Un million de minutes

Wolf Küper

Actes Sud, 2018

 

La petite Nina, 4 ans, ne rentre pas dans les cases des tests du psychologue. Nina est une petite fille imaginative et créative. Ses parents se rendent compte qu’il ne peuvent pas vivre d’une façon « normale » et quotidienne avec cette petite fille qui demande du temps.

« Ah, papa, je voudrais avoir un million de minutes avec toi. Rien que pour les jolies choses, tu vois ? » a dit Nina en écrasant mes joues entre ses mains, ce qui devaient me donner l’air d’un poisson nettoyeur contre la vitre d’un aquarium. 

Cela a donné un déclic psychologique à ce père. Il a du temps pour tout (carrière, soirées, vacances express…) mais pas du temps pour l’essentiel.

Avec sa femme, ils vendent tous leurs biens et s’offrent ce million de minutes (pratiquement deux ans) où ils vont vivre à leur rythme tout en voyageant (Thaïlande, Australie et Nouvelle-Zélande). Vivre au grand air et connaître des expériences enrichissantes pour toute la famille.

Wolf Küper nous fait suivre l’évolution de sa fille, de ses réflexions, de ses découvertes. Il nous parle un peu de lui, parfois de façon hilarante. Il nous parle des différences culturelles, du regard des gens, de son regard à lui (le passage sur l’école Steiner est très drôle), le handicap…

Une aventure de deux ans qui aura permis à chacun de trouver sa place et aussi pour lui de mieux saisir et comprendre sa fille. Cette petit Nina si intelligente, si pertinente mais aussi si lente dans ses gestes.

C’est un livre positif sur chacun et ses différences. J’ai vraiment apprécié ce témoignage de vie.

Le meilleur moyen de ne jamais réaliser ses rêves, c’est d’attendre le jour où on aura tout en même temps. La force, la santé, l’argent, le temps et l’imagination. J’avais réussi la prouesse de remettre mes rêves à plus tard sans même le remarquer.

Je vous laisse méditer sur ces phrases.

 

Le goût du large

legoutdularge

Nicolas Delesalle

Préludes, 2015

Envie d’une nouvelle façon de voyager ? Et bien, testez le cargo !

C’est ce qu’a fait Nicolas Delesalle qui a embarqué sur un cargo durant neuf jours pour un voyage qui le mènera à Istanbul. Ce voyage est aussi le prétexte de se plonger dans ses souvenirs de reporters et ou dans celles de ses amis. On découvre aussi la vie à bord d’un cargo avec un équipage philippin qui les éloigne loin de leur famille pendant de longs mois. Les souvenirs de reportages sur les zones de guerre m’ont fait penser à un autre livre que j’ai apprécié d’un ancien de reporter de guerre : « Lettres de Bagdad » de Lucas Menget.

https://voyageauboutdemeslivres.wordpress.com/2014/11/30/lettres-de-bagdad/

Je me suis toujours demandée qu’est-ce qui poussait ces journalistes à aller dans des endroits dangereux où se vivent des drames effroyables. Je pense à témoigner, rapporter, montrer… Mais comment vivre avec tout cela, ces morts, ces drames avec le retour à la vie quotidienne, auprès de sa famille… Quel regard ces reporters portent sur la Vie en général ? Est-ce que ce travail n’est pas une fuite ?

J’ai découvert aussi cette règle de non intervention qui doit être si difficile à enfreindre et que Nicolas Delesalle a néanmoins enfreint pour sauver deux bébés qui allaient mourir de faim.

Comme tous les jours, j’ai passé la moitié de la journée à écrire et l’autre à regarder la mer, à tribord, à l’avant, loin des bruits des machines, assis sur une bitte jaune où les maris accrochent les aussières quand ils arrivent au port. Les journées se répètent, se récitent, métronomiques, mais ce rythme régulier n’a rien de commun avec celui du quotidien parisien, quand les jours jumeaux finissent pas rougir les organismes. Ici l’habitude n’est pas un acide, c’est une pulsation rassurante et le cargo devient peu à peu un lieu de solitude heureuse.

Revenons au cargo. J’avais envie de lire ce livre pour découvrir ce temps laissé entre parenthèses sur un cargo, loin de tout mais près d’un mode de vie très particulier de ces salariés qui vivent de façon très isolée du monde sur ce bateau. Tentée au début par un voyage en cargo, je crois que j’étoufferai littéralement comme pourrait l’être un lion en cage. Je pense que je me sentirai très très mal, comme j’imagine cela serait le cas aussi sur un bateau de croisière immense.

Sachez que l’agence « Mer et voyages » proposent ce genre de voyage. http://www.mer-et-voyages.info/

C’est impressionnant toutes les destinations proposées mais peut-être qu’un jour je me laisserai tenter.