Sauvage par nature

Sarah Marquis

Pocket, 2015

A chaque pas, un peu de moi se même à la Terre.

A chaque pas, la Terre me donne un peu d’elle.

Aucun pas n’est vain, tout a un sens.

Sarah Marquis a marché pendant 3 ans allant de Sibérie en Australie. Elle a traversé la Mongolie, la Chine, le Laos et le Cambodge.

Les rencontres sont très particulières en Mongolie et les us et coutumes tout autant. Mais à la lire, on mesure les risques qu’elle a encouru à voyager seule mais sa pratique du voyage font qu’elle a développé plein de ressources et qu’elle anticipe vraiment sur les dangers.

Son écriture fait qu’on se met à sa place pour faire ce long voyage. J’ai beaucoup aimé cela, cette impression de vivre son quotidien de l’intérieur et de découvrir son périple et les pays à travers ses yeux.

Le sol est de plus en plus sablonneux. En fin de journée, il n’est plus qu’un piège qui se referme sur les roues de ma charrette. Je dresse mon camp. Je suis heureuse de me retrouver chez moi, dans la nature, seule à nouveau. L’effort a été soutenu et j’ai le goût de la satisfaction – dû à la performance physique – dans la bouche. Je monte ma tente et déguste le premier thé de la journée. La lune se devine à l’horizon alors que la nuit n’est pas encore là, elle semble pressée de venir montrer ses rondeurs, elle est majestueuse. Je vais laisser ma tente ouverte toute la nuit. Fascinée comme à chaque fois, je ne peux me passer de ce spectacle qui se déploie sous mes yeux, je serai sa plus fidèle spectatrice jusqu’à tard dans la nuit, jusqu’à ce que le sommeil vienne me chercher.

J’ai beaucoup aimé du passage où elle parle de l’horloge interne et du respect du rythme de son corps afin de garder la santé. Elle évoque aussi son végétarisme et je comprends bien sûr sa position.

Elle finit son voyage avec la fatigue du corps qui lâche mais elle tenu le coup jusqu’au bout.

J’ai bien envie de lire ses autres livres. J’aime beaucoup l’état d’esprit de Sarah Marquis et sa façon de voir la vie.

        

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Sur les chemins noirs

surlescheminsnoirs

Sylvain Tesson

Gallimard, 2016

Sylvain Tesson se lance dans un périple à pied sur les chemins noirs à travers la France pour se réapproprier et fortifier son corps qui a été brisé suite à une grave chute. Il part du Mercantour pour se rendre dans le Cotentin. Un peu plus de deux mois de marche. Une carte au 25000e pour se guider dans ces chemins isolés et des amis qui le retrouvent à certains points.

Passages secrets, les chemins noirs dessinaient le souvenir de la France piétonne, le réseau d’un pays anciennement paysan.

Depuis le départ, je me débattais avec les cartes IGN pour tracer une sinusoïde de l’incognito. Non pas que je fusse en cavale mais je pressentais qu’un air de liberté soufflait en ces allées. La première épreuve était d’élaborer un tel parcours dans une campagne en miettes. L’exercice d’arpenteur était plus difficile que je ne me l’étais imaginé : il fallait longuement détailler ces planches pour tracer les itinéraires. Cela finissait par me fatiguer les yeux.

Mes nuits sous la jupe des arbres étaient des nuits du soleil.

Sylvain Tesson nous parle de géographie (urbanisation, aménagement du territoire, ZAC, ZUP) mais aussi de ses rencontres sur ces chemins, des paysages, de son corps qui souffre. Il a aussi de très bons amis, Thomas Goisque, Cédric Gras, Arnaud Humann qui le rejoignent à certains moments sur son parcours. Des amis avec qui il a été aux quatre coins du monde et qui se retrouvent sur des chemins dans des forêts ou campagnes en France. Cela m’a fait sourire mais c’est bien là une vraie marque d’amitié.

J’apprécie l’écriture de Sylvain Tesson (j’avais adoré « Dans les forêts de Sibérie ») : un style précis, des mots bien choisis, de la poésie parfois, une écriture érudite… Des images naissent de l’écriture pour parvenir jusqu’à mon esprit. Vraiment une très belle écriture. Je ne connais pas l’auteur personnellement mais je trouve que cela contraste avec la personnalité qu’il semble avoir, plutôt brut de décoffrage.

Je suis ravie de cette lecture qui bien sûr me donne envie de pratiquer la marche et de m’engager dans un périple qui serait pour moi l’occasion de se délester de poids et de retrouver l’essentiel, un certain ascétisme du corps et de l’esprit.