Sur les chemins noirs

surlescheminsnoirs

Sylvain Tesson

Gallimard, 2016

Sylvain Tesson se lance dans un périple à pied sur les chemins noirs à travers la France pour se réapproprier et fortifier son corps qui a été brisé suite à une grave chute. Il part du Mercantour pour se rendre dans le Cotentin. Un peu plus de deux mois de marche. Une carte au 25000e pour se guider dans ces chemins isolés et des amis qui le retrouvent à certains points.

Passages secrets, les chemins noirs dessinaient le souvenir de la France piétonne, le réseau d’un pays anciennement paysan.

Depuis le départ, je me débattais avec les cartes IGN pour tracer une sinusoïde de l’incognito. Non pas que je fusse en cavale mais je pressentais qu’un air de liberté soufflait en ces allées. La première épreuve était d’élaborer un tel parcours dans une campagne en miettes. L’exercice d’arpenteur était plus difficile que je ne me l’étais imaginé : il fallait longuement détailler ces planches pour tracer les itinéraires. Cela finissait par me fatiguer les yeux.

Mes nuits sous la jupe des arbres étaient des nuits du soleil.

Sylvain Tesson nous parle de géographie (urbanisation, aménagement du territoire, ZAC, ZUP) mais aussi de ses rencontres sur ces chemins, des paysages, de son corps qui souffre. Il a aussi de très bons amis, Thomas Goisque, Cédric Gras, Arnaud Humann qui le rejoignent à certains moments sur son parcours. Des amis avec qui il a été aux quatre coins du monde et qui se retrouvent sur des chemins dans des forêts ou campagnes en France. Cela m’a fait sourire mais c’est bien là une vraie marque d’amitié.

J’apprécie l’écriture de Sylvain Tesson (j’avais adoré « Dans les forêts de Sibérie ») : un style précis, des mots bien choisis, de la poésie parfois, une écriture érudite… Des images naissent de l’écriture pour parvenir jusqu’à mon esprit. Vraiment une très belle écriture. Je ne connais pas l’auteur personnellement mais je trouve que cela contraste avec la personnalité qu’il semble avoir, plutôt brut de décoffrage.

Je suis ravie de cette lecture qui bien sûr me donne envie de pratiquer la marche et de m’engager dans un périple qui serait pour moi l’occasion de se délester de poids et de retrouver l’essentiel, un certain ascétisme du corps et de l’esprit.