Nous rêvions juste de liberté

Henri Loevenbruck

Flammarion, 2015

La quatrième de couverture :

«Nous avions à peine vingt ans et nous rêvions juste de liberté.» Ce rêve, la bande d’Hugo va l’exaucer en fuyant la petite ville de Providence pour traverser le pays à moto. Ensemble, ils vont former un clan où l’indépendance et l’amitié règnent en maîtres. Ensemble ils vont, pour le meilleur et pour le pire, découvrir que la liberté se paie cher. Nous rêvions juste de liberté réussit le tour de force d’être à la fois un roman initiatique, une fable sur l’amitié en même temps que le récit d’une aventure. Avec ce livre d’un nouveau genre, Henri Loevenbruck met toute la vitalité de son écriture au service de ce road-movie fraternel et exalté.

Mon avis :

Cela faisait longtemps que j’avais envie de lire ce livre. Déjà, le titre m’attirait « Nous rêvions juste de liberté ». La photo de couverture illustre bien ce livre, le monde de la moto et de la route. Vivre le temps d’un livre dans un monde inhabituel avec des codes différents. Vivre au milieu de jeune gars qui après bien des péripéties prennent la route sur leur moto. Suivre ce Hugo devenu Bohem. Connaître le club des 1%. Rouler dans les paysages américains. Mettre à l’épreuve la fraternité de cette bande qui ne résistera pas au passage du temps. La sensibilité sous la dureté. Hugo devenu Bohem et qui le restera. Henri Loevenbruck a su écrire de façon très forte tout ce qui se passe, tout ce qui se joue dans la relation entre ces personnages. C’est un livre exaltant qui nous fait réfléchir à ce que nous sommes, à notre vie, à nos rêves de jeunesse. C’est un livre qui nous fait dire que la vie est précieuse et qu’il faut la vivre comme on l’entend. J’ai beaucoup aimé être transportée par cette histoire et cette écriture.

Le désert fait partie de mes plus beaux souvenirs à bécane. Le désert, c’est du vide vachement bien décoré. Et le vide, c’est toujours de l’espace de gagné pour la liberté.

J’ai roulé dans le désert, j’ai roulé sur les montagnes, j’ai roulé dans le soleil et la neige, j’ai vu des terres familières et des territoires inconnus, j’ai vu des forêts et des lacs, des champs et des collines, des routes bien droites et des lacets, des pentes et des plaines, j’ai vu mille visages, mille paysages, j’ai connu les joies sublimes et le désespoir, la peur et l’espérance, j’ai connu les pannes, de fuel et de courage, j’ai connu la haine et l’amitié, la faim, le froid, la canicule, j’ai reconnu des frères, enlacé des passantes, j’ai bu dans mille bars, dormi sous mille étoiles, j’ai cru mourir mille fois et dans mes songes, toujours, il y avait notre bande, il y avait Melaine, il y avait Oscar et il y avait Freddy.

– Elle fait partie de toi maintenant. T’es un 1%, Bohem, essaie de toujours le rester. Essaie de ne jamais oublier tes rêves. La vie, les gens, tous essaieront de t’empêcher d’être libre. La liberté, c’est un boulot de tous les jours. Un boulot à plein temps. Cette bague, elle est là pour que t’oublies jamais.

          

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Création du Grand Prix des Blogueurs Littéraires

Je vais participer !!!! C’est une super idée !

Agathe The Book

Longtemps, les blogueurs ont été peu reconnus et peu crédibles. Petit à petit, ils sont devenus réellement influents par la multiplicité et la visibilité des réseaux. L’avènement d’instagram et de chroniques accessibles à tous a renforcé cette influence, là où la bienveillance et l’ouverture d’esprit des blogueurs contrastent de plus en plus avec l’avis tranchant ou biaisé des grands intouchables de la littérature française.
N’ayant souvent comme formation littéraire que leur expérience et leur amour des livres, ils sont pour autant tout à même d’émettre une critique fondée sur le style narratif ou l’intrigue d’un roman. Les auteurs recherchent de plus en plus leurs avis et les maisons d’édition font appel à eux pour nombre de partenariats. L’absence notable de rémunération leur confère ainsi une impartialité et objectivité uniques. Les blogueurs et les blogueuses sont avant tout des passionnés ouverts sur le monde, ayant à coeur de partager leur centre…

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Trois chevaux

Erri de Luca

Folio, 2016

J’ai énormément apprécié ce roman, le premier que je lis d’Erri De Luca. Le narrateur est un homme droit qui a partagé sa vie entre l’Argentine et l’Italie ainsi que la vie de deux femmes aimées. Il a vécu un drame en Argentine sous la dictature militaire et a du fuir en Italie. C’est un homme qui vit simplement, vivant de ses dons de jardinier, d’habitudes (manger dans le même petit resto le midi tout en lisant), disponible aux autres en vivant une certaine solitude. L’écriture est sereine et aussi distante par rapport aux affres vécus par son narrateur. Une certaine philosophie ressort de ce petit livre : il faut avancer dans la vie et être à l’écoute des autres offre des possibilités, des rencontres, des occasions qui modifient le cours de la vie…

Je lis des vieux livres parce que les pages tournées de nombreuses fois et marquées par les doigts ont plus de poids pour les yeux, par ce que chaque exemplaire d’un livre peut appartenir à plusieurs vies. Les livres devraient rester sans surveillance dans les endroits publics pour se déplacer avec les passants qui les emporteraient un moment avec eux, puis ils devraient mourir comme eux, usés par les malheurs, contaminés, noyés en tombant d’un pont avec les suicidés, fourrés dans un poêle l’hiver, déchirés par les enfants pour en faire des petits bateaux, bref ils devraient mourir n’importe comment sauf d’ennui et de propriété privée, condamnés à vie à l’étagère.

Ainsi toute la journée je suis dans un jardin où je m’occupe d’arbres et de fleurs, où je reste silencieux de bien des façons, pris par quelque pensée de passage, une chanson, la pause d’un nuage qui enlève au dos soleil et poids.

Il est étrange de se savoir perdus tous les jours sans jamais se dire adieu.

Les jours se passent comme ça. Le soir, chez moi, j’écrase des tomates crues et de l’origan sur des pâtes égouttées et je grignote des gousses d’ail devant un livre russe. Il rend mon corps plus léger.

C’est ce que doivent faire les livres, porter une personne et non pas se faire porter par elle, décharger la journée de son dos, ne pas ajouter leurs propres grammes de papier sur ses vertèbres.

La part des nuages

Thomas Vinau

Editions 10/18, 2017

C’est l’histoire de Joseph et particulièrement l’histoire d’une semaine un peu particulière. Le fils de Joseph part une semaine chez sa mère et Joseph se retrouve devant ce grand vide et cette longue semaine. Il décide de faire l’école buissonnière, de se porter pâle au travail et de s’installer dans la cabane du jardin. Il prépare cela en faisant des provisions (Nutella, cubis de vin, saucisson, vodka, camembert, cacahuètes…). Il va donc élire domicile durant cette semaine dans la cabane du jardin construite de ses mains. C’est une cabane construite dans un arbre pour son fils, elle est à 1m50 du sol. Il régresse, ne se lave plus comme le ferait certains ados et vit en dehors du temps contraint. Ce temps est une parenthèse dans sa vie. Des retours en arrière, des considérations sur l’instant présent, le vide de la vie, son adaptation à la vie…

J’ai eu peur. J’avais peur de grandir. Peur de devenir comme tout le monde. Peur d’accepter cette drôle de farce. Peur de passer à côté. Peur de la médiocrité. Et puis j’ai un peu voyagé. J’ai eu deux trois amis. J’ai lu deux trois livres. J’ai rencontré deux trois femmes. Je me suis dit que cela valait la peine. De jouer le jeu. D’accepter la farce. Alors je m’y suis mis. J’ai trouvé une place. J’y ai fait mon trou. J’ai aimé quelqu’un. J’ai eu mon fils. Alors j’ai eu peur pour lui. Peur de demain. Peur de la mort. Des enculés d’en face. Toujours plus forts. J’ai eu peur pour lui. Peur de ce qu’il allait devenir. Peur de ce que j’étais devenu. Maintenant j’ai peur de ce que je ne deviens pas. Et puis j’en ai marre d’avoir peur. Ca ne marche plus d’ailleurs. Je n’ai plus peur. J’en ai juste marre.

J’aime la poésie des mots de Thomas Vinau, de ses métaphores et comparaisons. C’est une prose très poétique, très riche. Les phrases sont courtes comme autant d’injonctions à vivre l’instant tel qu’il se présente. On comprend malgré tout que le narrateur n’a pas encore digéré la séparation avec la mère de son fils. J’aime beaucoup le fait que Joseph, le narrateur s’isole dans son jardin, dans cette cabane qui représente la liberté, la liberté de s’écarter du train-train quotidien.

J’avais beaucoup aimé « Ici ça va » qui m’avait littéralement transportée d’émotions. Le prochain de cet auteur sera certainement « Nos cheveux blanchiront avec nos yeux » ou bien son dernier « Le camp des autres ». Dans tous les cas, je vais continuer à lire cet auteur.

Leçons particulières

Hélène Grimaud

Editions Robert Laffont, 2005

Hélène Grimaud est une grand pianiste avec un agenda surbooké. Aucun hasard n’est laissé dans sa vie, sa vie est rythmée par ses nombreux concerts et sa carrière de pianiste. Chaque instant est programmé.

Lorsqu’on travaille, on est forcément dans une solitude absolue. J’entends par là que, au moment de la création, on ne peut être que seul : il est impossible, alors, d’appartenir à une école ; mais de la même façon, il est tout aussi impossible de vouloir faire école, à moins d’être maître d’école buissonnière. La difficulté consiste à rester juste entre les deux, à ce point d’équilibre parfait qi vous conduira à simplifier, simplifier toujours pour aller à l’essentiel.

Elle se retrouve à avoir trois semaines devant elle sans contrainte aucune. Elle était arrivée à un niveau de saturation où la contrainte l’avait remportée sur le plaisir de jouer. Elle décide de partir seule en Italie, elle croisera des personnes (un professeur pris en voiture, une jardinière dans un couvent…) qui la feront s’interroger sur sa vie , son métier, l’art, la musique, le bonheur… C’est un récit initiatique qui la fera progresser dans sa vie et sur sa vie. Elle abordera sa vie, suite à ce voyage, d’une autre façon.

– Je vais partir pour Venise et ce qui sera important dans notre rencontre, ce ne sera pas vous pour moi, ni moi pour vous, nous le savons toutes les deux, mais ce sera ce qui continue entre nous, la densité de l’espace que nous venons de créer. Ce sera d’exprimer dans ce que vous écrirez désormais, dans la manière que vous aurez d’imaginer votre jardin, ce qui a fructifié entre nous, et que je dirai à mon tour en jouant du piano. Ce qui compte, c’est la façon dont, dorénavant, votre regard va éclairer mes paysages et comment cette lumière pourra chasser ce qui hier, pour moi, était encore dans l’ombre. Ainsi, nous nous reverrons souvent ; nous nous reverrons sans cesse.

J’ai apprécié l’écriture avec des envolées poétiques, la passion des mots et la vie engagée de la narratrice, l’importance de son maître en musique. On sentait aussi le soleil de l’Italie à travers ses mots. Un roman agréable à lire. 

Je suis dans l’espace. Je l’occupe. J’habite l’intervalle entre les loups, la musique, l’écriture. Et c’est là que je suis le mieux. 

Bonheur fantôme

Anne Percin

Babel, 2017

La lecture hachée et décousue du début a laissé place à une lecture plus réflexive et intense ensuite.

L’installation de Pierre, vingt-huit ans, dans la campagne du Perche prend du temps et laisse ensuite place à la découverte de ce personnage, de son passé.

De nos jours, il faut beaucoup de soin pour redevenir sauvage. Il faut oublier ce qu’on nous a dit, défaire le travail de deuil de l’adolescence, désapprendre le langage des villes. Redevenir sauvage, c’est redevenir enfant. Il y a des habitudes à perdre. La pudeur, la conscience de son apparence, le sens de la mesure et de la décence : voilà contre quoi il faut lutter d’abord.

On reconstitue petit à petit la vie de Pierre, sa passion pour Rosa Bonheur et Simone Weil, la philosophe, la découverte de la nature. L’écriture prend de l’ampleur au fur et à mesure de la lecture, jalonnée de réflexions qui donnent à réfléchir.

La tête est la seule chose qu’on ne puisse pas vider. Au moins peut-on choisir avec la quoi la remplir.

Le narrateur Pierre, se pose dans la vie, bien nécessaire pour laisser partir toutes les turpitudes passées et actuelles. Son histoire d’amour avec R. est joliment bien écrite, les pages sur Rosa Bonheur aussi et me donnent envie de mieux connaître cette femme avant-gardiste sur son temps bien que ses peintures sur les vaches ne m’inspirent pas plus que cela. Quand je retournerai au Musée d’Orsay, je prêterai plus attention à ses toiles.

Aimer la même personne tout sa vie.

J’aimerais savoir si c’est vrai, si ça existe, si ça peut. Tout autour de moi me prouve que, si ce n’est pas totalement impossible, c’est pour le moins très rare. Bien des gens croient aimer tant que le désir dure, tant que la curiosité ou l’admiration les tient. Mais je parle d’un autre amour, comme celui de Rosa et de Nathalie, celui de Paulette et d’André, celui de mes parents, même. Ils ont le bonheur de savoir être malheureux ensemble. Chez eux, le temps et la mémoire, les soucis et le chagrin finissent par se mélanger, se touillent au fond d’une gamelle, puis lèvent comme une pâte à beignets et finissent par faire de l’amour.

Peut-on aimez une bonne fois pour toutes ? Comme on se débarasse d’un souci ? Comme on résout une équation ? Personne de sensé aujourd’hui ne voudrait croire à cela. Moi, j’y crois. Parfois, quelque chose en moi se soulève, comme un voile qui se gonfle. Ça obstrue, ça comble le vide. Quand je me crois voué à la solitude, j’entends ce souffle qui remue et qui me dit que j’ai tort.

Ce livre me donne envie de le relire pour mieux ressaisir tout cette vie qui se mélange à la nôtre.

J’ai encore à lire de cette auteure « Les singuliers » qui parle de cette communauté de peintres qui s’installe à Pont-Aven avec Gauguin en tête.

On peut aussi découvrir la jeunesse du narrateur de « Bonheur  fantôme » dans un « Point de côté ». Je le lirai certainement.

Un jour, tu raconteras cette histoire

Joyce Maynard

Philippe Rey, 2017

Joyce Maynard nous livre son récit de sa rencontre avec Jim, celui qui devint son mari alors qu’elle avait cinquante-cinq ans. Elle se raconte avec cette sincérité que j’apprécie beaucoup. Elle se raconte telle qu’elle était lors de sa rencontre avec Jim, avec son parcours qui est le sien propre. Le fait qu’elle écrive des choses dont on pourrait avoir honte libère son auteure mais aussi ses lecteurs. Cela s’appelle le partage d’expériences qui nous font sentir moins seule face à certaines situations.

Joyce Maynard est donc aussi très sincère avec Jim quand elle le rencontre et se montre sans fards. La première partie du livre est consacrée à ses années où elle vécut seule, femme indépendante qui a tenté le choix d’adopter deux filles, de sœurs de l’étranger pour assouvir son rêve d’avoir une grande famille. Ce fut un fiasco.

Pendant des années, j’ai envié les gens entourés d’une grande famille aimante : ceux dont les parents vivaient encore, ceux dont les frères et sœurs habitaient tout près et venaient boire le café le dimanche, et plus que tout ceux qui élevaient leurs enfants avec l’autre parent. Bien que mère de trois enfants, j’étais en manque de famille. Durant toutes ces années, je m’en cherchais une.

Elle raconte ses aventures amoureuses. Ensuite, elle évoque sa rencontre avec Jim, qui deviendra le grand amour de sa vie, son mari, leur vie commune pas simple pour elle, si indépendante, l’importance de son travail d’écriture mais leur amour a réussi à surmonter ces petites difficultés.

Côté positif des difficultés de notre relation : nous apprenions à admettre nos échecs et nous étions prêts à réparer les dégâts plus volontiers que dans notre jeunesse. L’humilité devant mes erreurs, l’ouverture d’esprit à l’idée qu’il pouvait y avoir des choix valables autres que les miens, était une attitude nouvelle pour moi.

Malheureusement, elle nous fait part de son combat, de leur combat face au cancer du pancréas de Jim, combat perdu.

Tout ce que nous avions désiré à différentes étapes de nos vies -succès, argent, beauté, passions, aventure, voitures, maisons, guitares – était sans importance. Respirer suffirait. Marcher ensemble et rentrer manger tous les deux, finir la journée enlacés dans le même lit tous les soirs. Que demander de plus ?

C’est un livre très émouvant et touchant. J’ai du mal à trouver les mots car Joyce Maynard est une femme qui me touche beaucoup par sa personnalité et ses écrits.

Je l’ai déjà rencontrée à deux reprises : en 2011, à la librairie Shakespeare & cie (Jim était présent) pour son livre autobiographique « Et devant moi, le monde ». L’année dernière, à la librairie Millepages pour son livre « Les règles d’usage », très très bon livre que j’ai beaucoup aimé.

Et je l’ai rencontré une troisième fois ce jeudi à la Librairie de Paris où elle est venue nous présenter son dernier livre. C’est une femme qui garde le sourire, elle est la vie. Elle ne sait pas de quoi sera fait son futur, car il y a peu, elle pensait qu’elle serait encore avec Jim. Elle sait seulement qu’elle continuera à travailler. Cette femme, par son humanité, est un modèle pour moi. Elle est magnifique.