Des féministes…

Simone de Beauvoir et Bouchera Azzouz…

La femme rompue et Fille de Daronne et fière de l’être

Une nouvelle « Monologue » et un récit.

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J’ai lu le premier, relu car je l’ai lu il y a 30 ans car je suis allée voir « La femme rompue » aux Bouffes du Nord avec Josiane Balasko. J’ai lu la nouvelle « La femme rompue » alors que finalement, c’est l’autre nouvelle « Monologue » qui a été adaptée au théâtre par Hélène Fillières. Ce recueil de nouvelles a été écrit en 1967. Monologue met en scène une femme d’âge mur qui un soir de réveillon est seule, elle est sur son lit et aimerait dormir. Elle revient sur sa vie (ses enfants, son mariage, ses amours, la séparation, la mort d’une enfant) et espère le lendemain renouer avec le père de son enfant. Je trouve qu’on ressent bien la datation du texte. Cette femme est malheureuse et on voit bien qu’elle doit faire fuir les hommes. Elle attend beaucoup de cet homme mais il ne peut plus rien lui donner. L’autre nouvelle « La femme rompue » parle d’une femme qui a consacré sa vie à son mari et à ses enfants sans s’investir et s’épanouir dans un travail et qui à 50 ans va se retrouver seule car son mari ira vers une femme plus jeune. Un classique… de l’époque… selon moi. Les femmes de nos jours sont de plus en plus indépendantes et ne vont pas se retrouver démunies face à un divorce. Ce que j’ai apprécié en allant voir la pièce aux Bouffes du Nord c’est la performance de Josiane Balasko, seule sur scène.

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Photo prise sur le site du théâtre des Bouffes du Nord

Le livre de Bouchera Azzouz raconte sa jeunesse en tant que fille d’immigrés marocains qui ont connu à leur arrivée en France le bidonville et arrive ensuite dans la Cité de l’Amitié à Bobigny. C’est une cité mixte avec beaucoup d’engagements associatifs qui font que l’intégration est réelle. Peu de religion, peu de pratiquants. Des mères avec beaucoup d’enfants qui regrettent ne pas avoir fait d’études et qui donneront une importance de l’école pour leurs enfants. Les parents de Bouchera Azzouz ont leur propre culture mais sont dans le même temps compréhensifs, tolérants et ont une certaine modernité en s’adaptant à la société de l’époque. Ils acceptent qu’elle épouse un tchèque par exemple. Bouchera Azzouz a porté le voile à une époque où personne ne le portait. Je n’ai pas bien compris cet épisode. Son père semblait le regretter. Bouchera Azzouz continuera son parcours et maintenant elle est une féministe engagée. On peut lire dans ce livre l’importance du rôle de la mère dans l’éducation des filles et des garçons. La vie dans cette Cité est un souvenir idéal du vivre ensemble et de l’intégration.

Ma jeunesse, la mienne, a été marquée par les livres de Simone de Beauvoir. Ses livres ont été mis sur mon chemin par hasard et ils m’ont libérée de ma condition sociale et de mon éducation rétrograde. Elle m’a fait être tout ce que je suis actuellement avec une vie libre et indépendante en toute conscience.

J’aime la vie et être actrice à part entière de ma vie.

 

Journal de la création

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Nancy Huston

Babel, 2001

Nancy Huston fait ici le journal de sa propre grossesse en 1988 et le récit de ses recherches sur les couples d’écrivains afin de savoir si chacun peut exercer son art en toute égalité ou bien est-ce que l’un des deux (et si on disait la femme à tout hasard) se retrouve à s’effacer au profit de l’autre.  On retrouve les couples Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, Sylvie Plath et Ted Hughes, Zelda et Francis Scott Fitzgerald, George Sand et Alfred Musset, Viriginia et Stephen Woolf, Unica Zurn et Hans Bellmer.

Ainsi, après trois années hérissées de crises et de ressentiments réciproques, les Woolf s’installeront dans un malentendu raisonnable. Ils auront chacun « une chambre à soi » – pour dormir, mais aussi pour travailler. Ils ne se sépareront que très rarement. Ils liront et critiqueront chacun les manuscrits de l’autre. Ils publieront livre après livre et parviendront tous deux à une renommée justifiée. Deux caractères on ne peut plus dissemblables, opposés en tout sauf en leur refus du corps… Ce qui permettra à tous deux, très précisément d’écrire. Cela a été, selon un vers célèbre de Shakespeare, « a marriage of true minds ».

 

Et c’est pendant que tout se brise que Sylvia Plath écrit les plus beaux vers de sa vie. Elle se lève tous les matins à 5 heures, avant le réveil des enfants, et travaille aux poèmes qui formeront le recueil posthume d’Ariel : poèmes entièrement exempts de la facilité, de la rigidité structurelle de la préciosité de ses premières années. « Des choses formidables, dit-elle à Aurelia – comme si la domesticité m’avait étouffée. » Elle revendique pour elle-même le terme de « génie d’écrivain », et affirme : « Je n’ai pas d’autre désir que celui de construire une nouvelle vie. »

 

J’ai apprécié la lecture de ce livre érudit tout en étant dans la proximité de Nancy Huston, ses pensées, son corps (la maladie, la grossesse…). C’est comme une amie qui se confierait. J’ai trouvé cela agréable et ce livre est plus qu’une réflexion sur les couples d’écrivains mais aussi sur le statut des femmes, l’Art… C’est très riche. J’ai lu et apprécié la plupart des romans de Nancy Huston et je crois que je vais m’intéresser de plus près à ses essais. « Reflets dans un œil d’homme » m’attend.

J’ai aimé aussi à la page 44 où Nancy Huston, Virginia Woolf, Sylvia Plath relatent ce moment dans leur journal où elles doivent arrêter leur activité pour aller préparer le dîner et bien sûr à des années d’écart comme si peu de choses avaient évolué dans ce domaine.

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Mémoire de fille

Mémoire de fille

Annie Ernaux

Gallimard, 2016

J’aime d’amour les livres d’Annie Ernaux. La première fois que j’ai découvert Annie Ernaux, c’était sur une table de la librairie Galerne au Havre, il y a presque 30 ans. J’étais étudiante dans cette ville et j’avais enfin accès aux librairies et bouquinistes. Je pense que ce premier livre était « Les armoires vides » ou « La place ». Je l’avais pris car j’avais vu que c’était une auteure de la région. Je me suis forgée ma culture littéraire au hasard des titres, des couvertures.

Et depuis, je lis ses livres et j’attends ses parutions avec impatience. Le summum fut pour moi « Les années » où j’ai été éblouie par l’écriture, les idées mêlant autobiographie et sociologie. Ce livre, je l’ai lu comme une somme de tous ses livres. Je ne voyais pas ce qu’elle aurait pu écrire après cette performance et bien, depuis, j’ai lu « Ecrire la vie » (ce fabuleux recueil mêlant textes, journaux et photos), « Le vrai lieu », « L’autre fille », « Retour à Yvetot », « Regarde les lumières mon amour ».

Et là, je me suis précipitée sur « Mémoire de fille » dès sa sortie, titre pas loin de « Mémoires d’une jeune fille rangée » de Simone Beauvoir, grande auteure qui a marqué et transformé à jamais ma vie.

Je l’ai dévoré et j’ai vécu ce livre intensément. Tout, vraiment tout me semble si proche de notre vécu de femme, de notre condition féminine. Je remercie Annie Ernaux d’avoir écrit ce livre. Cela délivre.

Ce n’est pas à lui qu’elle se soumet, c’est à une loi indiscutable, universelle, celle d’une sauvagerie masculine qu’un jour ou l’autre il lui aurait bien fallu subir. Que cette loi soit brutale et sale, c’est ainsi. 

Annie Ernaux plonge dans ses souvenirs de l’année 58, à ce moment où elle passe sa première nuit avec un homme. Ce moment la bouleversera, la perturbera durant deux années. L’Annie Ernaux d’aujourd’hui raconte de son regard si proche et dans le même tant si distant, du aux années passées, qui elle était et dénoue chaque moment, chaque circonstance avec une pudeur lâchée que seul le temps permet.

Mais à quoi bon écrire si ce n’est pour désenfouir des choses, même une seule, irréductible à des explications de toutes sortes, psychologiques, sociologiques, une chose qui ne soit pas le résultat d’une idée préconçue ni d’une démonstration, mais du récit, une chose sortant des replis étalés du récit et qui puisse aider à comprendre – à supporter – ce qui arrive et ce qu’on fait. 

Ces pages où elle mentionne Simone de Beauvoir sont essentielles et montre l’importance de la lecture de l’ouvrage « Le deuxième sexe » a eu sur elle en l’éclairant et en mettant des mots sur ce qu’elle ressentait.

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Simone et Annie Forever  !