Le Nord du Monde

Nathalie Yot

Editions La Contre Allée, 2018

Ce roman commence comme une fable, une femme fuit vers le Nord pour échapper à l’homme chien. Mais on commence par aller au-delà du périphérique pour aller vers le Nord de la France et ensuite elle traversera d’autres pays pour approcher du Nord, le grand Nord. Cette fuite la met dans l’urgence. Elle court mais des rencontres la feront se poser dans certaines villes et cette pause la fera avancer dans ce qu’elle souhaite. Elle se sentira forte et aura plus de ressources. Elle aura de l’importance auprès de certaines personnes et cela la reconstruira mais rien ne lui est donné.  On la suit dans son périple en respirant l’atmosphère de chaque lieu traversé. Ce roman se lit en un seul trait.

L’écriture est poétique et aussi très efficace. Tout n’est pas dit, on lit aussi entre les lignes qui permet de s’interroger sur le personnage, mais aussi sur les gens qu’elle croise.

C’est un premier roman et cette écriture est très prometteuse.

Lu dans le cadre des 68 Premières Fois

 

 

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Simple

Julie Estève

Stock, 2018

Ce livre, tant apprécié par toutes les personnes que je connais et qui l’ont lu, est resté fermé à mon esprit. Je n’ai pas aimé être emprisonnée dans l’esprit d’Antoine Orsini, le Baoul, le simple de ce village de Corse.

L’ouverture commence par son enterrement et ensuite nous sommes plongés dans sa vie et sa vision propre du monde. C’est une lecture obsessionnelle à l’image de l’esprit d’Antoine. Sa vie et ses pensées m’ont semblées si tristes bien qu’il ait un point de vue original sur les choses de la vie. Sa vie et tout ce qu’il a subi ont semblé si rude que cela a fait naître chez moi un sentiment de profonde tristesse. Je n’aime pas être plongée dans ce genre de sentiment quand je lis un livre.

Cela m’interroge sur ce que j’attends d’une lecture. J’attends tout. J’aime découvrir un univers, pénétrer la psychologie d’un personnage, m’identifier parfois à ce personnage et tout voir à travers ses yeux, comprendre certaines choses du monde actuel par les mots d’un écrivain, j’aime être émue, rire, sourire, pleurer, être révoltée… Je vis beaucoup mes lectures. Et ces derniers temps, je me suis rendu compte que je n’arrivais plus à lire certains livres : par exemple, ceux où le narrateur fait revivre sa relation avec son père… Lire « Mon père » dans un roman dernièrement m’a complètement bloquée, j’ai compris que tout le roman faisait revivre le père du narrateur. Là, ce simple m’a certainement rattaché à une simple si proche de moi qui a très mal vécu la confrontation à notre société. Cela explique peut-être certainement ma profonde tristesse.

Cela n’enlève en rien le talent d’écriture de Julie Estève.

 

Lu dans le cadre des 68 premières fois qui a choisi de mettre en avant ce deuxième roman de Julie Estève.

 

Femme à la mobylette

Jean-Luc Seigle

J’ai Lu, 2018

Après avoir lu et apprécié « Je vous écris dans le noir » pour le Grand Prix des Lectrices de ELLE 2016, j’avais envie de découvrir un autre titre de Jean-Luc Seigle et ce choix s’est porté sur « Femme à la mobylette ». Le titre déjà m’intriguait. J’ai été heureuse de retrouver l’écriture de Jean-Luc Seigle dans ce portrait de femme, Reine dont la vie ne semble pas être aussi majestueuse que son prénom.

Mère, élevant seule ses trois enfants, suite au départ de son compagnon, vivant en pleine cambrousse, dans une masure gardant trace de sa vie commune désordonnée. Sans moyen de transport, elle ne peut travailler dans cette campagne isolée. En rangeant la montagne de ferraille du jardin, elle trouve une mobylette en bon état et c’est le début d’un nouveau départ : un travail où elle peut exercer son talent, l’amour charnel et plus avec Jorgen, la vie heureuse avec ses enfants…

On baignera dans cette conquête de la liberté et de l’indépendance trouvée. Ses enfants occupent une place importante dans son esprit. L’ouverture du livre est inquiétante liée à une incertitude dramatique. Ce passage est tout en tension dans la nuit profonde où se trouve Reine. Cette nuit tendue à l’extrême exprime le désarroi le plus total où se trouve cette jeune femme de 35 ans. Sombrer pour mieux repartir. C’est ce qu’elle fera selon son point de vue. Un autre point de vue sera celle de son avocate qui nous plongera dans une toute autre réalité.

J’ai retrouvé dans l’écriture de Jean-Luc Seigle son attachement tendre à ses personnages. Nous sommes touchés par cette femme qui nous montre beaucoup de courage et qui veut avancer. J’ai lu ce livre comme un témoignage de la vie de beaucoup de femmes seules qui élèvent seules leurs enfants et qui peuvent être vite submergées et où tout devient très compliqué. Rouler en mobylette à une autre époque était un symbole de liberté et de défiance. J’ai vu ce personnage ainsi : une femme libre vivant ce qu’elle a à vivre et se défiant du regard des autres. Cette liberté l’a menée à sa fin.

La fin du roman est amère à l’image de la fin de Renée dans « L’élégance du hérisson » de Muriel Barbery.

A lire pour ce personnage et cette écriture toute en sensibilité.

 

 

Vers la beauté

David Foenkinos

Gallimard, 2018

Commencer à lire un roman de David Foenkinos, c’est comme ouvrir un emballage d’un bonbon acidulé et savoir qu’on va y prendre du plaisir. La prose de David Foenkinos a cet effet de m’apporter beaucoup de bien être. Il a le don de nous embarquer dans ses histoires et j’ai beaucoup apprécié celle-ci qui nous embarque au Musée d’Orsay devant le tableau de « Jeanne Hébuterne assise » de Modigliani et dans l’histoire d’Antoine, professeur à l’Ecole des Beaux Arts de Lyon qui décide de quitter son travail du jour au lendemain et de devenir gardien au Musée d’Orsay.

Ce roman, je l’ai savouré sur plusieurs jours. Pourtant, tout le roman tourne autour d’un drame arrivé à une jeune fille au talent artistique prometteur. Je suis passée par plein de sentiments : la colère, la tristesse mais aussi le sourire, le rire car le personnage principal nous fait rire par sa maladresse. Les personnages masculins de cet auteur sont toujours un peu naïfs.

Le monde de l’Art présent par le Musée d’Orsay, l’Ecole des Beaux Arts, ce tableau de Jeanne Hébuterne m’a vivement intéressé.

Voilà, j’ai lu passionnément ce roman !

Dès le week-end suivant, elle acheta des pinceaux et des tubes de peinture. Elle voulait commencer de manière artisanale ; à cet instant, le désir était plus fort que l’inspiration. Elle ne savait pas quoi peindre. Peu importait. Le simple fait d’avoir un chevalet face à elle, un tablier et une palette de couleurs la remplissait d’une satisfaction totale ; le préliminaire à la création est déjà une extase en soi. Elle pensa :

« Ce que je fais, c’est ce que j’ai toujours voulu faire. » Elle venait de déchiffrer une intuition qui flottait dans son corps. Celle de se vivre comme une artiste. Tout ce qu’elle avait vécu jusqu’à maintenant n’avait été qu’une attente inconsciente ce qui se passait là.

La guérilla des animaux

Camille Brunel

Alma éditeur, 2018

Ce livre est essentiel, dans le sens où Camille Brunel y expose des faits et une pensée qui va à l’encontre de la pensée dominante qui est le spécisme.

Ce livre est une ouverture et une prise de conscience sur les droits des animaux et pourquoi les humains se sentent avoir le droit de les consommer, les enfermer, les tuer… Enfant, j’avais bien remarqué que les animaux dans les zoos tournaient en rond et avaient un regard vide. Je ressortais de ces endroits avec une infinie tristesse. Je ne vais plus dans les zoos. J’ai suivi par contre la naissance de ce petit panda et ses aventures dans ce grand zoo français et je m’étais dit que c’était bien car c’est une espèce en voie de disparition mais on devrait à la base protéger leur environnement naturel afin qu’ils puissent évoluer en liberté. Je ne pourrais pas regarder Camille Brunel en face car je mange des produits animaux (viande blanche, oeufs, poisson, fromages etc), j’ai des chaussures en cuir… 

Revenons à ce livre. Ce livre est une succession de courts chapitres avec deux personnages principaux, un homme et une femme qui pour faire valoir leurs idées vont faire preuve de violence à l’encontre des hommes et vont être radical face à leur attitude face aux animaux sauvages. Une scène d’entrée dans le roman nous scotche et nous glace d’effroi. Ces courts chapitres vont revenir sur le massacre des dauphins dans la baie de Taiji, parle de SeaWorld, SeaSheperd et aussi de Di Caprio… Camille Brunel y expose une multitude de facettes sur ces enjeux de la cause animale à travers notre planète et nous offre à saisir la grandeur de la petitesse humaine à user et abuser d’une supériorité qu’elle s’est octroyée vis à vis des autres espèces. Oui, nous sommes une espèce parmi d’autres. La fin de ce roman qui se situe dans un futur  proche semble évidente.

Notre vieux monde doit changer. Toutes nos conceptions obsolètes sont à revoir. On doit refonder une nouvelle société. Mais comment faire cela sans la guerre ? La prise de conscience, des actes quotidiens, l’éducation…

Un roman qui questionne et nous invite à aller plus loin. 

La rencontre des baleines était un spectacle parfait : le plus beau possible. L’art humain, dans ses derniers soubresauts, ne servait plus qu’à embaumer l’abjection ; le cinéma lui-même s’était fait mémorial de la honte, pensa Isaac, unique moyen de rappeler aux masses qu’elles arrivaient après l’innocence. Toutes les oeuvres d’art réunies, littérature, architecture, peinture, cinéma, ne valaient pas le centième de cet instant où une seule baleine avait daigné percer la pellicule des flots et faire entendre l’écho de la vieille promesse du bonheur sur Terre. Le choc n’était pas seulement sentimental, il était esthétique : il n’y avait plus aucune raison d’écrire, de construire, de peindre, de tourner ; il fallait venir ici, Pacifique Nord, et voir ça, squale offert aux puissances de la gravité. La surprise d’avoir été jugé digne de voir ce qui s’était créé de plus grand, de plus doux et de plus aimable à la fois – sans éprouver le besoin d’en concevoir d’admiration pour personne, sinon la baleine qui n’y était pour rien et ne s’en souciait pas – justifiant tout le reste. La vie entière était le chemin laborieux vers ce spectacle – là, aucun autre. 

Lu dans le cadre des 68 Premières fois

 

Einstein, le sexe et moi

Olivier Liron

Alma éditeur, 2018

 

Olivier Liron se confie, communique sur sa différence, il est autiste Asperger. Dans le même temps, il raconte avec beaucoup de mordant son expérience à « Questions pour un Champion » avec Julien Lepers. Ou c’est plutôt l’inverse. Cette partie est très drôle.

Tout le déroulement de cette expérience est entrecoupée d’insertion dans sa vie. Enfant, adolescent, ce qu’il a vécu ou subi est innommable tant que c’est violent, humiliant, destructeur. J’ai honte pour ces adultes qui ont laissé faire cela. J’ai honte aussi de la stupidité de ces jeunes. Je parle de honte qui me met hors de moi. Pourquoi cela ? Pourquoi cette violence ?

Il me semble qu’Olivier Liron a eu son diagnostic d’autiste Asperger très tard.

On apprend beaucoup sur ce trouble. Malgré cette violence subie à l’école, Olivier Liron a été un excellent élève et a eu un parcours incroyablement exemplaire. Ce livre est très touchant car Olivier Liron nous touche par ses mots, par son être et son vécu. Et Olivier Liron communique, communique incroyablement bien. Il nous fait entrer dans ses pensées, son fonctionnement et c’est passionnant. Il a une énergie communicative. On a qu’une seule envie : le prendre dans ses bras et de rire, de nous, des autres.

J’ai rencontré Claire à la résidence universitaire de Lyon, à Normale sup. Claire suivait des cours au conservatoire, elle voulait devenir danseuse contemporaine. On était colocataires. A force de lui lire le Cantique des cantiques, Claire a compris que j’avais besoin de compagnie et d’un peu de tendresse. A cette époque-là, je passais mes nuits à apprendre par cœur les Illuminations de Rimbaud. Je les enregistrais sur un petit dictaphone et je les écoutais en boucle. Je lisais aussi à Claire la Confession d’un enfant du siècle et Claire s’endormait dans les cinq minutes. On s’entendait bien. On a voulu écrire un ballet à partir de la Cantate à trois voix de Paul Claudel. J’ai demandé les clés de la salle de musique où il y avait un piano et j’ai composé la musique. J’étais persuadé de créer une musique extraordinairement romantique. Claire dansait merveilleusement bien et inventait toutes sortes de chorégraphies.

J’aurais voulu lui dire que je ne m’accordais pas le droit d’être moi-même, qu’on ne m’avait jamais accordé le droit d’être moi-même, et que j’avais l’impression d’être mon propre tyran en permanence, mon propre monstre. J’ai un monstre en moi. C’est ça que je voulais lui dire ? « Barbara, je t’aime. J’ai un monstre en moi et je me bats au quotidien contre la haine. »

J’ai hâte de découvrir son premier roman « Danse d’atomes d’or ».

Lu dans le cadre des «  68 premières fois ».

 

Fais de moi la colère

Vincent Villeminot

Les Escales, 2018

 

Ismaëlle, Ezéchiel.

Histoire lue dans un souffle.

Vincent Villeminot écrit aussi pour les adolescents et je vois très bien comment il peut les attraper dans les filets de son écriture.

Quand j’ai refermé ce livre, cette lecture m’a fait retourner vers mon adolescence et à la lecture exaltée des « Nourritures terrestres » de Gide et de son personnage Nathanaël.

Voilà une écriture exaltée mêlée à du fantastique, cette bête énorme, mangeuse de cadavres, tapie au fond du Lac Léman que les deux héros vont aller chasser sur leur petit bateau plusieurs jours de suite.

Le portrait d’Ezéchiel, africain, offre une image extravagante du diable auprès de cette population autochtone.

J’ai apprécié le personnage de cette jeune fille de 17 ans, Ismaëlle qui prend sa vie en main au décès de son père en reprenant son travail de pêcheur sur le lac. Elle affronte comme son père la Solitude.

Ce livre est une aventure à vivre. J’ai beaucoup aimé ce style d’écriture qui vous emmène dans un tourbillon : des petits moments de prose essentiel, des textes plus longs où on se retrouve dans l’histoire et l’action, les monologues intérieurs des personnages, des dialogues, des phrases courtes. Tout cela crée un rythme qui nous fait varier les moments de lecture.

J’aime la lecture pour adolescents, je me pencherai sur les autres livres de Vincent Villeminot.

Lu dans le cadre des 68 premières fois.