Journal de la création

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Nancy Huston

Babel, 2001

Nancy Huston fait ici le journal de sa propre grossesse en 1988 et le récit de ses recherches sur les couples d’écrivains afin de savoir si chacun peut exercer son art en toute égalité ou bien est-ce que l’un des deux (et si on disait la femme à tout hasard) se retrouve à s’effacer au profit de l’autre.  On retrouve les couples Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, Sylvie Plath et Ted Hughes, Zelda et Francis Scott Fitzgerald, George Sand et Alfred Musset, Viriginia et Stephen Woolf, Unica Zurn et Hans Bellmer.

Ainsi, après trois années hérissées de crises et de ressentiments réciproques, les Woolf s’installeront dans un malentendu raisonnable. Ils auront chacun « une chambre à soi » – pour dormir, mais aussi pour travailler. Ils ne se sépareront que très rarement. Ils liront et critiqueront chacun les manuscrits de l’autre. Ils publieront livre après livre et parviendront tous deux à une renommée justifiée. Deux caractères on ne peut plus dissemblables, opposés en tout sauf en leur refus du corps… Ce qui permettra à tous deux, très précisément d’écrire. Cela a été, selon un vers célèbre de Shakespeare, « a marriage of true minds ».

 

Et c’est pendant que tout se brise que Sylvia Plath écrit les plus beaux vers de sa vie. Elle se lève tous les matins à 5 heures, avant le réveil des enfants, et travaille aux poèmes qui formeront le recueil posthume d’Ariel : poèmes entièrement exempts de la facilité, de la rigidité structurelle de la préciosité de ses premières années. « Des choses formidables, dit-elle à Aurelia – comme si la domesticité m’avait étouffée. » Elle revendique pour elle-même le terme de « génie d’écrivain », et affirme : « Je n’ai pas d’autre désir que celui de construire une nouvelle vie. »

 

J’ai apprécié la lecture de ce livre érudit tout en étant dans la proximité de Nancy Huston, ses pensées, son corps (la maladie, la grossesse…). C’est comme une amie qui se confierait. J’ai trouvé cela agréable et ce livre est plus qu’une réflexion sur les couples d’écrivains mais aussi sur le statut des femmes, l’Art… C’est très riche. J’ai lu et apprécié la plupart des romans de Nancy Huston et je crois que je vais m’intéresser de plus près à ses essais. « Reflets dans un œil d’homme » m’attend.

J’ai aimé aussi à la page 44 où Nancy Huston, Virginia Woolf, Sylvia Plath relatent ce moment dans leur journal où elles doivent arrêter leur activité pour aller préparer le dîner et bien sûr à des années d’écart comme si peu de choses avaient évolué dans ce domaine.

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Lazare mon amour

Lazare mon amour

Gwenaëlle Aubry

L’Iconoclaste, 2016

Ce petit livre de Gwenaëlle Aubry nous livre un portrait saisissant de Sylvia Plath.

Une Sylvia Plath, mariée, enceinte, avec des enfants qui ne peut plus écrire, qui ne trouve pas sa place, « sa chambre à soi » (oui l’ombre de Virginia Woolf souffle sur ce petit livre).

Un mari poète, qui écrit, publie et est reconnu et elle qui se retrouve à taper les poèmes de son mari, à qui il donne des exercices à faire…

Elle veut parfois être au petit soin pour lui, être une bonne épouse, une bonne mère et ensuite, rien ne va plus. Elle ne peut pas vivre ainsi et pouvoir écrire, elle n’a pas de temps pour cela.

On devine en elle une énergie intense de la vie qui se rejoindra dans l’intensité de la mort qu’elle se donnera à bout de vivre.

Ce livre ne doit rien apprendre à quelqu’un qui connaîtrait déjà Sylvia Plath et son œuvre mais cela peut être une excellente introduction à cet écrivain qui semble avoir marqué les esprits par sa personnalité et son œuvre.

Je n’ai jamais lu de livre de Sylvia Plath. J’appréhende un peu de lire des livres de quelqu’un qui s’est suicidé si jeune (à 30 ans). Mais j’ai depuis un certain temps ce livre de Sylvia Plath qui couvre toute son œuvre, ses poèmes, romans, nouvelles, essais, des extraits de ses journaux. Je la lirai donc.