Lettres de Bagdad

Lucas Menget

Editions Thierry Marchaise, 2013

 

Lettres de bagdad

J’aime beaucoup déjà l’exergue de Georges Perec  en début de livre et qui donne le ton de ce livre :

« Ecrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre quelque chose : arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse, laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes. »

Ces lettres sont en marge du travail de Lucas Menget, grand reporter à Bagdad pendant les années 2006-2007.

Au départ, ces lettres sont destinées à des amis. Un éditeur, Thierry Marchaise, a trouvé intéressant de les publier.

J’ai appris beaucoup de choses dans ce livre sur l’Irak et sur la guerre.

Je n’avais pas connaissance de Blackwater, cette armée américaine composée d’anciens soldats mercenaires à qui l’armée américaine confiait la sécurité de ses généraux et diplomates. Des hommes qui, s’ils tuaient un enfant sur une route, n’avaient à répondre de rien devant un tribunal militaire. Incroyable !

Je n’avais pas connaissance des « T-Wall ». Ces blocs de béton, pour séparer, couper les rues. 600 panneaux de béton arrivent chaque jour.

« Le gris du béton, c’est la couleur de Bagdad. Ces murs que l’on ne peut pas montrer, mais que l’on voit tout le temps. Il suffit de s’approcher avec une caméra pour être chassé. A chaque fois. Nous avons essayé toute la semaine. Pour montrer les murs, les séparations. Le regroupement ethnique. A chaque fois, interdit. Militaires américains, irakiens, policiers : « Dégagez, interdit de filmer. » Il ne faut pas que l’on sache que Bagdad vit dans les murs. »

Il y a aussi un très beau passage qui relate que l’Irak est un des berceaux de la civilisation avec la création de l’écriture, la création d’un code de loi…

La situation est là-bas est très complexe.

« Mises en garde et tentatives communes de comprendre les complexités de la politique irakienne. En fait, il faut avouer que tout ou presque nous échappe. Les analyses finissent en cul-de-sac. Tant d’incertitudes, tant de gigantesques points d’interrogation, tant de flottements. La plupart des Irakiens sont perdus dans leur pays. Alors nous ! Il faut donc coller, au plus près quand c’est possible, à cette réalité. Tenter de voir, de rester, de comprendre. Et juste raconter. C’est peu, très peu, trop peu, mais je me dis que c’est déjà ça. »

Le mot « absurde » revient très souvent à partir d’un certain moment.

Voilà, c’est absurde, toute cette violence, cette cruauté.

C’est un livre très intéressant qui nous fait découvrir le travail des grands reporters sur un lieu de guerre, qui nous fait découvrir l’Irak, Bagdad et cette situation absurde. On pense bien sûr à tous ces civils qui se trouvent au milieu de tout cela.