Dans la forêt

Jean  Hegland

Editions Gallmeister, 2017

 

Présentation de l’éditeur

Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’électricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses.

Considéré comme un véritable choc littéraire aux États-Unis, ce roman sensuel et puissant met en scène deux jeunes femmes qui entraînent le lecteur vers une vie nouvelle.

Mon avis

J’ai beaucoup aimé ce livre. Longtemps après l’avoir refermé, je m’interrogeais dessus. J’ai été happée dès le départ par cette histoire de famille qui vit isolée dans la forêt et qui instruit leurs deux filles à la maison.

Nos parents n’ont jamais planifié nos études.

– Qu’elles apprennent ce qu’elles veulent, disait mon père. Un enfant mange de façon équilibré si on lui donne une alimentation saine et qu’on lui fiche la paix. Si le corps d’un gamin sait ce qu’il faut pour grandir et être en bonne santé, pourquoi son esprit ne le saurait-il pas ?

Le paradoxe, c’est que ses filles sont instruites à la maison alors que leur père est directeur d’école primaire et fait la route tous les jours pour aller travailler à Redwood. Le début du film m’a fait penser au film « Captain fantastic » de Matt Ross.

L’éducation, c’est une question de connexions, de relations qui existent entre tout ce qui se trouve dans l’univers, c’est se dire que chaque gosse de l’école primaire de Redwood possède quelques atomes de Shakespeare dans son corps.

Ensuite, l’histoire se corse quand ils se retrouvent sans électricité, sans téléphone, l’eau arrive au compte goutte. Apparemment, la population serait décimée par des maladies, ce qui désorganise le monde. C’est très réaliste à ce propos. On peut s’attendre à ce genre de scénario dans les années à venir.

Ce roman est aussi très réaliste sur tout ce qui est mis en place pour la survie pour surmonter le manque de nourriture : cultiver, cueillir ce que peut donner la forêt, se soigner par des décoctions de plantes… Couper du bois… Faire des conserves avec les récoltes… Découvrir cette forêt si dense et riche. Utiliser les connaissances de l’encyclopédie mais aussi utiliser son bon sens et son intuition.

Les deux sœurs se retrouveront seules. Leurs caractères si différents font que la vie quotidienne n’est pas simple. Une lit beaucoup, l’autre danse avec une rigueur quotidienne et drastique. Un moment fantastique a lieu avec cette souche immense de Séquoia qui les abrite et les protège. Lieu de jeux et de rêve de leur enfance, cette souche deviendra le lien très fort qui les reliera à la forêt. En vivant dans cette souche, elles quittent un monde ancien pour vivre et respirer avec la forêt. C’est un lieu qui les protège aussi du monde qui est devenu dangereux. Les sœurs se retrouveront face à l’adversité et chacune fera avancer l’autre à sa manière.

La forêt, au départ, donne une impression d’écrasement, d’étouffement mais cette sensation change au fur et à mesure de la lecture quand on apprend à connaître la forêt et ses règles par le regard de Nell qui apprivoise la forêt avec ses richesses et ses dangers. Même la présence d’un ours ne l’inquiète plus.

Avant j’étais Nell, et la forêt n’était qu’arbres et fleurs et buissons. Maintenant, la forêt, ce sont des toyons, des manzanitas, des arbres à suif, des érables à grandes feuilles, des paviers de Californie, des baies, des groseilles à maquereau, des groseillers en fleurs, des rhododendrons, des asarets, des roses à fruits nus, des chardons rouges, et je suis juste un être humain, une autre créature au milieu d’elle.

Petit à petit,la forêt que je parcours devient mienne, non parce que je la possède, mais parce que je finis par la connaître. Je la vois différemment maintenant. Je commence à saisir sa diversité – dans la forme des feuilles, l’organisation des pétales , le million de nuances de vert. Je commence à comprendre sa logique et à percevoir son mystère.

La forêt apparaît comme le meilleur lieu pour survivre à ce changement de société ou d’ère car elle reste immuable. On en revient à vivre comme nos plus anciens ancêtres.

On comprend que sans le confort apporté par les énergies non renouvelables, nous ne sommes plus rien. On comprend que la Nature est grande et bienfaisante malgré tout ce qu’on peut lui faire subir. Nous avons perdu ce lien avec la nature.

A méditer !