tendre.

https://voyageauboutdemeslivres.wordpress.com/2016/04/25/les-gens-dans-lenveloppe/

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Les gens dans l’enveloppe

les gens dans l'enveloppe

Isabelle Monnin

J.C. Lattès, 2015

J’ai vraiment apprécié ce livre. On est tout de suite intrigué par ces photos que l’auteure, Isabelle Monin a acheté sur internet. On se demande qui sont ces gens.

Isabelle Monin en a fait un livre avec une structure très particulière : une fiction, où elle imagine la vie de ces personnes et une enquête afin de savoir que sont devenues ces personnes. De plus, un CD avec les chansons et musiques d’Alex Beaupain vient compléter cet ouvrage original. J’ai été très émue en écoutant certains morceaux quand on prend connaissance de certains interprètes.

On s’attache vraiment à ces personnages fictifs et réels et de les entendre sur des chansons, cela fait frissonner.

Sur plusieurs photos, on aperçoit une petite fille et on la devine seule avec ses grands-parents. L’auteure l’appelle Laurence et raconte sa vie par bribes, ainsi que celle de sa mère qui l’aurait laissée seule. Le texte se fait plus poétique au fur et à mesure de la lecture.

J’ai apprécié l’enquête qui est un vrai journal d’écriture d’un écrivain.

On découvre des trajectoires de vies réelles intéressantes.

C’est un livre original à lire et à faire partager.

 

Où vont les secrets quand il n’y a plus personne à qui les confier ?

J’ai six ans, je suis dans la cour de récréation. Je suis présente physiquement et absente pourtant, au regard et à la préoccupation des autres. Existante pour personne, c’est une nature, une cicatrice invisible mais une force aussi -d’espion. Assise contre un mur, je les regarde jouer. Je glane, et ils n’en savent rien, de quoi me constituer un petit catalogue de caractères humains. Plus tard, j’ai vingt ans, j’ai trente ans, j’ai quarante ans et toujours, je ne fais que cela : observer les gens et me raconter leurs vies, imaginer ce qu’ils sont, ce qu’ils vivent, les aimer ainsi secrètement – et m’imaginer aimée. L’enveloppe où m’attendent les Gens est une cour de récréation.

Quand on naît ici, on grandit ici, on meurt ici.

 

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2016