Reflets dans un œil d’homme

Nancy Huston

Actes Sud, 2012

Présentation de l’éditeur

Un dogme ressassé à l’envi dans la France contemporaine : toutes les différences entre les sexes sont socialement construites. Pourtant les humains sont programmés pour se reproduire comme tous les autres mammifères, drague et coquetterie étaient originellement liées à la perpétuation de l’espèce. Partant de ce constat simple mais devenu anathème, Nancy Huston explore les tensions contradictoires introduites clans la sexualité en Occident par deux phénomènes modernes : la photographie et le féminisme. Dans ce livre sensible et vibrant d’actualité, puissant et brillamment dérangeant, sur un ton personnel, drôle et pourtant informé, évoquant sans détours sa propre expérience comme celle des hommes qui l’entourent, Nancy Huston parvient à nous démontrer l’étrangeté de notre propre société, qui nie tranquillement la différence des sexes tout en l’exacerbant à travers les industries de la beauté et de la pornographie.

Mon avis

J’ai trouvé la lecture de ce livre très violente. Nancy Huston met des mots sur des choses que je n’aurai pas voulu savoir. Je savais bien sûr la plupart de ces choses mais c’est tellement déprimant. La femme, opprimée par atavisme, le comportement de ces mâles… Le caractère si sexué des hommes et des femmes, j’aurai voulu aller au-delà.

Voir dans une femme de 30 ans un être humain avec son identité propre et non vue par les hommes comme une proie car fécondable. Les femmes âgées, présentées comme n’ayant plus d’intérêt car non fécondable. Je suis passée au-delà de cela dans ma vie, tout occupée à vivre au mieux ma vie et à la vivre selon mes valeurs, mes désirs, libre et responsable de mes choix…

Les pages sur la prostitution sont très dures à lire. Je crois ne pas avoir saisi tout ce qu’a voulu nous dire Nancy Huston dans ce livre et le message qu’elle a voulu faire passer.

Nancy Huston fait référence tout au long du livre à Nelly Arcan, femme ayant un destin particulier, Camille Claudel, Virginia Woolf, Marilyn Monroe, Jean Seberg, cite des pages du journal d’Anaïs Nin, des personnages de roman comme celui de « La ballade de l’impossible » d’Haruki Murakami.

Nancy Huston a aussi interviewé des amis hommes sur différents thèmes de ce livre.

Le seul point positif se situe en conclusion où elle indique que de nouvelles interactions se sont développées au XXe siècle : l’amitié, la solidarité, la complicité dans le travail, la coopération à l’école… Et que cela devrait faire bouger les lignes.

Je vois que cela évolue très très lentement quand je vois l’attitude de certaines femmes de mon entourage au sein de leur famille, la façon dont elles éduquent leurs garçons et leurs filles. Etant mère de garçons, je pense avoir transmis certaines pensées et valeurs dites féministes. Je verrais ce que cela donnera dans leur vie d’adultes et leur relation aux femmes.

Une chose m’a manquée, c’est de ne pas avoir encore lu « Le deuxième sexe » de Simone de Beauvoir. Livre qui date mais qui semble être une référence encore.

Impression que tout ce que j’ai écrit ci-dessus est plutôt confus mais je suis ressortie de cette lecture avec l’esprit confus.

Sur Marilyn Monroe

Depuis l’enfance : personne pour l’aimer, la tenir, la regarder, la rassurer, l’aider à établir, entre son corps et le monde, la bonne distance, celle qui lui aurait permis de se sentir à peu près viable, lui aurait donné le droit de fouler la terre de ses pieds. Toute sa vie, Norma Jean Baker éprouvera le besoin pathologique d’être regardée, « prise » en photo, filmée, captée sur pellicule. C’est une addiction, ce besoin-là. Dans un premier temps, il est grisant de se sentir désirée à ce point mais, à la longue, le désir des hommes anonymes et innombrables vous bouffe et vous bousille.

 

Je remercie Jostein pour cette lecture commune. Cela m’a bien encouragée à lire ce livre. Vous retrouverez son avis ici.

Ce livre était dans ma PAL depuis 2013.

Eden Utopie

Fabrice Humbert

Folio, 2015

C’est un livre très surprenant de Fabrice Humbert où l’auteur se livre et relate tout un pan de l’histoire de sa famille. Cette famille à l’image des Rougon Macquart qui sont devenus des Macquart Rougon, où le déterminisme social n’a pas fonctionné. Fabrice Humbert y apparaît comme un enfant turbulent, puis comme un adolescent taiseux. C’est un récit de faits véridiques où Fabrice Humbert a procédé par entretiens auprès des membres de sa famille. Est-ce un récit ? un roman ? une autofiction ? Où se trouve la frontière entre la réalité et la fiction ?

Je suis un peu circonspecte par rapport à ce livre. L’idée de départ de relater une époque via l’histoire de sa famille est intéressante. On comprend que Fabrice Humbert a hésité sur la forme à donner à ce livre : entre le récit à base de témoignages et la fiction. Il a surtout évoqué de la branche de sa famille très bourgeoise, lui étant dans celle au départ plus humble. Cette branche bourgeoise qui a créé la Fraternité à Clamart et dont certains descendants ont été impliqués dans Action Directe. La lecture de ce roman a eu le mérite que je fasse quelques recherches sur internet pour avoir des précisions sur la Fraternité, Action directe…

Ce qui m’a le plus gênée c’est quand Fabrice Humbert parle de lui-même, un peu perdu dans cette histoire familiale, n’y trouvant pas sa place, semblant toujours décalé. Sa mère, par un mariage heureux le fait entrer dans un monde faste. Il fait la liste des personnalités qui viennent dîner, parle de ses essais dans la vie nocturne de Saint Tropez qui sont plutôt cuisants. J’ai trouvé ces parties très maladroites. Son mal être est elle la résultante de son histoire familiale ?

Je mets ce livre dans la catégorie de l’autofiction bien que la trajectoire de Fabrice Humbert ne soit pas celle d’une Annie Ernaux ou d’un Didier Eribon.

Nos âmes la nuit

Kent Haruf

Pavillons/Robert Laffont, 2016

Un soir, Addie Moore, septuagénaire, demande à Louis Waters, un voisin, s’il veut dormir avec elle la nuit. Discuter dans le noir et dormir ensemble. Rien de sexuel, là-dedans, juste de la compagnie.

Voici ce que raconte ce livre qui commence donc par cette demande un peu particulière. Je comprends cette demande. Le soir, quand on vit seul, est le moment où on ressent le plus sa solitude. Pour ma part, je situe ce moment précis où on éteint la lumière et où la nuit nous renvoie à sa solitude la plus profonde.

J’ai beaucoup aimé lire ce livre empli de douceurs.

C’est un livre simple et magique. Livre de bonheurs. Malgré les qu’en-dira-t-on, Addie et Louis poursuivent leur relation. Des embûches viendront perturber leur belle histoire mais ils sauront récréer leurs petites bulles de bonheur.

Livre doudou par excellence avec des personnages de bonne composition.

Petit livre à lire en période de tumultes.

 

Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre

Ruta Sepetys

Gallimard Jeunesse, Collection Scripto, 2011

 

Avec ce roman jeunesse plutôt sombre, j’ai découvert l’histoire de la Lituanie que je ne connaissais pas. En 1941, la Lituanie est sous occupation soviétique. Plusieurs milliers de personnes ont été tuées ou déportées. La Lituanie a perdu un tiers de sa population à ce moment là.

On suit aussi le destin de Lina, de sa mère et de son petit frère Jonas arrêtés chez eux en Lituanie et déportés après un long périple dans des camps de travail en Sibérie où beaucoup périrent.

Les soviétiques sont totalement inhumains et l’histoire racontée ici est tout à fait comparable à la déportation des juifs dans les camps allemands. Le long voyage en train et en camion, les conditions de vie les plus extrêmes éliminèrent les plus faibles d’entre eux. Ils travaillèrent à couper du bois, à cultiver les betteraves douze heures par jour pour gagner leur ration de pain journalière de 300g et surtout à vivre dans des conditions inimaginables.

La narratrice est Lina, cette jeune fille qui fêtera ses 16 ans dans ce camp. Elle a une mère exemplaire par son attitude altruiste qui prend soin des autres, partage ses moindres ressources, se restreignant pour les autres. Une telle attitude nous fait nous distinguer des animaux et donne à la dignité humaine ses lettres de noblesse. Lina se destinait à faire une école d’Art car très douée en dessin. Elle fait souvent référence à Munch. Par son regard, par ses dessins, on suit le parcours de tous ces pauvres gens dans l’Enfer soviétique. C’est un très beau récit qui nous fait vivre un moment terrible de l’histoire de ces Baltes sous la domination soviétique.

L’auteure s’est inspirée de son histoire familiale pour raconter son récit. C’est un livre à mettre entre toutes les mains !

 

Ce livre est enfin sorti de ma PAL où il y était depuis au moins 5 ans.

 

Le sanglier

Myriam Chirousse

Buchet Chastel, 2016

Lire ce livre après l’univers poétique de Mathias Malzieu et le livre coup de poing de Carole Zalberg « Je dansais » fut rude.

Ici nous entrons dans l’univers étriqué d’un couple trentenaire, Christian et Carole vivant de façon isolée à la montagne.

Un samedi par mois, ils se rendent à la grande ville faire des courses et rendre visite à la grand-mère de Carole. Ce livre, avec ses mots précis où l’imaginaire du lecteur n’a pas de place, raconte cette journée où ils prennent la voiture et se rendent à la ville.

Tout est dit : la petitesse de l’esprit de Christian, maniaque, ayant des TOC (penser à bien fermer la porte de la voiture), qui se sent agressé par tout, les bouchons sur la route, les autres, sa compagne… Tout pour lui est embûche, toutes les petites choses du quotidien l’empoisonnent. Pour moi, c’est une personne toxique que je fuirai immédiatement. Sa compagne, elle, subit.

La question serait de savoir comment arrêter de vivre comme un mouton. Ne plus faire toutes les semaines la même chose au boulot, la même chose le weekend, la même chose le samedi, la même chose le dimanche, et recommencer le lundi à faire la même éternelle chose de la semaine. Vivre autrement.

C’est un livre qui se lit d’une traite. On se sent oppressé dans ce déroulement de cette journée avec des personnes de mauvaise humeur.

J’avais choisi ce livre car j’aime les univers des gens qui se retrouvent isolés à la campagne, qui retournent à la simplicité, l’essentiel… J’imaginais leur choix de vie dans ce sens. J’aurai aimé en savoir plus sur l’univers de la ruralité, de leur rapport à la nature… J’avais adoré dans cette veine « La survivance » de Claudie Hunzinger. Elle parlait de livres, ce couple étant d’anciens libraires à la faillite qui trouvent refuge dans une maison délabrée avec leurs livres dans les Vosges.

« Le sanglier » est un livre qui nous emmène pas dans un rapport élégiaque à la nature mais nous entraîne dans le monde réduit du quotidien de personnes qui ne savent pas rêver et sont submergés par les petites choses du quotidien. Je pense aussi que ce n’est pas un couple qui s’aime mais leur couple est un échappatoire à leur solitude.

Moi, j’ai les pieds sur Terre mais je lève les yeux sur la vie, le ciel, les oiseaux, les couleurs de la vie, le sourire, la lumière, toutes ces petites choses qui embellissent le monde et mon cœur. Et aussi, ne subissons pas une vie qu’on ne souhaite pas ! 

 

Je dansais

Carole Zalberg

Grasset, 2017

 

J’ai été impressionnée par la force et la beauté des mots de Carole Zalberg. J’ai lu beaucoup de passages à voix haute pour mieux les entendre. La tension dramatique était au maximum dans cette histoire d’enlèvement et de séquestration pendant trois ans de Marie, une jeune fille de treize ans par ce monstre au visage défiguré. On entend les voix de cette jeune fille, de son bourreau, de ses parents mais aussi des voix de femmes qui ont du subir la violence des hommes.

La vérité, c’est que je suis soumise mais pas tout à fait vaincue. Envers et contre tout, j’espère encore un après lui. Alors je tiens. Je m’évertue à tenir.

Le début de cette histoire est un échange de regard dans la rue, le regard de Marie qu’elle ose poser sur celui qui deviendra son bourreau. Lui est défiguré par un accident, son visage n’est plus un visage et personne ne peut le regarder. Mais elle l’a fait. Cela deviendra une obsession chez lui, l’observer, la connaître et l’enlever. L’enlever pour lui.

Dans l’autre monde, celui que tes yeux ont créé en rencontrant mes yeux, tu es mienne comme ici et tu l’es par ce que tu le désires. Tu m’écoutes et m’étreins. Tu me répares. Sous ton regard et entre tes mains je suis indemne. Je suis avant l’accident.

Le ravisseur utilise des mots qui pourraient être beaux et magnifiques s’ils étaient dits par un amoureux transi mais néanmoins possessif. Mais le contraste entre ces mots et ses actes font qu’on ressent un sentiment d’horreur. Il y a en particulier un monologue de la page 47 à 68 où on sent tout le tragique, la tension dramatique. Dans ce monologue, il raconte sa vie, sa rencontre avec elle, ses espoirs. Il s’adresse à elle. Elle est devenue objet, une poupée, un objet sexuel dans ses mains. Marie, malgré, développe un instinct de survie.

Les premières fois, je chercherai à empêcher l’assaut. Mais j’ai appris. Mieux vaut l’immobilité. Quand il se consume, mieux vaut la pierre. Attendre au fond de soi. Ensuite, il me lavera, soignera les traces de sa brutalité, mendiera un pardon que je n’accorderai jamais. Et c’est lui, qu’il punira. Je le sais : d’abord, à coup sûr, il s’endort, mais plus tard, beaucoup plus tard, je l’entends hurler.

Au fur et à mesure de la lecture, on entend d’autres voix de femmes. Les femmes violées par des soldats en temps de guerre, les lycéennes enlevées par des fanatiques religieux, les meurtres de femmes à Ciudad Juàrez… pour finir par un « On ». Ce « On » représente pour moi toutes ces femmes actuellement ou à travers les siècles qui subissent ou ont subi le joug, l’oppression, la violence des hommes.

C’est une lecture extrême qui nous fait passer par toutes sortes de sentiments et aussi une lecture très déstabilisante. C’est un livre très fort qui laissera des traces dans mon esprit.

 

Journal d’un vampire en pyjama

Mathias Malzieu

Albin Michel, 2016

Faire le con poétiquement est un métier formidable.

C’est la première fois que je lis les mots de Mathias Malzieu. Ce livre fut un cadeau de mon amoureux pour la Saint-Valentin. Il m’a offert aussi le CD « Vampire en pyjama ». Oui, étrange cadeau me direz-vous que ce journal d’un homme extraordinaire qui raconte son combat avec une maladie rare pour une Saint Valentin. Je devais aller au concert Alcaline de Dyonisos et je n’ai pas pu y aller au dernier moment. J’ai profondément regretté quand j’ai vu le concert à la télévision. Et depuis le jour de cette Saint-Valentin, j’ai lu ce journal passionnant et j’écoute souvent en boucle le CD. Là, je l’ai mis pour écrire. Bon en l’écoutant, je chante et je suis à deux doigts de me mettre à danser. J’adore l’énergie de cette musique et de ces mots qui sont communicatifs.

On retrouve dans son livre toute la poésie de ces mots et l’énergie incroyable de Mathias Malzieu.

Inventer des histoires vraies me rend profondément heureux.

Son attitude et son esprit est exemplaire face à la maladie. Il compense par la création. On constate que l’équipe soignante est top et que les progrès de la médecine sont fabuleux et il reste bien sûr encore des tas de choses à découvrir. J’ai lu ce livre en une journée tellement j’étais happée par cette écriture, l’inventivité des mots, l’imaginaire de son auteur, cette énergie créative. J’ai aimé ses inventions de mots : appartelier, les nymphirmières…

Et surtout la langue utilisée… C’est clair Mathias Malzieu habite poétiquement le monde. C’est un modèle à suivre, avoir tous ce regard sur le monde en ferait un monde poétique et joyeux.

Ce livre transmet aussi que la vie est précieuse, qu’on en a qu’une et qu’il faut vivre tous les jours intensément.

Puisque je suis prisonnier de mon propre corps, je dois plus que jamais apprendre à m’évader par la pensée. Organiser ma résistance en mobilisant les ressources de l’imagination. Je vais travailler du au rêve de m’en sortir. Il me faudra une volonté en fer forgé. Un truc de marathonien. Foulée après foulée. Rythme et constance. Trouver l’équilibre entre la rigueur d’un moine et la fantaisie créative. Apprendre à faire le con poétiquement dans le cadre austère du couvre-feu que je dois respecter. Doser l’espoir au jour le jour. Transformer l’obscurité en ciel étoilé. Décrocher la lune tous les matins et aller la remettre en place avant la tombée de la nuit.                                                                                                             Un vrai boulot de néo-vampire.

Mathias fait un bel hommage aux livres et aux librairies. Jack Kerouac, Roal Dalh, Richard Brautigan et surtout Walt Whitman qui est cité plusieurs fois.

Bref, c’est un livre à lire et je me réjouis d’avance que j’ai encore tous les autres livres de Mathias Malzieu à lire.

Moi, dans tous les cas, ce livre m’a donné envie de manger des crêpes. Plat par excellence régressif et joyeux à partager avec les amis.