Le coeur battant du monde

Sébastien Spitzer

Albin Michel, 2019

Roman très plaisant à lire. On entre dans l’histoire très facilement et on perçoit bien comment était Londres à la fin du XIXe siècle. La force de ce roman se tient principalement dans les descriptions très minutieuses des lieux, des rues, des intérieurs, de Londres, des personnages et de leurs conditions de vie qui font qu’on entre dans ce roman comme si on regardait un film.

Ensuite, le propos du livre se tient dans Freddy, ce jeune homme élevé par une femme seule qui se prostitue pour survivre et qui serait le fils caché de Karl Marx. Son ami, Friedrich Engels, qui vit avec deux soeurs ouvrières, s’est occupé de maintenir éloigné cet enfant de la famille de Karl Marx. Karl Marx étant voué bien sûr à sa cause, son mouvement… tout en vivant dans une extrême pauvreté à Londres avec sa femme et ses nombreux enfants.

Par les femmes ouvrières, aux conditions très difficiles, on découvre le marché du coton très difficile avec la Guerre de Sécession aux Etats-Unis et de tous les emplois qui y dépendaient en Angleterre. La mondialisation déjà. Les portraits de ces ouvrières très engagées nous montrent que la lutte était très importante pour faire bouger le monde ouvrier et leurs conditions de travail qui restaient très difficiles.

Deuxième roman de Sébastien Spitzer lu dans le cadre des 68 Premières Fois.

 

La nuit des béguines

Aline Kiner

Liana Levi, 2017

Ce roman historique traitant du béguinage au Moyen Age fut une lecture passionnante. J’adore lire des romans où on apprend des choses et nous plonge dans un univers qui nous fait sentir et vivre une ambiance, une époque.
L’écriture d’Aline Kiner très précise et très documentée a su faire ce tour de force.

Alors qu’est-ce que le béguinage ? Je vous mets la présentation de l’éditeur qui explique très bien le contenu de ce roman.

À Paris, au Moyen Âge, un bâtiment singulier borde la rue de l’Ave Maria, dans le Marais : le grand béguinage royal, fondé par saint Louis. Dans ses murs, vit une communauté de femmes hors normes. Veuves ou célibataires, nobles ou ouvrières, elles peuvent étudier, travailler, circuler librement dans la cité. Mais en 1310, la sérénité du béguinage est troublée par l’exécution en place de Grève de Marguerite Porete, une béguine de Valenciennes brûlée vive pour avoir écrit un livre qui compromet l’ordre établi… C’est là que commence le roman, alors que le royaume de Philippe le Bel amorce son déclin et que les persécutions contre les Templiers se multiplient. Ysabel, responsable de l’hôpital, vit là depuis vingt ans lorsque la jeune et rousse Maheut s’y réfugie. Celle-ci fuit des noces imposées par son frère, et la traque d’un inquiétant moine franciscain. Son arrivée est mal accueillie par la majorité des femmes du clos : les cheveux roux ne sont-ils pas l’oeuvre du Diable ? Dame Ade, qui aspire à se tenir en retrait du monde depuis la mort de son mari, regarde elle aussi avec méfiance la nouvelle venue. Ysabel est obligée de cacher sa protégée ailleurs dans la cité… Ce n’est que le début d’un saisissant suspense qui nous emmène dans une époque charnière d’une étonnante actualité.

J’ai toujours été intéressée par la condition des femmes. J’ai trouvé incroyable qu’un tel lieu existe au Moyen Age et je trouve cela très avant gardiste. On n’a pas de tel lieu de nos jours à part les couvents… mais cela n’a rien à voir. C’est un lieu où se côtoient différentes femmes de différentes conditions sociales, on ne ressent pas à la lecture de tensions, de jugements, de jalousie mais plutôt une entraide, un sentiment de protection mais aussi cette liberté accordée aux femmes à cette époque. Cela les rend plus fortes. Elles travaillent, étudient et semblent indépendantes. Mais cela reste un lieu contrôlé mais elles semblent bénéficier d’une certaine autonomie et indépendance.

Il est tant de manières de vivre sa foi hors de l’Eglise. Toutes les béguines n’ont pas la chance -ou ne font pas le choix – d’être accueillies dans de grandes institutions comme celle de Paris. Beaucoup habitent à plusieurs dans de petites maisons, au cœur des cités, et travaillent. D’autres préfèrent mener leur existence seules. Certaines même, qu’on qualifie de béguines errantes, pratiquent la mendicité et prêchent dans les rues.

Aline Kiner nous fait revivre le Paris du Moyen Age où dès qu’on s’éloigne du centre de Paris, on se retrouve à la campagne, dans les champs.
Je ne peux que recommander la lecture de ce livre. L’écriture nous tient en haleine. On aime ces personnages de femmes indépendantes qui se suffisent à elles-mêmes.
Et pour tout le côté historique mis très habilement en mots par Aline Kiner.

En dehors de ces murs, le monde est rude pour les femmes. Nous nous devons les unes aux autres. 

De nos jours, toutes les femmes devraient avoir cela à l’esprit. Rien n’est donné ou acquis aux femmes. L’entraide est nécessaire.

Ce livre était dans ma PAL depuis septembre 2017 et donc, participe à mon objectif PAL.

Un repas en hiver

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Hubert Mingarelli

Stock, 2012

 

C’est un livre très surprenant. En effet, on se retrouve avec trois soldats allemands dans la campagne polonaise. Ils ont préféré faire la chasse aux juifs dans les bois que de faire partie des fusillades ordonnées de la journée. Ils tombent par hasard sur un juif mais aussi sur une maison abandonnée où ils décident de se faire un repas et de se réchauffer. C’est l’hiver et il fait extrêmement froid. Un polonais égaré se joint à eux en manifestant une haine implacable au juif prisonnier, ce qui fait soulever un peu d’intérêt des allemands pour ce juif. Pour embêter le polonais, ils vont jusqu’à lui donner à manger. Ces hommes sont des militaires et obéissent à des ordres. On voit qu’ils supportent difficilement de tuer même si leur pis aller est de choisir la chasse à l’homme dans la campagne.

C’est un livre dérangeant et rude. En effet, on se retrouve du point de vue de ces soldats allemands et là… des sentiments de tristesse, de désespoir, d’horreur m’ont submergé. Ces hommes sont concentrés sur la préparation de leur repas car ils vivent dans des conditions difficiles et dans le même temps, ils ont perdu tout sens d’humanité. La question de ne pas ramener le juif se pose mais ils se doivent de le ramener pour leur chef, pour faire le job alors que c’est la mort qui attend cet homme.

On sent qu’ils prennent une distance vis à vis de cette tâche, ils se déshumanisent face à la lourdeur qui les étreint dans leur métier de soldat, la froideur et le vide du lieu.

Hubert Mingarelli a réussi à créer un climat très particulier avec une écriture riche et précise pour raconter cette toute partie de l’histoire d’un moment très précis et très court.

L’aube était loin derrière. Nous nous décidâmes à faire ce pour quoi notre commandant nous avait laissés partir. Surtout par reconnaissance. On se sentait redevables d’avoir échappé aux fusillades. Alors il était temps de rendre ce qu’on nous avait donné. Mais dans le fond nous n’y croyions pas. Nous ne pensions pas en trouver. Seule la reconnaissance que nous éprouvions envers notre commandant nous poussait à essayer.

Je lis très peu maintenant de romans ou d’essais sur la seconde guerre mondiale et l’extermination des juifs. Quand j’étais adolescente, au lycée, j’ai lu pas mal de livres et de choses dans ce domaine, comme une quête impossible de comprendre comment cette horreur a pu se passer et qu’on a pu laisser faire cela. Cela reste pour moi toujours incompréhensible.

Ce roman m’a fait penser à un autre roman qui se passe à peu près au même moment dans les Vosges. C’est le livre de « Maria » de Pierre Pelot que j’avais beaucoup apprécié bien que très rude aussi.

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Présentation de l’éditeur 

Les Vosges sous l’occupation nazie. Maria est institutrice. D’une beauté saisissante, elle coule des jours insouciants avec son mari, Jean, patron du bistrot du coin. Lorsque les maquisards viennent la chercher à l’école devant ses élèves, ils promettent de la ramener bientôt, que tout ira bien…
Commence alors le calvaire de Maria. Un calvaire qui durera toute sa vie. Car voilà : Jean est un traître, un collabo, et beaucoup sont morts par sa faute. Pour l’avoir aimé, Maria sera battue, torturée puis violée, avec à jamais gravé en elle la disgrâce et la cruauté de ceux que la France élèvera bientôt au rang de héros. Elle n’en parlera à personne.
Cinquante ans plus tard, un jeune homme arrive dans cette vallée par une nuit neigeuse. Il vient rendre visite à l’une des pensionnaires de la maison de retraite. La voix fatiguée d’une conteuse sur les ondes d’une radio locale l’accompagne dans son périple nocturne. Pour ses auditeurs, elle évoque l’histoire de ces terres où gèlent les eaux de la Moselle. Les fantômes du passé planent sur son récit.

Avec Maria, Pierre Pelot revient à sa géographie intime, honorant, dans cette langue percutante et sensible, la mémoire d’une région aussi écorchée que son personnage. Alors que la neige fond et devient boue, visages des résistants et des nazis se confondent. Un roman entre drame intimiste et thriller historique, aux paysages blancs issus d’Un roi sans divertissement de Jean Giono.