A la ligne

Joseph Ponthus

La Table Ronde, 2019

La vraie et seule liberté est intérieure

Mes mots peinent autant que mon corps quand il est au travail

J’ai hésité à lire ce livre et quand je l’ai eu entre les mains et lu quelques lignes, je l’ai tout de suite pris et lu.

Ce livre m’a emporté dans ce travail quotidien et harassant, emportant tout avec lui, dans ce travail à l’usine d’abord et ensuite dans les conserveries de poissons et dans un abattoir.

On se demande comment on peut ressortir de sa journée à l’abattoir. Et toujours ces gestes répétitifs, mobilisant tout le corps, sa force, son énergie, avec des horaires décalés où la récupération sera difficile.

Incessants cauchemars martelés
Répétitifs
Quotidiens

Pas une sieste pas une nuit sans ces mauvais rêves de carcasses
De bêtes mortes
Qui me tombent sur la gueule
Qui m’agressent
Atrocement
Qui prennent le visage de mes proches ou de mes peurs les plus profondes

Cauchemars sans fin sans vie sans nuit
Des réveils en sursaut
Draps inondés de sueur
Presque toutes les nuits

Joseph Pontus nous a fait plonger dans ce quotidien à sa manière, avec son style que j’ai beaucoup apprécié en allant à la ligne et en n’usant pas de ponctuation. Cela donne un sentiment de tension permanente. Un sentiment d’enfermement dans ce travail oppressant.

Les mots, l’écriture, la littérature ont semblé être des moyens de garder la tête hors de l’eau pour l’auteur et d’avoir du recul sur ce monde du travail très particulier et pourtant vécu par des milliers de personne. Ce travail marque la chair et marque l’âme, chaque jour étant une épreuve à surmonter, un temps contracté et envahissant.

L’usine est
Plus que tout autre chose
Un rapport au temps
Le temps qui passe
Qui ne passe passe pas
Eviter de trop regarder l’horloge
Rien ne change des journées précédentes

Un roman à lire pour son écriture et aussi pour la réalité qu’il soulève. J’ai apprécié toutes les références littéraires.

J’ai noté une référence dans ce livre pour prolonger la lecture « Le journal d’un manoeuvre » de Thierry Metz.