La carapace de la tortue

Marie-Laure Hubert Nasser

Folio, 2016

Présentation de l’éditeur

« Oui, je suis venue sur terre comme une tortue, encombrée d’une carapace. Qui rentre la tête quand le monde extérieur est trop douloureux ». Clotilde cache ses complexes derrière d’amples vêtements. Après avoir tenté sa chance à Paris, cette jeune Bordelaise revient au pays grâce à sa grand-tante. Sous des dehors revêches, Thérèse a prévu pour sa petite-nièce un strict programme de remise en forme. Avec l’aide de tous les voisins qui ont au préalable passé un casting impitoyable, Clotilde devra sortir de sa réserve. Il y a Claudie qui aime raconter ses histoires de fesses, Sarah et Sophie, délaissées par leur mari et bien décidées à s’en accommoder, Elisabeth, la business woman meurtrie de ne pas voir grandir ses trois enfants… Chacun à sa façon va aider Clotilde à reprendre goût à la vie. Une galerie de portraits attachante, l’histoire d’une renaissance racontée avec énergie et un humour parfois corrosif.

Mon avis

Ce livre m’a tout de suite fait penser à « Big » de Valérie Tong Cuong à cause du personnage principal hyper complexé dans son corps, dans ses kilos en trop. Le personnage de Valérie Tong Cuong, elle, ne sortait que la nuit et vivait hors de la société. Ici, dans ce livre, Clotilde est une jeune femme qui a un corps qui est décrit comme une « masse informe » et qui cache son visage sous un chapeau. Ici, Clotilde subit. Elle a tout de même pris la décision de quitter sa famille qui n’a jamais su l’aimer et de demander l’aide d’une tante. Mais à part cela, les pensées de Clotilde me semblaient vides, concentrées sur ses complexes physiques.

Plus simplement, elle avait constaté, jour après jour chez ses voisins, que l’enveloppe physique qui la contenait pouvait éloigner ceux qu’elle avait commencé à aimer. Une aversion instantanée. Comme une brûlure. Un rejet qui détournait les visages, même bienveillants. Comme le regard fuyant du père de Léo qui partait le matin pour son jogging. Dans ses yeux, elle aurait désiré lire de l’amitié. Un signe d’affection. Pas plus. Elle n’en voulait pas plus.

J’ai eu du mal à avoir de l’empathie pour ce personnage jusqu’au moment où le journal de Clotilde nous est donné à lire. Son journal nous fait découvrir le calvaire qu’elle a vécu. On apprend aussi que sa naissance est du à un événement tragique qui fait qu’elle n’a pas pu être aimée par ses parents ou dans tous les cas, mal aimée. On prend connaissance de la maltraitance psychologique qu’elle a subi donc au sein de sa famille et à l’école. Par son journal, on découvre une jeune femme cultivée dont la passion pour l’Art l’a maintenue dans la vie et aidée à vivre. Et on assiste dans ce journal à son éveil de la vie, des efforts qu’elle fit pour vaincre ses complexes et avancer dans la vie. A un moment, on se serait presque cru dans un conte de fées avec toutes ses bonnes fées qui se penchent sur elle mais l’auteure en a décidé autrement pour la fin de ce roman. Cette fin me fait penser d’ailleurs à celle de Renée dans « L’élégance du hérisson » de Muriel Barbery. Elle se retrouve fauchée en plein début de bonheur, d’un futur plus radieux.

J’ai failli lâcher la lecture donc juste avant la lecture du journal de Clotilde car je trouvais ces complexes disproportionnées, ses problèmes de communication extrêmes. Je n’ai jamais vu de personnes si laides qui doivent vivre ce cauchemar. La beauté pour moi est ailleurs aussi, dans l’intelligence humaine, le savoir-vivre et un savoir-être agréable, la curiosité et l’ouverture aux autres, l’humour, savoir se moquer de soi… Et lire des livres où les personnages se rendent la vie impossible à cause de leur physique, cela m’insupporte.

Finalement, j’ai apprécié la lecture de ce roman qui fait réfléchir sur les blessures psychiques, la relation au corps et la méchanceté ou la bêtise de certains.

Clotilde aimait l’Art et c’est ce qui l’a fait exister aux yeux des autres, c’est ce qui l’a rendu belle.

Cultivons nos passions !

J’ai découvert une nouvelle maison d’édition. Avant d’être édité en Folio, ce roman était édité aux Editions Passiflore. C’est une maison d’édition du Sud-Ouest située à Dax.

On découvre que Marie-Laure Hubert Nasser a écrit un deuxième roman « Spleen Machine » que je pense lire.

 

Magique aujourd’hui

Isabelle Jarry

Gallimard, 2015

Présentation de l’éditeur

Dans un futur proche, Tim est un jeune chercheur ; il entretient une relation fusionnelle avec Today, son assistant androïde. Lorsque Tim est envoyé une semaine en cure de déconnexion dans une campagne isolée, sans réseau ni communications, le robot, livré à lui-même, va s’essayer à l’autonomie. Tim fait l’expérience de la solitude et du sevrage. Plongé en pleine nature, il découvre le lien puissant qui l’unit à la terre, au ciel, aux animaux. Le jeune homme se dévoile au fil des situations tandis qu’on assiste, ému et réjoui, à la naissance d’une conscience et d’une personnalité originales : celles du robot. Dans un texte où affleurent sans cesse l’humour et la poésie, Isabelle Jarry nous propose quelques visions de ce que pourrait être le monde de demain, ou plutôt de cet «aujourd’hui magique», que nous voudrions enchanté par la technologie.

Mon avis

Ce livre est un cadeau offert par une personne proche. Cette personne ne savait pas que je connaissais cette auteure pour avoir lu et apprécié deux autres de ses romans : Millefeuille de onze ans et J’ai nom sans bruit. Déjà, ce que j’en lisais de la présentation de l’éditeur me plaisait : les liens avec les nouvelles technologies et leurs dérives, l’expérience de la solitude…

Donc, j’ai commencé la lecture avec beaucoup de plaisir. Il y avait plusieurs choses intéressantes dans l’histoire de Tim et de son robot Today. Today est un androïde de la taille d’un enfant de 12 ans. C’est un robot à l’attachement profond qui évolue en fonction des interactions avec son maître. Cette histoire se passe dans un futur proche (2050).

Tim aimait Today. Il voulait le garder pour lui, et rien qu’à lui. En faire une sorte de colocataire idéal. Et il y serait sans doute parvenu sans le contrôle de la médecine cybernétique qui venait de l’extraire de son cocon. « Non, Tim, on ne pactise pas ainsi avec les machines, elles ne sont pas des camarades de jeu ordinaires. Oublie un peu ton robot domestique et reviens parmi tes semblables. » Le gouvernement ne permettait pas ce genre de dérives, trop conscient des risques qu’elles auraient pu faire courir à la société tout entière. Les machines « intelligentes » étaient devenues en moins de dix ans le premier facteur d’addiction et quasiment personne n’y échappait.

On suit le séjour de Tim en cure de désintoxication dans une zone blanche et on suit aussi le petit androïde Today qui se retrouve livré à lui-même. Tim n’ayant pas pu le prévenir.

On découvre au fur et à mesure de la lecture que Tim faisait des recherches sur les situations, les conditions et les réactions extrêmes et en particulier s’intéressait à un japonais, M. Izumi qui a vécu seul dans la zone autour de Fukushima depuis la catastrophe nucléaire de 2011, donc plus de quarante ans.

Il met en parallèle sa solitude à celle de M. Izumi. Tim retrouve sa dimension humaine en étant seul, en retrouvant la conscience de son corps par les travaux physiques, par le temps passé seul où ses pensées peuvent de nouveau vagabonder.

Il se dit seul alors qu’il est accueilli chez une dame un peu abrupte.

J’ai beaucoup aimé un passage où Tim découvre dans la maison de son hôtesse une vraie bibliothèque assez conséquente. J’aime l’émerveillement qu’il ressent face à celle-ci et compare par rapport à l’accès des données sur internet.

Tim parcourut encore les rayonnages, explorant au hasard, tirant un livre par-ci, un dossier par-là, laissant aller ses yeux de bas en haut et de long en large,ne sachant où donner de la tête, curieux de tout, pris soudain d’un émerveillement devant cette accumulation, cette forêt de livres et de papiers. En bas, la musique, après un long lamento mélodieux, s’était arrêtée. Ce qui frappait dans la quantité de documents, c’était sa présence physique, plus encore que son importance. Tim, virtuellement, avait accès à tous les documents du monde, mais il ne les voyait pas. Il devait les chercher un par un sur internet. Et il devait trier parmi la somme d’entrées qui lui était proposée. Jamais pourtant il n’avait la possibilité de « voir », de « toucher », de chercher au hasard, de se laisser surprendre. Si ! Cela arrivait aussi sur le net, il avait parfois d’heureuses surprises, des choses totalement inattendues qui apparaissaient sur des sites qu’il n’aurait jamais songé à consulter si le moteur de recherche ne les lui avait mis sous le nez. Mais cela surgissait par hasard. Tim, face à cette bibliothèque, éprouvait une sensation de possession tout à fait inhabituelle. Il ne pouvait englober du regard tous les livres et documents présents, mais il aurait pu, s’il l’avait voulu (et s’il en avait eu le temps), les sortir un à un de leurs rayonnages et les ouvrir, les parcourir ou les lire, regarder les illustrations, s’asseoir sur le divan avec un de ces milliers de dossiers et en prendre connaissance. Dans le même temps il prenait conscience de la durée qui seule avait permis de rassembler autant de choses. Ce qu’avait fait le propriétaire de cette collection d’archives (car nul doute qu’il avait lu tout ce qui se trouvait ici, et parfois même écrit ou produit lui-même certains rapports, mémoires, articles), Tim ne pouvait le refaire. C’était l’œuvre d’un vie entière.

J’aime aussi quand il parle d’un ami qu’il qualifie d’ « explorateur urbain ».

J’aime aussi l’attachement à son robot avec qui il échangeait en permanence.

Today était cet autre qui permettait à Tim de ne pas rester enclos dans son for intérieur, qui ne laissait pas la richesse de sa vie intime se déployer dans l’espace de sa seule pensée.

Je comprends cela. On a pas un être près de soi avec qui partager ses pensées en permanence. L’échange avec un autre est enrichissant. Il y a des couples d’intellectuels qui ont vécu cela au quotidien comme Sartre et Beauvoir. La lecture des livres permet cela aussi. Entrer dans la pensée d’un autre via ses mots permet d’enrichir sa pensée au quotidien.

La fin du roman peut laisser perplexe au premier abord. Mais on sent que les androïdes si intelligents et attachants vont prendre une place de plus en plus importante dans cette société du futur et l’homme peut retrouver dans la nature des sensations qu’on pouvait croire à jamais perdues. L’intelligence humaine existera toujours mais pourra faire partie des territoires à reconquérir.

Ce livre m’a fait penser tout de suite au film « Her » de Spike Jonze où Joaquim Phénix tombe amoureux de Samantha, un Operating System. Bon OK, la voix de l’OS en question avait la voix suave de Scarlett Johansson.

Ce livre était dans ma PAL depuis plus d’un an.

Un paquebot dans les arbres

Valentine Goby

Actes Sud, 2016

Valentine Goby dans « Un paquebot dans les arbres » nous fait revivre la France des années 50 et le monde des petits commerçants, celui des cafetiers en particulier. Surtout, elle nous raconte ici l’histoire de Mathilde dont les parents cafetiers ont tous les deux contractés la tuberculose et se retrouvent dans un sanatorium, obligés de laisser leurs enfants.

Je connais ce genre de parents commerçants de cette époque, vivant correctement de leur commerce et qui ne sont pas très regardants auprès de leurs clients s’ils paient ou pas. Satisfaits et heureux de leur condition. Sauf que la Sécurité Sociale n’existe pas pour eux et se faire soigner au sanatorium est très très cher. Et là, il n’y aura aucune solidarité de la part de ces clients. La maison sera hypothéquée, mise sous scellée, les enfants mis dans des familles d’accueil et on notera au passage la dureté de certaines de ces familles d’accueil.

Mathilde sera le lien qui tiendra la famille. Sa sœur aînée, infirmière, mariée restera loin de tout cela, pourtant c’est celle qui porte la fierté de ses parents mais elle ne fera rien pour eux. Mathilde a le sens de la famille et aura le souci de son petit frère Jacques.

Mathilde sera présentée au début du livre comme une petite fille très discrète qui observe ses parents pour les voir vivre dans le café, dans le bal du samedi soir. Et pourtant toute la force viendra d’elle et elle essaiera de rassembler les morceaux pour que la famille continue d’exister. Elle se battra pour être émancipée. Elle se battra pour avoir un diplôme de comptable pour s’assurer un travail. Avoir une base fixe, solide face à la vie de famille qui se délite. Cette Mathilde force l’admiration.

Des personnes seront mises sur son chemin qui l’aideront mais c’est Mathilde qui se bat seule.

L’écriture est hachée, taillée à la serpe pour peut-être donner l’image de tout qui part en morceaux, pour montrer l’urgence de la situation, de la survie de Mathilde.

C’est un très beau roman inspirée de l’histoire d’une vraie personne : Elise Bellion. Une histoire particulière dans l’Histoire.

On aimerait tellement savoir ce qu’elle est devenue, cette petite Mathilde courageuse.

 

Par amour

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Valérie Tong Cuong

JC Lattès, 2017

Lire « Par amour » de Valérie Tong Cuong fut pour moi un moment plein d’émotions.

J’apprécie depuis longtemps les livres de Valérie Tong Cuong, la sensibilité qui s’en dégage me touche autant que son auteure.

De plus, ce roman a pour cadre la ville du Havre pendant la Seconde Guerre Mondiale et c’est une ville chère à mon cœur. J’y ai vécu le temps de faire mes études et de me libérer du carcan familial. Ce fut des années décisives dans mon parcours de vie.

Donc, en lisant ce roman, Valérie Tong Cuong a répondu à mes interrogations que j’avais alors sur le drame qu’ont vécu les habitants du Havre pendant la guerre. Cela se ressent dans le peu de traces du passé d’avant la guerre et par l’architecture imposante d’Auguste Perret. Cela se ressent aussi dans la mémoire collective havraise, enfin je le ressentais quand j’y vivais il y trente ans.

Valérie Tong Cuong nous fait revivre dans « Par amour » cette période douloureuse qui a aboutit à la destruction quasi totale du Havre (85%) et de la quasi évacuation de sa ville. On vit l’exode pour fuir les Allemands, l’occupation, la libération qui se traduit par de violents bombardements anglais à travers les différentes voix d’une famille : Emelie et son mari Joffre, leurs deux enfants Lucie et Jean ainsi que la tante Muguette et ses deux enfants Marline, cette petite fille qui ne parlait plus et Joseph. On vit tout ceci à travers les yeux des enfants et des adultes. On est dans leur intimité, leurs pensées, leur quotidien et on est sur la route avec eux, on est dans leur détresse et leur combat pour survivre. J’ai été très touchée par le personnage de Marline, cette petite fille devenue muette et j’attendais tout au long du livre d’entendre sa voix et ce fut une émotion de la découvrir. On vit l’Histoire mais aussi l’histoire de cette famille avec ses secrets, leur amour très fort et leur force.

Les enfants sont incroyables. On a l’impression qu’ils ne se plaignent jamais et surtout qu’ils ne veulent pas chagriner leurs parents et ne montrent rien. Ils ont une confiance aveugle en leurs parents et saisissent aussi très bien la situation. On découvre que les petits havrais ont été accueillis dans des familles d’accueil dans les campagnes mais aussi en Algérie ou en Suisse afin de les protéger de la vie dangereuse du port havrais.

La voix de Joffre :

J’aimais beaucoup Muguette et ses enfants, surtout ma petite nièce Marline qui m’intriguait à se taire comme si elle en savait long mais ne dirait jamais rien, cela me faisait l’effet d’un lien entre nous, deux combattants de l’ombre engagés dans nos guerres singulières.

La voix de Lucie :

Une fois encore, la guerre m’apprenait à être triste et heureuse au même moment. La guerre ou plutôt la vie : car quoiqu’en pensent les Guérin, les Boches n’avaient rien à voir avec tout cela.

Lire ce livre, c’est lire la plume incroyable de Valérie Tong Cuong qui arrive toujours à nous faire entrer dans la vie de ses personnages et être en empathie avec eux. Ce roman a certainement nécessité un incroyable travail de documentation et de recherche. Ce livre est une perfection à nous faire vivre ce moment humain dramatique. On ne voit pas les personnages et les lieux, nous devenons les personnages de cette histoire et vivons chaque instant avec eux. Ce livre est à lire et à faire lire.

Mes parents avaient 6 ans en 1940 et vivaient à 20 km de Rouen. Le seul souvenir que ma mère m’avait raconté de cette période est qu’un matin, des allemands s’étaient installés dans la cour de leur fermette et étaient restés 2-3 jours. En étant loin des endroits stratégiques et plutôt isolés dans la campagne normande, ils n’ont pas soufferts de bombardements mais ont surtout soufferts certainement de la faim. J’en ai ressenti l’effet tout au long de mon enfance : ne rien jeter, devoir toujours finir son assiette…

 

Marcher (ou l’art de mener une vie déréglée et poétique)

marcher

Tomas Espedal

Actes Sud, 2012

Cela faisait longtemps que j’avais ce livre chez moi. Je l’avais trouvé seul sur une table d’un libraire. Je n’en avais jamais entendu parler mais le titre « Marcher » mais surtout son sous titre « Ou l’art de mener une vie déréglée et poétique » m’ont tout de suite plu. De plus, l’auteur est norvégien et j’ai peu lu d’auteur nordique à part certains polars bien connus.

Le narrateur a essayé d’avoir une vie réglée avec une femme, maison et un métier mais il est parti. Il ne pouvait plus écrire. Marcher devenait vital. On le suit dans ses déambulations. Il commence par sa rue quand il quitte sa femme. Il continue ensuite à marcher en complet veston et Doc Martens et il parle à son sac à dos qu’il a surnommé Le Nain. J’adore déjà cela.

J’ai toujours aimé dormir dehors. Chercher un endroit en haut d’une colline ou dans une forêt, ou juste devant la maison, dans le jardin, sous un arbre, ou sur la terrasse quand je rends visite à des amis, déplier le tapis de sol, me glisser dans le sac de couchage et dormir à la belle étoile. Je dors en plein air dès que je peux, je m’allonge sous un arbuste ou un arbre, je cherche une remise ou un auvent, un endroit propice ; un clairière avec vue sur la mer, me voici couché, pensant au plaisir qu’on éprouve à dormir dans une maison, c’est ainsi que je m’exerce à dormir à l’extérieur.

Il invoque des écrivains, des philosophes, des musiciens, des artistes marcheurs : Walt Whitman, Rousseau, Voltaire, Heidegger, D.H. Lawrence, Aristote, Socrate, Wittgenstein, Hegel, Kant, Dante, Baudelaire, Bruce Chatwin, Hölderlin, George Orwell, Kafka, Kierkegaard, Erik Satie, Rimbaud, William Hazlitt, Giacometti…

Marcher pour écrire, libérer ses pensées.

Il voyage en Norvège, France, Grèce, Italie, Roumanie, Hongrie, Bulgarie,Turquie, Allemagne… Il marche, marche et parcourt des pays. Tout est prétexte à voyage. Le chemin pour aller à sa boîte à lettres peut l’emmener à partir dans la demie-heure qui suit. Il est libre Tomas Espedal.

C’est le genre aussi à voir une Mercedes jaune avec des sièges en cuir rouge qui est à vendre, il l’achète et part avec de la Norvège jusqu’en France, la gare à Charlevilles-Mezières et part à Paris à pied en traversant forêts et champs. Il a mis cinq jours.

On le suit ensuite à Paris dans les pas d’Erik Satie, d’Alberto Giacometti…

Il va bien sûr, sur les traces de Rimbaud à Roche en quatre jours à travers la Champagne, en passant par Reims et va voir la maison de Rimbaud où il écrit la maison de Rimbaud.

Peu de gens ont autant marché qu’Arthur Rimbaud ; Rimbaud est le poète qui s’est esquinté les jambes à force de marcher, à trente-sept ans il a eu des problèmes au genou droit et on a dû l’amputer. Il avalait alors la route depuis l’âge de quinze ans, il avait parcouru la France, la Belgique, l’Angleterre, l’Italie et l’Afrique ; on dit qu’il conduisait ses nombreuses caravanes à pied, ses compagnons allaient à dos de chameaux ou à dos de mules, mais Rimbaud voulait épargner les animaux, il marchait, il a fait de la marche un vocation ; non seulement il est devenu voyant, poète, aventurier et explorateur, marchand d’armes et photographe, cartographe et rénovateur de la langue française ; il s’est également fait promeneur vagabond.

Voici ce que vit Tomas Espedal à Roche.

Devant la petite maison de Roche, il n’était pas difficile d’imaginer les scènes entre la mère et le fils ; j’étais dans le jardin face à la porte où une plaque m’informait qu’ici Rimbaud avait écrit Une saison en enfer, et c’est alors seulement, devant cette maison, que j’ai soudain compris que j’avais découvert le point de départ de ma propre écriture, la maison où le jeune garçon vivait avec sa mère. Le jeune garçon qui voulait partir, qui voulait vivre la liberté libre. Le jeune garçon qui voulait écrire. Qui voulait vivre une vie poétique et déréglée. Qui voulait voir, qui voulait marcher. Parcourir le trajet Rimbaud.

J’avais marché à ma façon moins vite, de manière moins dure et intransigeante, mais j’avais parcouru le même trajet ; j’étais devant la maison de Roche et je pouvais me dire écrivain.

Ce livre est devenu un livre de chevet, que je prends pour relire une page ou deux. C’est un livre riche de liberté et de réflexions sur l’écriture, les autres, les philosophes et les écrivains, sur la marche, ses voyages.

Ce que j’ai vraiment apprécié dans ce livre et qui m’a emportée c’est la liberté de Tomas Espedal d’aller où il souhaite, d’écrire, de vivre sa vie sans se donner des contraintes, d’avoir des amis avec qui partager cela ou de partir seul.

Il a fait sienne la Terre en y vivant avec une certaine harmonie. J’ai apprécié ses observations et celui qui accepte les rencontres en toute simplicité, il est dans l’« Etre ».

Il m’a donné envie de lire d’autres livres de lui comme « Contre l’art » ou « Contre la nature. »

                              

J’ai envie aussi de découvrir un livre de William Hazlitt.

Présentation de l’éditeur :

Le romantisme, c’est le domaine des solitaires, des élégiaques. Et d’un des plus grands essayistes en langue anglaise, William Hazlitt (1778-1830), qui fut aussi peintre, vagabond, amoureux et un partisan exalté de la liberté individuelle. Un beatnik en redingote. Farouche, indomptable, drôle, clairvoyant, enthousiaste, amer, mélancolique. Les essais réunis dans ce livre nous font découvrir trois facettes complémentaires de sa personnalité : le goût du voyage solitaire (Partir en voyage), la prédilection pour le passé (Du passé et de l’avenir) et la vie en marge du monde, dégagée plutôt qu’engagée (Vivre à part soi). Un triptyque lumineux et jubilatoire.

 

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Ce petit joyau était dans ma PAL depuis décembre 2012. Je l’avais ouvert, feuilleté et je ne m’étais jamais lancé dans sa lecture.

Station Eleven

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Emily St. John Mandel

Rivages, 2016

Cela fait très très longtemps que je n’ai pas lu un roman post-apocalyptique mais c’est un genre que j’aime beaucoup. Celui-ci me faisait de l’œil depuis très longtemps. J’en ai apprécié la lecture.

La pandémie, une grippe venue de Géorgie a éradiqué 99% de la population mondiale. Ceci me semble un début tout à fait plausible. Bien sûr, on découvre des survivants, qui ne sont pas devenus des zombies, qui ont du faire face à un monde totalement différent. Déjà, comme il n’y a plus personne pour faire fonctionner l’ensemble des technologies, il n’y a plus d’eau, d’électricité, de pétrole et le monde est totalement désorganisé. Avec ce roman, on se retrouve sur la route avec la troupe de la Symphonie Itinérante qui est composée de musiciens et de comédiens. Cette troupe itinérante joue des pièces de Shakespeare et joue de la musique classique. J’aime que Shakespeare ait survécu à ce drame et apporte beaucoup d’espoir sur la place de l’Art. Le rythme, au début de l’histoire, est lent comme le rythme de déplacement de cette troupe. Ils se déplacent à pieds et les voitures sont tirés par des chevaux. On découvre cette troupe qui se rend dans une petite ville. On découvre leur histoire.

Tout le roman est un assemblage de moments : avant, pendant et après la pandémie. Les différents éléments de l’histoire se resserrent au fur et à mesure de la lecture. Les allers et retours dans le passé des différents personnages donnent un rythme au livre et permet de mieux comprendre tout ce qui s’est passé. On en découvre plus sur cette pandémie et comment les gens ont réagi à cela et se sont organisés. Ce qu’on découvre est tout à fait plausible.

Les romans post-apocalyptiques montrent souvent des hordes de gens violents et pillards qui sillonnent un territoire. Ici, ce n’est pas le choix qui a été fait par l’auteure. Les routes ne sont pas bien sûres mais les petites communautés sont paisibles et l’ordre, l’entraide y règne.

Comme toute la population a été quasiment éradiquée, toutes les personnes qui restent comptent et sont essentielles au bien être de la communauté. On suit aussi le destin d’un roman graphique « Dr Eleven » qui est l’œuvre qui occupa une partie de la vie de Miranda. On la découvre dans la conception tous les jours dessinant, traçant, écrivant et poursuivant son histoire. On suit l’itinéraire de ce roman graphique.

De l’espoir renaît à la fin de ce livre. L’auteure y montre toute l’humanité de chaque humain et que ces survivants ont conscience de leur chance d’être vivant et ont la volonté de faire au mieux. J’ai apprécié que cela soit un roman pour moi malgré tout réaliste et foncièrement positif sur le devenir de l’être humain en cas de catastrophe.

L’enfer, c’est l’absence de ceux qu’on voudrait tant avoir auprès de soi.

 

Une activité respectable

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Julia Kerninon

La brune au rouergue, 2017

 

J’ai adoré lire ce livre. Julia Kerninon nous entraîne dans sa vocation d’écrire qui a toujours été là. Elle a toujours écrit encouragée par ses parents qui lui ont offert à cinq ans une machine à écrire. Elle s’est toujours organisée pour pouvoir avoir du temps pour écrire.

J’ai retrouvé ici une attitude, une éducation, une philosophie de vie, un environnement, une volonté d’écrire qui est tout a fait respectable.

Des parents qui l’ont encouragée dans cette voie.

Une maison pleine de livres.

Un amour des livres.

La solitude face à la machine à écrire.

Julia Kerninon a de qui tenir. Ses parents ont vécu la vie qu’ils se sont choisis, loin certainement de la norme mais qu’est-ce que cela fait du bien de sentir ce vent de liberté.

C’est un livre que je vais relire afin de mieux apprécier encore chaque phrase écrite de manière très concise. Ce livre est très riche de pensées, de volonté. C’est un livre très positif et très encourageant pour tous ceux qui voudraient entrer dans ce dur labeur qu’est l’écriture. 

Mes deux parents croyaient aux livres, ils croyaient à la solitude, à la vie intérieure, à la patience, à la chance, ils croyaient aux bienfaits d’une planche à bois solidement fixée dans une alcôve de ma chambre sur laquelle poser ma machine à écrire, au fond, peut-être même qu’ils aimaient « le bruit » que faisait la machine électrique quand elle mitraillait d’un seul coup la phrase que je venais d’inscrire dans l’écran minuscule au-dessus des touches. Dans la famille, personne n’avait jamais gagné assez d’argent pour y croire, alors ils ne croyaient pas à l’argent, ils croyaient à l’expatriation, à la poésie, à la sobriété matérielle, ils croyaient que la littérature était une activité respectable.

J’écris des livres parce que c’est une bonne discipline, parce que j’aime les phrases et que j’aime ordonner les choses sur un document Word, j’aime compter les mots tous les soirs, et j’aime finir ce que je commence. J’écris des livres parce que, les miens ou ceux des autres, ils sont ce qui m’intéresse le plus.

 

J’avais apprécié grandement la lecture de ses deux autres romans « Buvard » et « Le dernier amour d’Attila Kiss ». J’ai eu la chance de la rencontrer lors d’une rencontre-débat dans une belle librairie. Est-ce que je fais partie des fans de Julia Kerninon ?

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