L’animal et son biographe

Stéphanie Hochet

Rivages, 2017

Stéphanie Hochet est une écrivain que je suis et lis depuis 2010 avec la lecture de « La distribution des lumières ». Je l’avais rencontrée à cette occasion à une soirée littéraire et les questions du public avait fusées sur son livre. Depuis, j’attends la parution de ses ouvrages. J’ai acheté aussi la plupart de ses premiers ouvrages pour les lire aussi mais il faut que je trouve du temps pour le faire. J’ai beaucoup aimé « Les éphémérides » et « Un roman anglais » avec son atmosphère à la Virginia Woolf. « L’animal et son biographe » est son douzième roman.

C’est un livre très particulier qui aborde différents thèmes. Le premier est celui de la condition de l’écrivain. Son personnage principal est une jeune romancière qui peine à vivre décemment de son écriture. C’est l’été et elle accepte de faire une tournée littéraire des campings pour 500 euros. Oui, vous avez bien lu pour 500 euros. On sait la précarité des écrivains qui ne font pas des best sellers pourtant leur oeuvre est essentielle à l’enrichissement de la littérature et de la vie littéraire. Sa tournée littéraire est racontée de façon tragi-comique avec l’arrivée dans les campings, les contacts qui la prennent en charge et les lecteurs rencontrés qui prennent des notes. Elle précise aussi cette narratrice que ses livres n’évoquent en rien ses opinions politiques. J’ai trouvé une partie très loufoque où la narratrice mange et se délecte de lapin au lard. Pauvre Ragondin ! Et aussi, où le dimanche, elle va à la chasse et semble apprécier cette activité pour moi d’un autre temps. Cette tournée littéraire se révèle être cauchemardesque et incompréhensible. Elle se retrouve isolée dans une maison et se trouve dans l’incapacité de s’en échapper. Et elle reste là et subit toute la suite. La première partie est assez longue sur le début de cette tournée littéraire jusqu’à cette enfermement dans cette maison. Ensuite, elle se trouve projeter dans une autre dimension où elle va être amener à écrire sur l’Auroch, cet animal qu’on trouve sur les fresques de la Préhistoire. On découvre les élevages d’ Aurochs de Heck qui est un auroch génétiquement reconstitué et son histoire surprenante. En mangeant du lapin, en participant à la chasse du dimanche, en découvrant ce musée très particulier, Stéphanie Hochet bien sûr interroge sur la condition animale.

J’ai apprécié la lecture de ce roman et d’y retrouver des thèmes chers à Stéphanie Hochet. Hâte de découvrir son prochain roman !

 

Le Grand Jeu

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Céline Minard

Rivages, 2016

Présentation de l’éditeur
Installée dans un refuge high-tech accroché à une paroi d’un massif montagneux, une femme s’isole de ses semblables pour tenter de répondre à une question simple : comment vivre ? Outre la solitude, elle s’impose un entraînement physique et spirituel intense, où longues marches, activités de survie, slackline et musique vont de pair avec la rédaction d’un journal de bord. Saura-t-elle « comment vivre » après s’être mise à l’épreuve de conditions extrêmes, de la nature immuable des temps géologiques, de la brutalité des éléments ? C’est dans l’espoir d’une réponse qu’elle s’est volontairement préparée, qu’elle a tout prévu. Tout, sauf la présence, sur ces montagnes désolées, d’une ermite, surgie de la roche et du vent, qui bouleversera ses plans et changera ses résolutions. Avec son style acéré, Céline Minard nous offre un texte magistral sur les jeux et les enjeux d’une solitude volontaire confrontée à l’épreuve des éléments.

Ma lecture
J’ai choisi ce livre pour ce thème : éprouver la solitude dans un lieu isolé. Je n’ai jamais lu de livres de Céline Minard. Cette femme s’isole mais on ne sait pas pourquoi elle fait cela. Que fuit-elle ? Elle a investi dans un équipement high-tech et elle envisage de vivre en autarcie totale. Elle cultive un potager. Son installation est audacieuse : une structure accrochée à la montagne. L’écriture est peu introspective dans la psychologie de la narratrice mais très descriptive de la force implacable de la nature, de son environnement. On peut lire ce livre en ayant son carnet de dessin à proximité : la montagne, l’installation, la roche, le moindre geste, le moindre mouvement, tout est décrit si précisément qu’on peut le dessiner, si bien sûr, on maîtrise le vocabulaire (vire, géodésique…). L’environnement naturel est prédominant. Les éléments sont imposants dans le quotidien. Elle doit interagir sans cesse avec la nature, la rudesse de la montagne. Il lui faut être souple, physique. Tout semble avoir été prévu. Elle aménage son territoire pour y circuler facilement (tel une Robinson Crusoé) et tout sera bouleversé par une ermite, une none qui vit là de façon très rude. Je n’ai pas compris d’où elle venait, qui elle était mais elle mène une vie très particulière et dangereuse, très simple, austère, loin des conventions humaines. Pour moi, ce fut une lecture particulière mais ce livre révèle une prouesse d’écriture avec un univers, une condition de vie spécifique, un lexique ultra précis. C’est un livre qui mériterait pour moi une deuxième lecture afin de mieux saisir cet objet littéraire.

J’ai dans ma PAL « So long, Luise » à lire mais j’ai cru comprendre que Céline Minard multipliait les genres. Céline Minard est une exploratrice en littérature finalement.

 

L’autorité : le grand jeu de l’humanité ? 

L’attention est une capacité de l’esprit à se rendre disponible, à rassembler ses forces et à les mobiliser pour résoudre le problème qui se présente. Mais se que se passe-t-il quand l’attention se concentre sur aucun problème ? Quand elle s’occupe de la respiration par exemple, la respiration devient-elle un problème ?
Est-ce que ce genre d’objet permet de produire une attention non détournée ? Ni par un jeu, ni par un art, ni par un sport, une promesse ou une menace. Par aucune espèce de règle. Tout proche d’un risque et d’un choix fondamental : respirer plutôt que fermenter, pomper le sang plutôt que la sève.

Le vide est une étude personnelle. 

J’ai lu. J’ai lu toute la journée. Dès le réveil, d’abord sur la couchette, les pieds en l’air, croisés, appuyés sur la paroi, les bras tendus, la nuque calée sur l’oreiller en écoutant la pluie tomber sur la coque de résine de mon refuge. J’ai lu assise au sol devant l’œil-de-bœuf, le dos calé contre le cube, en regardant la pluie couler sur la grande vitre en petits ruisseaux serrés. J’ai tourné le dos au soleil pour capter la lumière sur la page et j’ai lu appuyée sur la vitre qui commençait à sécher. Au bout d’un moment, j’ai senti la chaleur au travers de ma lecture.