La nuit introuvable

Gabrielle Tuloup

Editions Philippe Rey, 2018

 

Un fils – Une mère

Un lien rompu depuis toujours.

Alzheimer et tout repart à zéro. Un fils redécouvre sa mère.

Tout s’explique.

Son inconstance auprès des femmes, ses fantasmes inaboutis.

Une écriture introspective qui nous donne le point de vue du fils.

La mère, atteinte d’Alzheimer, se dévoile parcimonieusement par des lettres adressées à son fils, écrites avant sa maladie et qu’il reçoit à un rythme d’une lettre tous les deux mois, lors de ses retours en France.

Des lettres. Le temps pour une mère de dire son amour à son fils. Son fils qui la vie durant a vécu difficilement le désamour de sa mère.

Sa mère a vécu un drame inimaginable avant sa naissance. Puis à la naissance de Nathan, son fils, elle a eu peur, peur de ne pas savoir le protéger. Elle a confié cette tache aux bras du père.

Ecriture tout au fil du rasoir. On ressent cette tension, le mal être de Nathan et sa difficulté dans ses relations avec les femmes. La fuite.

Ecriture qui nous fait entrer tout de suite dans la psychologie de son personnage. On ne s’y identifie pas mais on y est sensible. On comprend. On ressent de l’empathie pour Nathan.

J’ai beaucoup aimé cette relation compliquée mère/fils où chacun se dévoile, s’explique et se retrouve.

C’est une très belle histoire tout en nuances que nous raconte Gabrielle Tuloup.

Lu dans le cadre des 68 premières fois

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Trois jours avec Norman Jail

Eric Fottorino

Gallimard, 2016

Une jeune étudiante part à la rencontre d’un vieil écrivain, écrivain d’un seul roman mais qui n’a eu de cesse d’écrire chaque jour.

Ce livre est un dialogue entre les deux personnages. On découvre la vie de l’écrivain, sa maison, sa façon d’écrire… Dans le même temps, cet homme raconte beaucoup d’histoires. On ne sait pas ce qui est vrai ou pas.

On se retrouve à lire un de ses manuscrits avec cette jeune étudiante. Un manuscrit avec une obsession : Anna et ses variantes de chapitre 1.

Tout s’embrouille. On ne sait plus rien.

Je me suis ennuyée à la lecture de ce livre qui peut, peut-être, sembler jubilatoire à d’autres.

Je n’ai pas aimé ce ton.

Mais je vais persister à lire Eric Fottorino pour me faire un avis plus complet sur son écriture et ses romans.

 

 

Livre enfin sorti de ma PAL.

Chroniques de l’Université invisible

Maëlle Fierpied

Ecole des Loisirs, Collection Médium, 2010

Ce livre, je l’ai acheté en 2010 car quelqu’un avait comparé son univers à celui d’Harry Potter.

J’adore et j’ai adoré lire Harry Potter. D’ailleurs, j’envisage de lire le premier tome en lecture offerte à mes élèves à la rentrée. 

Ce roman pour jeunesse relate une Université qui enlève des enfants à leurs familles. Des enfants doués d’un don de télépathie : les Penseurs. On suit l’histoire de trois enfants : Mélusine, Tristan et Framboise et leurs découvertes de l’Université. On apprend que leur existence est effacée dans l’esprit de leur famille et de leurs proches.

Ce livre de 461 pages est destiné aux jeunes lecteurs capables de lire un petit pavé. Il est intéressant si on aime les histoires d’êtres différents tels que les vampires. On découvre l’Université et ses enjeux.

Il se lit facilement tout en voyant les scènes, les lieux, les personnages. Tout y est bien décrit.

Je lui ai trouvé quelques longueurs, peut-être est-ce dû à mon grand âge…

Ce livre est enfin sorti de ma PAL. Je l’ai lu à un moment où cela convenait bien à mon esprit, plutôt fatigué.

Vivre une vie philosophique – Thoreau le sauvage

Michel Onfray

Le Passeur, 2017

Je lis rarement du Michel Onfray mais ce livre m’a bien attirée car j’aime Thoreau et la vie qu’il a pu avoir.

Ici, ce petit livre vous donnera envie de lire Thoreau et de découvrir sa philosophie de vie qu’il applique au quotidien.

N’hésitez pas à passer le premier chapitre « Qu’est-ce qu’un grand homme ? », vous risquerez de ne pas lire la suite et de refermer le livre dès les premières pages. Vous lirez ce chapitre à la fin si vous le souhaitez.

Par contre, les chapitres suivants sont passionnants à lire.

Thoreau veut mener une vie philosophique, ce qui, chez lui, se confond avec mener une vie simple. Pas de travail au-delà de ce qui est nécessaire pour subvenir à ses besoins élémentaires. Pas de famille : avoir charge d’âmes, femme et enfant, c’est vivre pour eux, donc cesser de vivre pour soi. Pas de patrie : que signifient des frontières humaines quand la nature impose les siennes avec des montagnes et des plaines, des rivières et des océans ? Pas de liens : il ne veut dépendre de personne et ne souhaite pas non plus que d’autres dépendent de lui. Pas d’obligations morales à l’endroit d’autrui : la morale est une affaire entre soi et soi. Pas d’emploi du temps : il faut vire à son heure, selon ses besoins, en fonction de ses envies. Pas de vie mutilée, mais une vie inventée. Pas d’idéal séparé de la vie : il faut réaliser ses rêves, cheminer en compagnie d’un idéal. Pas de vie préfabriquée, mais une vie vécue comme une œuvre d’art, comme un création originale, sans double.

J’adhère totalement à cela bien que je ne l’applique pas au quotidien. Je me suis défaite de beaucoup de contraintes malgré tout pour vivre au plus près d’une vie qui me convient. C’est cette recherche d’être au plus près de soi, de ses désirs, de ses besoins qui doit nous animer tout au long de notre vie. Vivre une vie authentique. 

Mener une sorte de vie indienne

Son romantisme est primauté à la sensibilité : il fait du cerveau un organe à la traîne et demande à la totalité de son corps de le renseigner sur le monde. Voilà pourquoi, il ne boit ni thé, ni café, ni alcool, voilà peut-être aussi pourquoi il n’a pas de sexualité ou pas d’attache affective : pour disposer d’un corps très affûté afin de ressentir la moindre vibration du monde. Pensée d’Indien.

S’il est un naturaliste haut de gamme, Thoreau est également un fin lecteur. Il n’y a pas chez lui d’observation de la nature sans lecture, ni lecture sans observation de la nature. C’est ce contrepoint qui constitue son originalité : il est sensualiste, empirique, praticien, expérimental, mais aussi penseur, philosophe, lecteur, méditatif. Il vit dans les bois et il s’imprègne de la Bhagavad Gita ; il construit sa cabane et il médite les Lois de Manon ; il n’aurait rien contre manger du rat et il possède les Vies parallèles de Plutarque dans sa bibliothèque. Une bibliothèque dont il a établi le catalogue : on y trouve aussi bien Homère qu’une Histoire populaire des lichens anglais, Dante qu’un ouvrage sur les papillons anglais, Cicéron que des volumes racontant la recherche en Arctique, Shakespeare que des opus consacrés aux coquillages, Euripide que des manuels de topographie, Sophocle que des livres d’ornithologie, Locke que des essais sur la minéralogie ou la géologie.

Thoreau est un érudit proche de la nature et un curieux de ce monde.

Bref, j’adore ! La vie de Thoreau est inspirante et cette année, je vais continuer à le lire. J’ai le Tome 1 de son journal à lire (celui des Editions Finitude), le « Walden » aussi ainsi que la biographie de Thierry Gillyboeuf à lire « Henri-David Thoreau : le célibataire de la nature ».

Ta vie ou la mienne

Guillaume Para

Editions Anne Carrière, 2018

Présentation de l’éditeur

Hamed Boutaleb naît à Sevran, en Seine-Saint-Denis. Orphelin à l’âge de huit ans, il part vivre chez son oncle et sa tante à Saint-Cloud, commune huppée de l’Ouest parisien. Pour la première fois, une existence sans adversité s’offre à lui. Hamed saisit sa chance et s’épanouit avec une passion : le football. Il brille dans le club de la ville, où il se lie d’amitié avec l’un de ses coéquipiers, François.

À seize ans, le jeune homme tombe amoureux de Léa, qui appartient à un autre monde, la haute bourgeoisie. L’amour passionné qui les lie défie leurs différences et la mystérieuse tristesse qui ronge l’adolescente. Hamed touche du doigt le bonheur, mais celui-ci vole en éclats lorsque la jeune fille lui avoue que son père la viole depuis ses douze ans. Une nuit, le père de Léa est blessé au cours d une agression. Il en restera paralysé. Hamed est rapidement mis en cause avant d’être incarcéré.

En prison, où il passera quatre ans, la violence devient sa seule alliée. Par instinct de survie, il refuse de revoir Léa. Lorsqu’elle accouche d’un petit Louis, c’est François qui offre son réconfort à la mère et l’enfant, tandis qu’en détention Hamed sombre dans la haine et la colère.

Hamed et Léa se retrouveront, quelques années après. Mais leur amour, toujours présent, suffira-t-il à les réunir ?

Mon avis

Les personnages sont essentiels dans ce premier roman de Guillaume Para. Ils sont si présents au lecteur qu’on vibre avec eux. Même si au départ rien ne pouvait nous accrocher à eux, ils sont si terriblement humains dans leurs faiblesses, leurs difficultés et leurs questionnements qu’on s’attache à ceux-ci.

Les personnages tels que François, l’ami d’Hamed ou Jean-Louis, son compagnon de cellule à Fresnes contrebalancent par leur côté posé, fiable et leur gentillesse, les personnage si tourmentés d’Hamed et de Léa dans un premier temps.

C’est un livre humain, très humain montrant les chemins de certains qui se fracassent, comme si irrémédiablement, il n’y avait pas d’autres issues.

En commençant ce roman, on savait déjà cela d’Hamed, que même avec les étoiles qui ont gravité à certains moments autour de lui, son caractère, son tempérament, la construction de sa vie dès son enfance ne permettaient rien d’autres.

Guillaume Para a le don de faire vivre ses personnages et de nous les rendre proches.

Bravo !

Lu dans le cadre des 68 Premières fois

Les rêveurs

Isabelle Carré

Grasset, 2018

Ce roman autobiographique raconte la famille d’Isabelle Carré. La rencontre de ses parents. La famille maternelle qui éloigne sa mère célibataire enceinte pour ne pas heurter le qu’en-dira-t-on.

Leur vie entière s’est construite sur des apparences, il faut tenir son rang, continuer de vivre exclusivement avec ceux du même milieu, et tenter d’être, à leurs yeux, irréprochable, même si cette reconnaissance devait se payer cher ensuite.

La famille maternelle mène une vie aristocratique alors que la famille paternelle est plutôt modeste. Son père sera diplômé des Beaux Arts et assumera son homosexualité plus tard, ce qui provoquera la séparation de ses parents. Sa mère est schizophrène.

Isabelle Carré s’est construite dans cette famille où elle sera plutôt livrée à elle-même.

Elle vivra seule d’ailleurs dans un studio à 15 ans. On découvre ces tentatives de suicide jeune. La fragilité d’Isabelle Carré vient certainement de là.

J’aime ce passage sur les livres et la lecture.

Et tout au fond du couloir, derrière un rideau de Chintz, se cachait une impressionnante collection de livres de la Bibliothèque verte ou rose, à côté d’une centaine d’autres plus anciens. Avec leurs couvertures de cuivre frappé d’or, l’intérieur recouvert de papier cuve, ils ressemblaient à des trésors sauvé d’un naufrage, ils devaient être rares, d’une valeur inestimable. J’aimais y mettre mon nez pour respirer longuement l’odeur du papier jauni, une odeur âcre, poussiéreuse, mais pleine de promesses, rassurante. Ces livres en avaient vu d’autres, ils restaient là, quoiqu’il arrive, vivants, nous attendant patiemment, au milieu de nombreuses toiles d’araignées et de leurs cadavres recroquevillés, accrochés au plafond, aux angles de la pièce, à ses moindres recoins. Shakespeare, Hugo, Beaumarchais, Dumas, Balzac, Schiller, Stefan Zweig…

Plus tard, à l’adolescence, j’eus le sentiment qu’ils s’abîmaient dans toute cette poussière, oubliés là, relayés au second, derrière leurs vieux rideaux, alors, de temps en temps, j’en volais un.

Je le cachais dans ma valise et l’emmenais à Paris. Moi, je saurai l’aimer, me disais-je pour me justifier. Personne ne les réclamait jamais, personne ne semblait s’apercevoir de leur disparition. Je me félicitais de les avoir sauvés de l’indifférence et du voisinage des innombrables mouches, retournées sur le dos, alignées en colonies sur le sol ou prises dans les toiles d’araignées.

Leur présence m’a toujours rassurée, et il m’arrivait d’en glisser un sous mon oreiller ou de m’endormir en le tenant serré contre moi, je devais imaginer que quelque chose d’eux infuserait pendant mon sommeil. Peut-être recevrais-je leur force en bons compagnons, me réveillant plus solide, imprégnée de leur savoir.

Tout au long du livre, on sent son rêve d’avoir une famille normale. Mais je crois qu’on fait tous ce rêve. Aucune famille ne semble normale je pense. Le microcosme familial, qui a du être étudié sous toutes ses coutures, est source de tensions positives ou négatives. On vit cela enfant sans trop se poser de questions mais avec l’âge on se rend compte de ses incongruités. Les manques et les excès familiaux expliquent beaucoup de choses. Et tout cela reste malgré les années qui passent. 

Malgré tout, Isabelle Carré est cette actrice qu’on connaît. Son écriture est à son image, épurée et essentielle dans les choix de ses mots. J’ai aimé cette écriture sensible. 

Ma curiosité de mieux connaître le parcours de cette actrice que j’apprécie m’a fait lire ce premier roman. Mais est-ce que je l’aurai lu sous couvert d’un nom anonyme. Pas sûr…

Rêver un impossible rêve… Tenter sans force et sans armure d’atteindre l’inaccessible étoile…

 

Lu dans le cadre des 68 premières fois

 

 

 

 

Apprendre à lire

Sébastien Ministru

Collection « Le courage », Grasset, 2018

J’ai apprécié la lecture de ce roman dont le thème central est la relation d’un fils de 60 ans avec son père.

J’ai apprécié la lecture fluide et simple mais riche apportée par cette écriture tout en retenue.

On découvre ce narrateur pourtant jeune mais vieux qui doit prendre soin de son père et cela ne s’annonce pas facile face à ce père plutôt acariâtre.

Ce père vieillissant qui devient dépendant avec l’âge n’est plus ce père que le narrateur a connu plus jeune et à qui il avait pu faire mille reproches. Les relations sont très complexes entre réminiscences du passé et les contraintes du quotidien de la vieillesse.

S’y adjoint le thème du couple, sa sexualité inexistante, l’amour malgré tout.

La prostitution.

Et ce personnage, Ron, que j’ai trouvé très attachant et intéressant qui avec sa jeunesse a tout compris de la vie. Il sait où aller et comment faire pour y aller sans s’encombrer du passé.

Ce dernier, voulant devenir instituteur, se retrouve à apprendre à lire et écrire au père acariâtre du narrateur. Et on découvre ou redécouvre que oui, certaines personnes n’ont pas pu aller à l’école et pu apprendre à lire. Elles se sont retrouvées à la marge silencieuse du monde. Ce jeune homme a fait beaucoup pour remettre sur les rails cette famille pour qui le mot « famille » ne signifiait plus rien.

L’écriture de Sébastien Ministru promet beaucoup. Il sait nous faire entrer dans la psychologie des personnages et leurs dilemmes.

Le narrateur a su accompagner la fin de vie de son père et dans le même temps, cela l’a aidé à se libérer des tensions du passé.

Voilà, j’ai aimé ce livre.

Lu dans le cadre des 68 premières fois