Quelques grammes de silence

Erling Kagge

Flammarion, 2017

C’est un petit livre intéressant sur le silence, ses différentes variations, sa possibilité, sa nécessité. L’auteur a écrit trente-trois petits chapitres pour répondre à ces trois questions : Qu’est-ce que le silence ? Où est-il ? Pourquoi est-il plus important que jamais ?

Avec toutes ses réflexions sur le silence assourdissant en Antarctique, le silence en soi, ses références à des philosophes, Erling Kagge nous fait réfléchir à notre propre relation au silence, les difficultés à le trouver, à l’éprouver ou à l’éviter. Trouver le silence en soi permet de s’abstraire du monde. Cela est nécessaire pour ne plus avoir la tête dans le guidon lors des déroulements de nos journées surchargées de tâches diverses et variées. Le silence en soi permet de prendre de la hauteur sur nos vies. L’auteur a même une idée particulière sur le fait que nous ne sommes pas égaux face au bruit et qu’il crée une séparation entre les classes. Ceux qui ont les moyens vivant dans des endroits mieux isolés, dans des environnements moins bruyants contrairement aux classes plus défavorisées.

J’ai noté beaucoup de passages tellement les réflexions étaient riches et intéressantes. J’aime ce genre de livres et j’aimerai relire du Erling Kagge.

Le silence est plus qu’une idée. Une sensation. Une représentation mentale. Le silence autour de vous peut englober beaucoup de choses, mais, pour moi, le silence le plus intéressant est celui qui se trouve tout au fond de moi. Un silence que, d’une certaine façon, je crée moi-même. C’est pourquoi je ne recherche plus le silence absolu autour de moi. Le silence auquel j’aspire est de l’ordre d’une expérience personnelle. 

Le silence en lui-même est une démarche intéressante. C’est une qualité, quelque chose de rare et de luxueux. Une clé qui peut ouvrir la porte à de nouveaux modes de pensée. Je ne le conçois pas comme une privation ou une dimension spirituelle, mais comme un moyen pratique d’avoir une vie plus riche. Ou pour dire les choses plus crûment : une forme d’expérience plus profonde que d’allumer sa télévision pour voir les infos.

La vie est longue si nous prenons justement le temps de nous écouter plus souvent et de lever les yeux. 

Je ne tricote pas, mais quand je vois quelqu’un le faire, je pense qu’il accède à la même paix intérieure que j’ai ressentie lors de mes expéditions, qu’il soit entouré de silence ou non. Pas seulement en ces moments, d’ailleurs, mais aussi quand je lis, écoute de la musique, médite, fais l’amour, me balade à ski, fais du yoga, ou reste assis à ne rien faire sans être dérangé. En tant qu’éditeur, je constate que nous vendons des centaines de milliers de livres sur le tricot, le brassage de la bière et l’empilement des bûches. Il semblerait que nous soyons tous – ou en tout cas un grand nombre d’entre nous désireux de retrouver quelque chose d’originel, d’authentique… et la paix qui va avec. Faire l’expérience d’une alternative au stress et à la pression ambiante. Il y a un aspect lent et durable dans ce genre d’activités, un côté méditatif. 

 

 

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Marcher (ou l’art de mener une vie déréglée et poétique)

marcher

Tomas Espedal

Actes Sud, 2012

Cela faisait longtemps que j’avais ce livre chez moi. Je l’avais trouvé seul sur une table d’un libraire. Je n’en avais jamais entendu parler mais le titre « Marcher » mais surtout son sous titre « Ou l’art de mener une vie déréglée et poétique » m’ont tout de suite plu. De plus, l’auteur est norvégien et j’ai peu lu d’auteur nordique à part certains polars bien connus.

Le narrateur a essayé d’avoir une vie réglée avec une femme, maison et un métier mais il est parti. Il ne pouvait plus écrire. Marcher devenait vital. On le suit dans ses déambulations. Il commence par sa rue quand il quitte sa femme. Il continue ensuite à marcher en complet veston et Doc Martens et il parle à son sac à dos qu’il a surnommé Le Nain. J’adore déjà cela.

J’ai toujours aimé dormir dehors. Chercher un endroit en haut d’une colline ou dans une forêt, ou juste devant la maison, dans le jardin, sous un arbre, ou sur la terrasse quand je rends visite à des amis, déplier le tapis de sol, me glisser dans le sac de couchage et dormir à la belle étoile. Je dors en plein air dès que je peux, je m’allonge sous un arbuste ou un arbre, je cherche une remise ou un auvent, un endroit propice ; un clairière avec vue sur la mer, me voici couché, pensant au plaisir qu’on éprouve à dormir dans une maison, c’est ainsi que je m’exerce à dormir à l’extérieur.

Il invoque des écrivains, des philosophes, des musiciens, des artistes marcheurs : Walt Whitman, Rousseau, Voltaire, Heidegger, D.H. Lawrence, Aristote, Socrate, Wittgenstein, Hegel, Kant, Dante, Baudelaire, Bruce Chatwin, Hölderlin, George Orwell, Kafka, Kierkegaard, Erik Satie, Rimbaud, William Hazlitt, Giacometti…

Marcher pour écrire, libérer ses pensées.

Il voyage en Norvège, France, Grèce, Italie, Roumanie, Hongrie, Bulgarie,Turquie, Allemagne… Il marche, marche et parcourt des pays. Tout est prétexte à voyage. Le chemin pour aller à sa boîte à lettres peut l’emmener à partir dans la demie-heure qui suit. Il est libre Tomas Espedal.

C’est le genre aussi à voir une Mercedes jaune avec des sièges en cuir rouge qui est à vendre, il l’achète et part avec de la Norvège jusqu’en France, la gare à Charlevilles-Mezières et part à Paris à pied en traversant forêts et champs. Il a mis cinq jours.

On le suit ensuite à Paris dans les pas d’Erik Satie, d’Alberto Giacometti…

Il va bien sûr, sur les traces de Rimbaud à Roche en quatre jours à travers la Champagne, en passant par Reims et va voir la maison de Rimbaud où il écrit la maison de Rimbaud.

Peu de gens ont autant marché qu’Arthur Rimbaud ; Rimbaud est le poète qui s’est esquinté les jambes à force de marcher, à trente-sept ans il a eu des problèmes au genou droit et on a dû l’amputer. Il avalait alors la route depuis l’âge de quinze ans, il avait parcouru la France, la Belgique, l’Angleterre, l’Italie et l’Afrique ; on dit qu’il conduisait ses nombreuses caravanes à pied, ses compagnons allaient à dos de chameaux ou à dos de mules, mais Rimbaud voulait épargner les animaux, il marchait, il a fait de la marche un vocation ; non seulement il est devenu voyant, poète, aventurier et explorateur, marchand d’armes et photographe, cartographe et rénovateur de la langue française ; il s’est également fait promeneur vagabond.

Voici ce que vit Tomas Espedal à Roche.

Devant la petite maison de Roche, il n’était pas difficile d’imaginer les scènes entre la mère et le fils ; j’étais dans le jardin face à la porte où une plaque m’informait qu’ici Rimbaud avait écrit Une saison en enfer, et c’est alors seulement, devant cette maison, que j’ai soudain compris que j’avais découvert le point de départ de ma propre écriture, la maison où le jeune garçon vivait avec sa mère. Le jeune garçon qui voulait partir, qui voulait vivre la liberté libre. Le jeune garçon qui voulait écrire. Qui voulait vivre une vie poétique et déréglée. Qui voulait voir, qui voulait marcher. Parcourir le trajet Rimbaud.

J’avais marché à ma façon moins vite, de manière moins dure et intransigeante, mais j’avais parcouru le même trajet ; j’étais devant la maison de Roche et je pouvais me dire écrivain.

Ce livre est devenu un livre de chevet, que je prends pour relire une page ou deux. C’est un livre riche de liberté et de réflexions sur l’écriture, les autres, les philosophes et les écrivains, sur la marche, ses voyages.

Ce que j’ai vraiment apprécié dans ce livre et qui m’a emportée c’est la liberté de Tomas Espedal d’aller où il souhaite, d’écrire, de vivre sa vie sans se donner des contraintes, d’avoir des amis avec qui partager cela ou de partir seul.

Il a fait sienne la Terre en y vivant avec une certaine harmonie. J’ai apprécié ses observations et celui qui accepte les rencontres en toute simplicité, il est dans l’« Etre ».

Il m’a donné envie de lire d’autres livres de lui comme « Contre l’art » ou « Contre la nature. »

                              

J’ai envie aussi de découvrir un livre de William Hazlitt.

Présentation de l’éditeur :

Le romantisme, c’est le domaine des solitaires, des élégiaques. Et d’un des plus grands essayistes en langue anglaise, William Hazlitt (1778-1830), qui fut aussi peintre, vagabond, amoureux et un partisan exalté de la liberté individuelle. Un beatnik en redingote. Farouche, indomptable, drôle, clairvoyant, enthousiaste, amer, mélancolique. Les essais réunis dans ce livre nous font découvrir trois facettes complémentaires de sa personnalité : le goût du voyage solitaire (Partir en voyage), la prédilection pour le passé (Du passé et de l’avenir) et la vie en marge du monde, dégagée plutôt qu’engagée (Vivre à part soi). Un triptyque lumineux et jubilatoire.

 

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Ce petit joyau était dans ma PAL depuis décembre 2012. Je l’avais ouvert, feuilleté et je ne m’étais jamais lancé dans sa lecture.

Ces instants-là

Ces instants là

Herbjorg Wassmo

Gaïa, 2014

La couverture du livre est magnifique.

Grand roman que celui-ci. On suit la vie de l’héroïne de son enfance en Norvège jusqu’à qu’elle devient enseignante et ensuite écrivain.

J’aime beaucoup certaines références et clins d’œil. Celui-ci par exemple :

Un jour, se dit-elle, un jour j’aurai une pièce qui sera à moi. Je veux pouvoir fermer la porte. Je veux pouvoir dormir en paix sans que personne n’aille ou ne vienne. Je veux pouvoir penser des pensées sans être interrompue. Je veux pouvoir les écrire. La nuit comme le jour.

Bien sûr, cela me fait penser à Virginia Woolf et « Une chambre à soi ».

Son métier d’enseignante lui permet de rencontrer d’autres amoureux des mots et fonder un club de poésie. Elle est tellement dans son monde des mots qu’elle engage une conversation imaginaire avec Simone de Beauvoir.

Elle aligne les mots au crayon de papier. Les pousse et les tire. Détruit souvent la spontanéité de l’idée initiale en construisant et démolissant. Soirées seule et coucher tôt. Elle aligne des mots dans l’odeur du ménage pas fait et du crayon gris.

Oui, elle est une femme, elle est enseignante et elle a des enfants. Elle quittera son foyer pour suivre des études de lettres et se trouvera vivre dans une grande ville dans un petit studio comme une étudiante mais en étant déjà adulte.

Parcours exemplaire même s’il y a eu des tâtonnements, des doutes, mais elle a poursuivi son idée d’écrire et elle a réussi.

J’ai beaucoup aimé ce livre comme j’avais aimé « Cent ans ».

 

La vie au ralenti en ce Noël

Parfois, il y a des lectures qu’on ne devrait pas lire au moment de Noël qui est je crois un moment pas toujours facile à vivre pour nous les adultes.

Alors, j’ai commencé il y a quelques jours « La vie au ralenti » de Kjersti A. Skomsvold. Je ne sais plus ce qui m’avait attiré dans ce livre. Cela parle de solitude et j’aime les livres qui parlent de solitude. Je suis une grande solitaire.

Mais là, c’est solitude et folie. En effet, c’est un livre très triste. On est dans la tête d’une vieille dame de presque cent ans. Elle est très seule et dialogue dans sa tête en rime. Son mari Epsilon est décédé. On comprend que c’est une femme particulière avec une vie particulière qui a vécu terrée chez elle même quand elle était en couple. Elle a des envies d’aller vers les autres mais cela n’aboutit pas. Au dernier moment, elle y renonce.

Je n’ai pas fini la lecture de ce livre, je pense le poursuivre néanmoins. Je ne sais pas où l’auteur va nous mener. Dans la 4e de couverture, on y parle de « récit drôle et poignant de la vieillesse approchant de son terme ». Et je n’arrive pas à trouver cela drôle, c’est plutôt désespérant quand on sait qu’une multitude de personnes vivent de façon très isolée et vivent plutôt mal cette solitude.

Je viendrai vous raconter la suite de ce livre si j’arrive à le finir.

En attendant, je vous souhaite un joyeux Noël.