Vox

Christina Dalcher

Nil, 2019

Un bandeau faisant référence à « La servante écarlate », ce roman que j’ai tellement adoré, m’a fait acheter « Vox ». 

Un page-turner qui donne des frissons dans le dos. 

Une dystopie où la voix des femmes est bâillonnée. En effet, les femmes, les petites filles ont un bracelet qui comptabilise les mots dits chaque jour. Elles n’ont droit qu’à cent mots par jour. Si elles dépassent les 100 mots, elles subissent une décharge électrique… Et c’est un vrai cauchemar. 

Comme les femmes ne peuvent quasiment pas parler, elles ne peuvent pas travailler non plus. Elles se taisent et se retrouvent chez elles où elles n’auront pas le dernier mot dans leur famille. La suspicion y règne. Dans sa propre famille, dans son quartier entre voisin, tout le monde fait attention, surtout les femmes. Car les hommes sont libres eux bien qu’on se retrouve chez Big Brother.

On découvre donc Jean Mc Clellan, une ancienne docteure en neurosciences, mère de trois garçons, dont un ado et d’une petite fille Sonia, six ans qui porte déjà un bracelet.

L’inquiétude pour cette petite fille est prégnante, quelle sera sa vie ? Quel impact aura sur son développement le fait qu’elle ne puisse pas parler ? 

Ce monde se retrouve vite oppressant. Les femmes n’ont plus accès à l’écrit. Les livres ont disparu de la vue de toutes les femmes. Sonia, à l’école, n’apprend pas à lire mais à bien se taire et apprend tout dans le domaine ménager.

Cette société se trouve uniquement aux Etats-Unis, un point commun avec « La servante écarlate ». 

On suit l’aventure de Jean qui retrouve sa parole et son travail suite à la demande du président de trouver un remède à l’aphasie soudaine de son frère, spécialité de Jean. Elle va au fur et à mesure découvrir le pot aux roses qui fait froid dans le dos. 

Je suis peut-être pessimiste mais cette dystopie où la femme ne peut plus s’exprimer dans le sens littéral du terme et donc choisir sa vie est tellement plausible pour moi. Je n’ai pas de statistiques dans ce domaine mais j’aimerais savoir le pourcentage au monde des femmes qui ont la parole bâillonnée, les femmes qui ne peuvent pas décider de leur vie. Impression de régression après des années qui me semblaient plus libres pour les femmes, où l’avenir était celui de tous les possibles.

Un Trump a réveillé les consciences féminines aux Etats-Unis où on voit des femmes issues de minorités prendre des sièges au Congrès. De l’espoir, il y en a toujours. 

J’ai apprécié cette lecture qui était captivante et interroge bien sûr en confrontant notre monde à cette dystopie, être une femme et voir les peurs que cela engendre…

Par contre, ce qui m’a vraiment dérangé dans cette édition, c’est le nombre de coquilles qui rendait parfois une phrase incompréhensible ou inversait le sens d’une phrase.  Dommage !

 

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La libraire de la place aux Herbes

Eric de Kermel

Eyrolles, 2017

Eric de Kermel se met à la place d’une libraire qui ouvre une librairie à Uzès. On découvre à travers son regard son amour des livres avec de nombreuses références, ses clients et l’impact de la littérature sur chacun. Chaque chapitre correspond à une histoire particulière. 

La littérature offre un voyage, fait réfléchir sur des questions essentielles. Elle aide à surmonter des blessures de la vie. Elle accompagne chaque lecteur. La découverte de la lecture donne le pouvoir de plonger dans la littérature et donne une autre dimension à la vie. 

La littérature est sensuelle.

J’aime les auteurs qui savent donner des odeurs à leurs histoires, ceux dont les mots peuvent frôler ma peau ou s’y poser lourdement. 

J’avais ainsi eu le sentiment d’avoir été au milieu des ruines de Beyrouth en lisant le livre de Sorj Chalandon, Le Quatrième Mur. J’étais sortie de ces pages blessée comme une femme au coeur de la guerre libanaise. 

C’est un bon exercice que de chercher la couleur dominante d’un livre, son odeur, son bruit…

On peut faire cela avec chaque moment que nous vivons. 

Livre très plaisant à lire si on aime les librairies et les livres. Par contre, quelque chose dans le style manquait selon moi de poésie dans les mots. Les mots parfois distants pouvaient être à d’autres moments touchants surtout quand l’auteur fait vivre ses personnages, des personnages très attachants.

On se retrouve dans les propos de la narratrice sur le plaisir procuré par la lecture, le partage entre lecteurs et l’importance de la lecture dans la vie de chacun des personnages. 

J’ai beaucoup apprécié les différentes citations de livres dans chaque partie, les conseils de la libraire adaptés à chaque client. 

J’ai découvert avec ce livre qu’Eyrolles publiaient des romans, je pense avec une ligne éditoriale qui sont les livres avec une orientation de développement personnel. 

 

Instincts

Sarah Marquis

Pocket, 2017

 

Aujourd’hui, je suis plus sauvage que jamais, à l’intérieur : le vent souffle, la roche après la pluie exhale son odeur, le premier soleil livre sa caresse. Ma mémoire contient la Nature, l’intensité, l’urgence de manger chaque seconde. Je faite de la Nature, nous le sommes tous. J’ai juste pris le temps de la fouler de mes pieds, c’est tout. 

Comme une amie, elle s’est ouverte à moi, à chaque pas un peu plus. Aujourd’hui, elle m’habite, je l’ai remerciée de ma sueur, de mes joies, de mes pleurs, de mes douleurs… 

Je ne peux que vous dire : « Soyez le héros de votre vie. »

Peu importe ce qui vous fait vibrer, suivez la mélodie de votre coeur. Vous êtes le seul à la connaître. 

Ce livre, où Sarah Marquis nous livre son expédition de trois mois à pied en Australie, est vibrant. 

Oui, Sarah nous fait vibrer dans chaque pas qu’elle fait pour avancer sous le poids de son sac. Elle nous fait vibrer de vie, de sagesse, d’espoir, de connexion avec soi-même.

On sent les cailloux sous nos pieds, le manque d’eau, la chaleur du Bush, le regard des petits animaux, la communion avec la Nature. 

Et surtout, ce pas après pas, on peut le mettre en pratique dans nos vies pour faire de nos problèmes un sujet inspirant pour vivre l’instant présent et ne plus se disperser. 

Par moment l’esprit se bloque et crée de faux problèmes. Lâcher prise demande une force cachée. Soudain, le problème devient source d’inspiration. 

Bref, j’ai adoré ce récit et apprécié de trouver de belles photos au milieu du livre. Ce qui est rare pour un livre en format poche.

J’avais lu de Sarah Marquis « Sauvage par nature », livre qui nous emmène loin aussi et qui traverse plusieurs pays.

J’attends avec hâte son prochain livre « J’ai réveillé le tigre » qui sortir le 25 avril 2019 chez Michel Lafon.

 

Désorientale

Négar Djavadi

Liana Lévi, 2016

Le lendemain, alors que des trombes d’eau se déversaient, sur Amsterdam, la lavant des péchés de la veille et des plaisirs superficiels, je sortis de l’immeuble, ma casquette enfoncée sur mon crâne. Cette pluie continuelle qui purifie, rappelle à l’ordre et impose la prudence, est sans doute ce qui explique le mieux pourquoi ce pays est ce qu’il est. Juché sur son vélo et enveloppé dans un horrible poncho protecteur, le Néerlandais va son chemin sans se soucier des autres, tout en respectant scrupuleusement les règles pour éviter les accidents et conflits. La culture calviniste, clef de voûte de cette société de liberté de confiance et d’indifférence organisées, ne pouvait sans doute pas trouver meilleur terreau pour s’implanter. Voilà ce que j’avais appris d’eux : chacun est libre d’être ce qu’il est, de désirer ce qu’il désire, de vivre comme il l’entend, à condition de ne pas nuire à la tranquillité d’autrui et à l’équilibre général. Un principe de vie à l’exact opposé de la culture persane, où dresser des barrières, se mêler de la vie des autres et enfreindre les lois est aussi naturelle que la respiration. Mais aussi en décalage avec la réalité judéo-chrétienne de la culture française, où le verbe entrave sans cesse l’action.

J’ai vraiment aimé ce premier roman passionnant et suivre le parcours de Kimiâ, qui s’est retrouvée en France après avoir fui l’Iran avec sa famille. On imagine bien sûr le contraste de sa culture avec celle de son pays d’accueil. Et ce fut très intéressant de découvrir sa réflexion. 

Le roman s’ouvre sur un moment de partage d’intimité, Kimiâ est dans une salle d’attente et attend l’autorisation d’une PMA pour pouvoir devenir mère. On découvre délicatement qu’elle est lesbienne et joue le jeu du jeune couple avec Pierre pour pouvoir avoir un enfant. Pierre sera un père identifié et présent pour l’enfant. C’est le désir de Kimiâ que son enfant n’ait pas de soucis avec ses origines. 

Il est question ici de racines. Se sentir déracinée. Vivre sa culture ou prendre celle du pays d’accueil. Vivre avec un lourd passé qui donne un ressenti perpétuel de ne pas être dans la norme. Mais aussi vivre libre sa vie de femme ici plus qu’en Iran. 

J’ai noté un anachronisme en Iran. L’homosexualité est passible de la peine de mort mais est autorisé l’opération pour changer de sexe. 

L’auteure sait bien écrire la présence de Kimiâ au monde dans cette salle d’attente où elle imagine le ressenti des autres couples et on découvre au fur et à mesure de ses pensées, son parcours, son histoire qui fait son elle aujourd’hui.

Sa relation avec son père, Darius. Sa mère Sara, d’origine arménienne, femme droite et courageuse. Le désordre avec la fuite en France. Le déracinement. Le passé qu’on veut oublier et qui nous constitue. Le sentiment d’oubli dans une vie qui n’est pas sienne. Le désir d’être soi. 

Désorientale, ce mot qu’on peut interpréter de multiples façons.

La construction de la narration fait en sorte que la lecture est agréable, le style de l’auteure fait beaucoup aussi. C’est un livre vraiment fabuleux et aussi très instructif et essentiel pour en savoir plus sur l’Iran et aussi sur les gens qui sont déracinés, la confrontation de culture…

J’attends avec impatience de pouvoir lire un autre roman de Négar Djavadi. 

 

Je vous signale un autre livre que j’avais beaucoup aimé mais qui date un peu. C’est « Lire Lolita à Téhéran » de Azar Nafisi.

Après avoir démissionné de l’Université de Téhéran sous la pression des autorités iraniennes, Azar Nafisi a réuni pendant deux ans, dans l’intimité de son salon, sept étudiantes pour y lire Nabokov, Fitzgerald, Austen… Ce livre magnifique est le portrait brut et déchirant de la révolution islamique en Iran. La démonstration magistrale que l’imagination bâtit la liberté.

Un autre livre lu lu il y a deux ans qui était très bien aussi.

Les jardins de consolation de Parisa Reza

 

J’ai enfin sorti « Désorientale » de ma PAL. Je ne comprends pas comment j’ai pu y laisser cette merveille aussi longtemps.

Libertango

Frédérique Deghelt

Babel, 2019

J’ai tout de suite été happée par l’écriture de Frédérique Deghelt. L’écriture est magnifique et maitrisée dans le style et dans le monde auquel nous invite l’auteure. Le monde de la musique pour un chef d’orchestre en devenir, mais aussi la musique comme lien essentiel au monde, la musique comme lexique et émotions. La musique  qui connecte au monde, aux autres et réunit les peuples. 

Tout au long de la lecture de ce roman, on va découvrir le parcours de Luis Nilta-Bergo, grand chef d’orchestre au parcours atypique. 

On découvrira l’histoire de Luis par Léa, journaliste qui va poser ses caméras chez lui pendant de longs mois, mais aussi par les journaux intimes de Luis, des lettres.

Ce qui crée un rythme intéressant et donne à lire différents points de vue. 

La musique est un vecteur important pour Luis. Souffrant d’un handicap qui le paralyse en partie d’un côté de son corps, la musique le sortira de cet enfer au quotidien et aussi le fera rompre avec son milieu familial d’origine modeste. Le regard des autres changera sur lui par son talent de chef d’orchestre. 

Il vécut par et pour la musique, en la découvrant par l’écoute au départ et ensuite par le travail qui le mènera à étudier la musique, à devenir un grand chef d’orchestre et à créer l’Orchestre du Monde, orchestre allant sur les lieux de catastrophes climatiques ou de guerres pour jouer, jouer l’espoir, la vie. Cet orchestre sera l’objet d’un drame. Oui la musique est vécue comme dangereuse dans certaines parties du monde.

La musique a fait exister Luis et il est devenu un passeur à son tour. 

C’est un roman passionnant qui demande du temps pour savourer chaque mot, chaque phrase. 

Je fus perdue, néanmoins, à un moment, par des passages de considérations purement musicales. J’aurai pu apprécier si j’avais un peu plus de connaissances dans ce domaine. 

Cette façon d’entendre la musique était la mienne, naturelle. J’avais donc quelque chose de fort et d’inatteignable. J’avais une écoute, une oreille, un monde musical intérieur, comme un rêve. Et ce fil me reliait au reste de l’univers des humains, sans que je le sache. 

Un jour, un ami m’a parlé de son rapport à la lecture et je trouvais très beau cette façon de dire combien le fait de lire le sauvait du quotidien. Le sauvait de tout en fait. Ainsi n’était-il plus au fond de son désarroi personnel et quand il sortait de ses lectures, il voulait faire partie de la vie des gens. Il disait que cette activité, qu’on ne partage pas au moment où elle a lieu, rend meilleur dans la vie sociale. Il apprenait à pardonner en passant par des personnages fictifs. Il pouvait mieux appréhender les salauds du monde réel. Il pouvait se blottir dans la lecture ; rien de tel pour survivre. 

Ce qui se réfléchit dans le rythme musical est une sorte de temps interne qui se moque de l’espace temporel de nos vies. C’est ce qui en fait le charme, je crois. 

Il semble que les aspirations intérieures quand elles sont justes, prédisposent la vie à nous offrir des rencontres. 

Un roman à lire !

Je suis fan de l’écriture de Frédérique Deghelt depuis longtemps déjà. Il se passe toujours quelque chose de mystérieux quand je la lis. Une certaine façon d’être en terrain connu mais un terrain qui me remue. La première expérience de lecture de Frédérique Deghelt était la lecture de « La vie d’une autre ». Mes nuits se sont retrouvées envahies de rêves bleus et mystérieux. J’ai encore les images en tête. Un autre roman se jouait dans ma tête. 

Un territoire fragile

Eric Fottorino

Folio, 2013

Clara Werner, jeune femme fragile, saisit l’occasion d’un poste de biologiste pour partir en Norvège. On saisit déjà une urgence à partir.

On comprend très vite qu’elle fuit un mari manipulateur et très violent. 

Son supérieur, apercevant un certain mal être, un certain désaccord avec son corps, lui recommande une personne, un accordeur des corps. 

A travers le point du vue de cet accordeur sur Clara et son corps, Eric Fottorino utilise un lexique très précis sur le corps et ses blessures. L’accordeur, à travers ses mains, perçoit toute l’histoire du corps et essaiera de dénouer les noeuds.  Clara confiera son corps aussi à un peintre qui la peindra nue. 

On sent une volonté à travers ses actes une volonté de s’en sortir, de sortir de cette torpeur où l’a plongée la vie avec son mari, ainsi que des blessures d’enfance qui ont façonné sa vie. 

Ce livre a eu beaucoup d’échos en moi sur l’enfance et plus tard et j’ai pris conscience de l’importance de l’enfance sur l’être en futur et les erreurs qui seront les siennes. 

C’est très bien écrit et très précis dans le désarroi et les pensées de cette jeune femme. J’aurai aimé savoir quel a été le point de départ de l’écriture  de ce roman. 

Ce roman est dur et âpre… On lit ce roman sur un fil tendu, on espère tellement que Clara trouve un moment d’apaisement dans son corps et dans son esprit. Elle le trouvera à la toute fin, mais une fin tragique et plutôt belle. 

Chaque corps est un résumé du monde. Le temps lui passe dessus, dépose ses marques. Il apprend la vie, c’est le mouvement, puis se dépend d’elle, s’accommode de regarder les autres exister. 

Le corps est la chair de l’esprit. Chaque tourment de l’âme laisse sous la peau une fêlure et dessus, une foulure.

 

Mes dernières lectures des 68 Premières fois

Un an de lectures de premiers romans avec les 68 premières fois fut une aventure excitante, enthousiasmante et formatrice.

Voici les dernières lectures lues de cette aventure.

 

K.O. d’Hector Mathis aux Editions Buchet-Chastel (2018)

 

Dès les premières pages, nous sommes désorientés. On ne situe pas immédiatement le temps du livre. Sommes-nous dans un futur proche où régnerait la désolation, le K.O. ? 

On y lit une diatribe contre Paris qui relèguerait loin d’elle tous ses assujettis qui seraient à son service, contre les classes moyennes de plus en plus nombreuses et incultes. 

Contrairement au narrateur qui fuit Paris pour qui la littérature est vitale.

La littérature c’est un cimetière accueillant, qui abrite tous les amis que je n’ai pas eus et ceux qui m’ont quitté. Je digresse en compagnie des morts. 

La vie ce n’est qu’une foutue partition pour détraqués.

Ce roman raconte une échappée, une fuite pour sortir du K.O. qu’est devenu Paris, zone d’attentats. 

Une fuite avec la nécessité d’écrire. Un questionnement. Le poids des mots. Une trace dans le monde, dans le temps. La mort. Le passage. Fuir tout pour être oublié. 

Un roman exaltant. 

 

Deux stations avant Concorde de Peire Aussane aux Editions Michalon (2018)

Le style de l’auteur est sobre. L’histoire m’a semblée désordonnée de prime abord, c’est mon impression de lecture mais certainement une construction de l’auteure pour nous faire nous interroger sur le personnage et ses choix, ses raisons. La raison d’Eve d’aller à Tokyo est de retrouver son téléphone portable volé dans le métro parisien, deux stations avant Concorde et localisé ensuite à Tokyo. Ce prétexte me semble farfelu Et en plus précédé d’un coup de foudre avec ce japonais. 

Elle se retrouve à Tokyo dans les traces de sa grand-mère qui a fini sa vie à Tokyo. 

Plein de directions sont données : cette rencontre coup de foudre avec un japonais dans le métro parisien, l’histoire de cette grand-mère partie vivre mystérieusement au Japon, le quotidien avec son mari. Tout reste en surface. Toutes ces directions semblent avoir été mises là pour nous induire en erreur. On reste malheureusement à l’extérieur des personnages.