Les déraisons

Odile D’Oultremont

Les Editions de l’Observatoire, 2018

 

En exergue du livre, une citation « J’accepte la grande aventure d’être moi » de Simone de Beauvoir prise dans « Cahiers de jeunesse ».

C’est ce que font les deux protagonistes de ce livre, Louise, femme fantasque qui crée un monde au quotidien par ses mots et sa créativité de peintre et Adrien, son compagnon de route, homme très régulier.

Le charme du livre repose sur le charme de ce couple qui se sont trouvés et qui vivent et créent leur vie au quotidien, leur univers à eux.

Le déséquilibre se crée quand Louise est atteinte d’un cancer du poumon. Mais ils joueront leur vie jusqu’au bout. La réalité est présente par le monde du travail abrupte et la mise au placard d’Adrien. L’entreprise, qui l’assigne en justice car il a abandonné son poste incognito pendant un an tout en percevant ses salaires, montre la farce qui se joue.

Il faut un certain état d’esprit pour entrer dans ce livre et l’histoire de cette femme, Louise et son univers particulier. Cela peut sembler enfantin au début mais le tension vient par la suite avec le combat de Louise contre son cancer et là, on est beaucoup plus embarqué dans l’histoire et ce combat contre la maladie peut justifier d’agir et de réagir avec cet état d’esprit qui apporte de la légèreté à la lourdeur du quotidien et des traitements.

Adrien se révélera à la hauteur pour prendre soin de Louise.

Et pourtant, pour la première fois, devant lui, elle aurait voulu s’émouvoir, flancher, pleurer, se comporter comme une femme normale, mais elle ne pouvait pas. Adrien déployait une telle énergie pour prendre le relais, fabriquer une résistance, faire de la créativité, de l’imagination, de la désinvolture son maquis à lui. Elle se refusa à verser une larme. Elle devait être grande, immense, gigantesque, considérablement relever la barre, se montrer à la hauteur, dans un équilibre précaire, tout le corps étiré dans une gymnastique conjointe du cœur et de l’esprit, pour rester au niveau d’Adrien.

L’alternance des pages sur le procès qui l’oppose à son entreprise et celles de son histoire avec Louise du début à la fin crée un rythme dans le livre et l’aère. L’histoire est racontée du point de vue d’Adrien, homme conventionnel, j’aimerai connaître celui de Louise et découvrir ses pensées. Cela pourrait être un excellent exercice d’écriture à imaginer cela.

Ce livre est pour vous si vous aimez lire et jouez avec les mots et les concepts avec une certaine loufoquerie. Beaucoup de tendresse ressort de ce livre finalement et laisse son empreinte le livre refermé.

 

Lu dans le cadre des 68 Premières Fois.