Le sanglier

Myriam Chirousse

Buchet Chastel, 2016

Lire ce livre après l’univers poétique de Mathias Malzieu et le livre coup de poing de Carole Zalberg « Je dansais » fut rude.

Ici nous entrons dans l’univers étriqué d’un couple trentenaire, Christian et Carole vivant de façon isolée à la montagne.

Un samedi par mois, ils se rendent à la grande ville faire des courses et rendre visite à la grand-mère de Carole. Ce livre, avec ses mots précis où l’imaginaire du lecteur n’a pas de place, raconte cette journée où ils prennent la voiture et se rendent à la ville.

Tout est dit : la petitesse de l’esprit de Christian, maniaque, ayant des TOC (penser à bien fermer la porte de la voiture), qui se sent agressé par tout, les bouchons sur la route, les autres, sa compagne… Tout pour lui est embûche, toutes les petites choses du quotidien l’empoisonnent. Pour moi, c’est une personne toxique que je fuirai immédiatement. Sa compagne, elle, subit.

La question serait de savoir comment arrêter de vivre comme un mouton. Ne plus faire toutes les semaines la même chose au boulot, la même chose le weekend, la même chose le samedi, la même chose le dimanche, et recommencer le lundi à faire la même éternelle chose de la semaine. Vivre autrement.

C’est un livre qui se lit d’une traite. On se sent oppressé dans ce déroulement de cette journée avec des personnes de mauvaise humeur.

J’avais choisi ce livre car j’aime les univers des gens qui se retrouvent isolés à la campagne, qui retournent à la simplicité, l’essentiel… J’imaginais leur choix de vie dans ce sens. J’aurai aimé en savoir plus sur l’univers de la ruralité, de leur rapport à la nature… J’avais adoré dans cette veine « La survivance » de Claudie Hunzinger. Elle parlait de livres, ce couple étant d’anciens libraires à la faillite qui trouvent refuge dans une maison délabrée avec leurs livres dans les Vosges.

« Le sanglier » est un livre qui nous emmène pas dans un rapport élégiaque à la nature mais nous entraîne dans le monde réduit du quotidien de personnes qui ne savent pas rêver et sont submergés par les petites choses du quotidien. Je pense aussi que ce n’est pas un couple qui s’aime mais leur couple est un échappatoire à leur solitude.

Moi, j’ai les pieds sur Terre mais je lève les yeux sur la vie, le ciel, les oiseaux, les couleurs de la vie, le sourire, la lumière, toutes ces petites choses qui embellissent le monde et mon cœur. Et aussi, ne subissons pas une vie qu’on ne souhaite pas ! 

 

Le Grand Jeu

legrandjeu

Céline Minard

Rivages, 2016

Présentation de l’éditeur
Installée dans un refuge high-tech accroché à une paroi d’un massif montagneux, une femme s’isole de ses semblables pour tenter de répondre à une question simple : comment vivre ? Outre la solitude, elle s’impose un entraînement physique et spirituel intense, où longues marches, activités de survie, slackline et musique vont de pair avec la rédaction d’un journal de bord. Saura-t-elle « comment vivre » après s’être mise à l’épreuve de conditions extrêmes, de la nature immuable des temps géologiques, de la brutalité des éléments ? C’est dans l’espoir d’une réponse qu’elle s’est volontairement préparée, qu’elle a tout prévu. Tout, sauf la présence, sur ces montagnes désolées, d’une ermite, surgie de la roche et du vent, qui bouleversera ses plans et changera ses résolutions. Avec son style acéré, Céline Minard nous offre un texte magistral sur les jeux et les enjeux d’une solitude volontaire confrontée à l’épreuve des éléments.

Ma lecture
J’ai choisi ce livre pour ce thème : éprouver la solitude dans un lieu isolé. Je n’ai jamais lu de livres de Céline Minard. Cette femme s’isole mais on ne sait pas pourquoi elle fait cela. Que fuit-elle ? Elle a investi dans un équipement high-tech et elle envisage de vivre en autarcie totale. Elle cultive un potager. Son installation est audacieuse : une structure accrochée à la montagne. L’écriture est peu introspective dans la psychologie de la narratrice mais très descriptive de la force implacable de la nature, de son environnement. On peut lire ce livre en ayant son carnet de dessin à proximité : la montagne, l’installation, la roche, le moindre geste, le moindre mouvement, tout est décrit si précisément qu’on peut le dessiner, si bien sûr, on maîtrise le vocabulaire (vire, géodésique…). L’environnement naturel est prédominant. Les éléments sont imposants dans le quotidien. Elle doit interagir sans cesse avec la nature, la rudesse de la montagne. Il lui faut être souple, physique. Tout semble avoir été prévu. Elle aménage son territoire pour y circuler facilement (tel une Robinson Crusoé) et tout sera bouleversé par une ermite, une none qui vit là de façon très rude. Je n’ai pas compris d’où elle venait, qui elle était mais elle mène une vie très particulière et dangereuse, très simple, austère, loin des conventions humaines. Pour moi, ce fut une lecture particulière mais ce livre révèle une prouesse d’écriture avec un univers, une condition de vie spécifique, un lexique ultra précis. C’est un livre qui mériterait pour moi une deuxième lecture afin de mieux saisir cet objet littéraire.

J’ai dans ma PAL « So long, Luise » à lire mais j’ai cru comprendre que Céline Minard multipliait les genres. Céline Minard est une exploratrice en littérature finalement.

 

L’autorité : le grand jeu de l’humanité ? 

L’attention est une capacité de l’esprit à se rendre disponible, à rassembler ses forces et à les mobiliser pour résoudre le problème qui se présente. Mais se que se passe-t-il quand l’attention se concentre sur aucun problème ? Quand elle s’occupe de la respiration par exemple, la respiration devient-elle un problème ?
Est-ce que ce genre d’objet permet de produire une attention non détournée ? Ni par un jeu, ni par un art, ni par un sport, une promesse ou une menace. Par aucune espèce de règle. Tout proche d’un risque et d’un choix fondamental : respirer plutôt que fermenter, pomper le sang plutôt que la sève.

Le vide est une étude personnelle. 

J’ai lu. J’ai lu toute la journée. Dès le réveil, d’abord sur la couchette, les pieds en l’air, croisés, appuyés sur la paroi, les bras tendus, la nuque calée sur l’oreiller en écoutant la pluie tomber sur la coque de résine de mon refuge. J’ai lu assise au sol devant l’œil-de-bœuf, le dos calé contre le cube, en regardant la pluie couler sur la grande vitre en petits ruisseaux serrés. J’ai tourné le dos au soleil pour capter la lumière sur la page et j’ai lu appuyée sur la vitre qui commençait à sécher. Au bout d’un moment, j’ai senti la chaleur au travers de ma lecture.