La part des nuages

Thomas Vinau

Editions 10/18, 2017

C’est l’histoire de Joseph et particulièrement l’histoire d’une semaine un peu particulière. Le fils de Joseph part une semaine chez sa mère et Joseph se retrouve devant ce grand vide et cette longue semaine. Il décide de faire l’école buissonnière, de se porter pâle au travail et de s’installer dans la cabane du jardin. Il prépare cela en faisant des provisions (Nutella, cubis de vin, saucisson, vodka, camembert, cacahuètes…). Il va donc élire domicile durant cette semaine dans la cabane du jardin construite de ses mains. C’est une cabane construite dans un arbre pour son fils, elle est à 1m50 du sol. Il régresse, ne se lave plus comme le ferait certains ados et vit en dehors du temps contraint. Ce temps est une parenthèse dans sa vie. Des retours en arrière, des considérations sur l’instant présent, le vide de la vie, son adaptation à la vie…

J’ai eu peur. J’avais peur de grandir. Peur de devenir comme tout le monde. Peur d’accepter cette drôle de farce. Peur de passer à côté. Peur de la médiocrité. Et puis j’ai un peu voyagé. J’ai eu deux trois amis. J’ai lu deux trois livres. J’ai rencontré deux trois femmes. Je me suis dit que cela valait la peine. De jouer le jeu. D’accepter la farce. Alors je m’y suis mis. J’ai trouvé une place. J’y ai fait mon trou. J’ai aimé quelqu’un. J’ai eu mon fils. Alors j’ai eu peur pour lui. Peur de demain. Peur de la mort. Des enculés d’en face. Toujours plus forts. J’ai eu peur pour lui. Peur de ce qu’il allait devenir. Peur de ce que j’étais devenu. Maintenant j’ai peur de ce que je ne deviens pas. Et puis j’en ai marre d’avoir peur. Ca ne marche plus d’ailleurs. Je n’ai plus peur. J’en ai juste marre.

J’aime la poésie des mots de Thomas Vinau, de ses métaphores et comparaisons. C’est une prose très poétique, très riche. Les phrases sont courtes comme autant d’injonctions à vivre l’instant tel qu’il se présente. On comprend malgré tout que le narrateur n’a pas encore digéré la séparation avec la mère de son fils. J’aime beaucoup le fait que Joseph, le narrateur s’isole dans son jardin, dans cette cabane qui représente la liberté, la liberté de s’écarter du train-train quotidien.

J’avais beaucoup aimé « Ici ça va » qui m’avait littéralement transportée d’émotions. Le prochain de cet auteur sera certainement « Nos cheveux blanchiront avec nos yeux » ou bien son dernier « Le camp des autres ». Dans tous les cas, je vais continuer à lire cet auteur.

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Ici ça va

Ici ca va

Thomas Vinau

10/18, 2012

 

Présentation de l’éditeur

Pour échapper à un quotidien stressant, un couple trouve refuge au milieu des herbes folles, dans les ruines d’une maison familiale. Lui reconstruit, elle jardine. Et tandis que les blessures du passé surgissent entre les fissures des pierres, chacun se reconquiert, redécouvrant le goût de la vie et le chemin lumineux qui conduit à l’autre…

 

 

Dans mon carnet de lectures, j’ai peu marqué mes impressions mais noté quelques extraits car ce livre, je l’ai trouvé très poétique et surtout, j’ai eu une impression étrange en le lisant, une sensation de lire des mots qui auraient pu être les miens. Impression d’être en terre connue. C’est assez perturbant.

Mon esprit est un jardin désordonné. 

Mon frère est un morceau de mon cœur. Il le sait. Nous sommes le même air joué par deux instruments différents. Nous sommes la même musique. 

Je me méfie. J’ai toujours peur que ça ne dure pas. Dès qu’il y a un moment de bonheur, de paix, je me répète que ça ne durera pas. Que le temps est un menteur. Qu’avoir quelque chose c’est commencer à le perdre. C’est comme cela que je fonctionne. C’est ce que la vie m’a appris.