Le poids de la neige

Christian Guay-Poliquin

Les Editions de l’Observatoire, 2018

Un homme blessé dans un accident de voiture est pris en charge par les habitants d’un village isolé. Il y sera soigné par une vétérinaire et son mari pharmacien. Il se retrouve à cohabiter avec Matthias, lui-même tombé en panne dans la forêt. Aussi une grande panne d’électricité qui semble général dans le pays rend les conditions de vie plus difficile, ainsi que cette neige qui les isole encore plus. Ils doivent passer là l’hiver avec la promesse de partir avec un convoi au printemps. Nous sommes au Canada et l’hiver est très très long. On plonge dans le quotidien de ces deux hommes dans cette maison à l’écart du village, dans cette pièce où ils mangent, dorment, jouent aux échecs, où Matthias prend soin du blessé. Le récit est raconté du point de vue du blessé, de son lit.

On va s’en sortir, annonce Matthias en brandissant le livre qui était sur sa table de chevet. La panne, ton accident, ce village, tout ça, ce ne sont que des détours, des histoires incomplètes, des rencontres fortuites. Des nuits d’hiver et des voyageurs.

Ce village s’organise et se rationne pour survivre. On ne découvre pas pourquoi l’électricité ne fonctionne plus mais des échos parviennent jusqu’au village avec pillages, violences… Ce village semble préserver de cela.

J’ai beaucoup aimé cette écriture du quotidien souvent oppressant dans ce huis clos où deux personnes se retrouvent liées par les circonstances. J’ai beaucoup aimé la description des lieux, de l’environnement et de la nature qui nous donne à voir en pensée cette histoire, de l’organisation de cette société humaine face au désastre. La tension est donnée tout au long du livre par le fait qu’on ne sait pas ce qui s’est passé dans le monde avec cette panne générale d’électricité.

Je n’ai pas compris, par contre, les numéros de chapitre qui ne suivent pas et semblent aléatoires.

Un auteur à découvrir !

Publicités

L’amour après

Marceline Loridan-Ivens (avec Judith Perrignon)

Editions Grasset et Fasquelle, 2018

 

Cet ouvrage s’ouvre quand Marceline commence à perdre la vue à Jérusalem. Ce fut un signe. Face à ce moment tragique, elle est scandalisée mais elle sort déjeuner tout de même au restaurant. C’est tout Marceline. Elle dansera avec un jeune homme, fumera… De retour à Paris, elle se replonge dans son passé en ouvrant une valise oubliée avec des lettres et autres documents de sa période de vie où elle a 30 ans et qu’elle est une jeune divorcée. Et pour ceux qui ne connaîtrait pas encore Marceline Loridan-Ivens, elle est une survivante d’Auschwitz mais elle y perdit son père, elle raconte cet épisode tragique dans « Et tu n’es pas revenu », livre pour lequel elle reçut le Grand Prix des Lectrices de ELLE en 2016.

Je ne m’habillais pas de noir comme les filles du quartier, j’accentuais le roux de mes cheveux, j’optais pour des robes à couleurs vives, des pantalons, j’avais besoin qu’on me remarque, qu’on m’entoure, qu’on m’accepte, et je demandais à tous les artistes et intellos du périmètre ce que je devais lire. Gracq ? Je notais puis j’achetais. Faulkner ? D’accord. Il m’en reste des listes d’auteurs et d’œuvres, que je classais par époque, par pays, sur des feuilles volantes ou dans des petits carnets à spirale. Je construisais une bibliothèque imaginaire devant moi, un peu comme on pave son chemin. En me déportant, on m’avait aussi arrachée à l’école, et je préférais me pencher sur ce que je n’avais pas appris que sur ce que j’avais vécu.

Ce passage illustre bien le tempérament de Marceline. Elle va de l’avant, elle a une soif de connaissances, elle est du côté de la vie et de la création.

Dans ce livre, elle raconte son rapport au corps qu’on peut imaginer très difficile après avoir été dans un camp de concentration à 15 ans. D’ailleurs est-ce qu’on peut imaginer l’imaginable ?

Mais grand gamin, c’est parce que mon besoin de communiquer avec mes semblables est immense, c’est parce que j’ai la sensation d’avoir un message à lancer au monde et que cette immense compréhension m’est venue des souffrances de la vie qui m’ont tellement marquée, et cela à cause d’êtres humains au même titre que moi, mais qui se sont laissé emporter par leur plus bas instinct, c’est à cause de toutes les souffrances morales que j’ai ressenti au plus profond de moi-même (la grande compréhension ne peut venir que de la souffrance, de la douleur et seuls les êtres réellement torturés on besoin de communiquer), c’est pour cela que vit en moi cette soif de la plus grande connaissance et ce besoin de création. Ce sera ma façon à moi de faire quelque chose de valable. 

Elle raconte aussi son histoire avec son amie, Simone Veil avec qui elle fut déportée, son grand amour avec Joris Ivens qui l’aida à être une femme complète. Ils travaillèrent ensemble sur la réalisation de films, elle trouva l’amour avec lui qui lui correspondait, être ensemble mais aussi se réaliser seule.

Ce livre est magnifique par l’énergie que Marceline communique. Elle témoigne sur son parcours, sa vie pour se réaliser en tant que femme. Elle dit simplement et avec une grande sincérité ses difficultés, ses interrogations et ce qu’elle a vécu sans aucun tabou. Marceline Loridan-Ivens est un modèle à suivre.

Les amants polyglottes

Lina Wolff

Gallimard « Du Monde Entier », 2018

 

Trois parties

Trois mondes différents

Un lien : Max Lamas, un écrivain, enfin son manuscrit.

Les amants polyglottes est le deuxième roman et le premier traduit en France de Lina Wolff, auteure suédoise.

J’aime beaucoup m’évader avec les auteurs nordiques et ici, on voyage  avec Ellinor en Scanie, petit comté suédois proche du Danemark, à Copenhague, à Stockholm. On voyage dans les turpitudes littéraires de Max Lamas et de ses journées d’errance et d’écriture. Ma partie préférée est celle concernant Lucrezia, car dès les premiers mots, toute l’Italie pénètre les pages du roman avec le bruit, les odeurs, une façon d’être…

La construction du livre est particulière. Les trois parties pourraient se lire indépendamment, comme trois nouvelles, sauf qu’il nous manque une chute… Le lien aussi entre toutes les parties c’est la recherche de l’amour de tous nos protagonistes ou leur interrogations à ce sujet. Les deux premiers protagonistes sont assez brut de décoffrage dans ce domaine, Lucrezia, elle, est plus fine et plus humaine à ce sujet. Il est fait référence à Houellebecq à plusieurs reprises dans le livre. Ellinor lit tous les livres de Houellebecq. On y trouve aussi des citations de ce dernier. 

Livre intéressant mais il manque un petit quelque chose pour qu’il prenne plus de consistance. Dommage !

Bakhita

Véronique olmi

Albin Michel, 2017

J’ai lu ce roman dans le cadre du Grand Prix des Blogueurs Littéraires. « Bakhita » a reçu le prix et en vue de la soirée de remise, je l’ai lu.

Véronique Olmi est une auteure que j’apprécie beaucoup. J’ai lu plusieurs de ses romans et je l’ai vu jouer aussi dans sa pièce « Une séparation ». Une très belle pièce et une femme talentueuse.

Dans Bakhita, on retrouve le talent de Véronique Olmi où elle retrace la vie de Bakhita, petite fille enlevée dans son village soudanais pour devenir esclave. Bakhita deviendra Sainte Bakhita, patronne du Soudan.

C’est un livre dur où on se retrouve dans l’horreur absolue avec cette petite fille enlevée de son village et soumis à la traite musulmane à la fin du XIXe siècle.

C’est un livre qui heurte et qui raconte un côté très noir de notre humanité : L’esclavage.

J’ai été happée tout de suite par la première phrase du roman « Elle ne sait pas comment elle s’appelle. » On sent tout de suite une telle violence dans ces mots. La violence que vivra Bakhita jusqu’à en perdre son nom et son identité.

La vie de Bakhita enfant est bien retracée par Véronique Olmi avec son innocence, son monde d’enfant, ses peurs, son ignorance de ce qui l’attend mais dont elle a l’intuition, sa force malgré tout de garder espoir. Espoir de retrouver sa sœur. Espoir que tout cela s’arrête. On la suite dans son long périple qui la mènera en Italie.

La douceur est apportée par cette famille italienne catholique et le père en particulier qui considère Bakhita comme une de ses enfants. Mais Bakhita est l’esclave d’une autre famille.

Bakhita sortira de l’esclavage en entrant dans les Ordres.

L’écriture de Véronique Olmi est intense et précise. Un livre à lire puissant et nécessaire !

La traite des esclaves passait par l’Italie. De nos jours, beaucoup de migrants fuyant leur pays en guerre atterrissent sur les côtes italiennes. Ont-ils de l’espoir ? Ont-ils le sentiment d’être libres ? Peuvent-ils faire des choix ?

Non.

Avec la caravane elles marchent sur cette terre du Soudan ouverte sous le ciel immense, et souillée par le troc et le trafic. Elles marchent et Bakhita comprend que le temps de la fuite est un temps perdu, le monde des esclaves est le sien, mais il y a toujours, pour la maintenir en vie, un espoir.

Mon avis sur mon blog de Nous étions faits pour être heureux

Le garçon sauvage

Paolo Cognetti,

10/18, 2017

Je dois prévenir tout de suite que ce livre a pâti de ma lecture plutôt hachée cette semaine, la reprise du travail ayant été plutôt intense.

Le début est intéressant, l’auteur/narrateur part s’isoler en montagne dans une baita pendant plusieurs mois pour fuir des mois de travail qui l’ont abattu et laissé désemparé et surtout incapable d’écrire. Après la lecture de livres comme « Walden » de Thoreau, il décide de partir à la montagne dans un endroit plutôt isolé avec de quoi lire et écrire.

Par thème, l’auteur se raconte et raconte la montagne, sa vie, la topographie des lieux, les voisins…

Dans le même style, j’ai lu « Dans les forêts de Sibérie » de Sylvain Tesson, qui au bord du lac Baïkal était lui vraiment isolé. J’avais apprécié la richesse de son écriture avec le détail de ses lectures, de son quotidien, de ses pensées. Ici, Paolo Cognetti m’a semblé resté en surface de sa vie à la montagne d’ermite temporaire. Le début du livre m’a semblé très prometteur mais la suite s’est plutôt affadi. Néanmoins, quand j’ai fermé le livre, il m’a fait réfléchir, j’ai relu certains passages, je me suis interrogée sur cette histoire. J’ai aimé le portrait qu’il dresse de certains personnages comme Remigio, le propriétaire qui lui loue la baita lorsqu’ils comparent leur parcours de lecteur. J’ai trouvé cela intéressant.

La préface de Vincent Raynaud est éclairante sur Paolo Cognetti, son parcours et ses autres œuvres pas encore traduites en France.

Un livre à lire peut-être en prémices de son dernier roman « Les huit montagnes ».

La beauté des jours

Claudie Gallay

Actes Sud, 2017

Claudie Gallay nous fait entrer dans le quotidien de Jeanne, employée de la Poste, la quarantaine, mariée depuis longtemps, ayant deux grandes filles étudiantes. Elle rend visite le dimanche à sa famille.

La routine semble installée : les journées ont l’air de se ressembler et de se répéter à l’infini.

Entre les heures au guichet, la maison, Rémy, les filles, Jeanne n’avait guère de temps pour penser à la lumière. Elle ne s’en plaignait pas, non, ce n’est pas ça. Mais il y avait toutes les choses à faire. Les choses de l’habitude.

 Mais Jeanne est quelqu’un qui regarde la vie. Tous les jours, en fin de journée, elle s’installe dans son jardin pour regarder deux personnes, qui passent dans deux trains différents. Ils rentrent du travail et les imaginent fait l’un pour l’autre…

Elle aime les nombres inversées. Elle a une passion pour l’artiste Marina Abramovic, une performeuse. On retrouve des citations de cette artiste et Jeanne nous la raconte.

M.A. Citation 1 : J’ai longtemps cru qu’on devenait une artiste à partir d’une enfance difficile ou alors si on avait connu un drame ou bien la guerre, ou alors si on avait un don. Mais ce n’est pas ça. On devient artiste parce qu’on est sensible et parce qu’on est mal dans le monde. Ce n’est pas une question de don mais d’incapacité à vivre avec les autres. Et cette incapacité à vivre crée le don.

Elle est dans l’empathie avec les autres. L’aventure est pour elle parfois de suivre quelqu’un dans la rue. Oui, Jeanne est un peu particulière.

Tout son univers est troublé par les retrouvailles avec un ancien ami du lycée, Martin, dont elle était amoureuse à l’époque. Il semble charmant et intéressant. Il se crée un point de tension dans l’histoire à ce moment-là. On se demande si sa vie va basculer, prendre une autre direction ou pas à ce moment-là.

Elle a pensé à la vie, la vie en général. Elle avait sans doute vécu plus de la moitié de la sienne. Peut-être pas, mais sans doute oui. Est-ce qu’ elle n’avait pas un peu dormi pendant toutes ces années ? Surtout, les dix dernières ? Dunkerque tous les étés. Les filles qui avaient grandi.

Est-ce qu’elle avait profité suffisamment ?

Claudie sait créer des univers. Je me souviens de la lecture du roman « Les déferlantes » où j’avais l’impression de sentir les embruns sur ma peau tout le temps.

Au fur et à mesure de l’avancée dans l’histoire, Jeanne avance, progresse dans le « être » et peut dire ce qu’elle veut faire, ce dont elle a envie mais aussi de savoir ce qu’elle a. Elle s’affirme. Elle trouve son équilibre.

Autour d’elle gravite Suzanne, l’amie et voisine qui s’est faite larguer par son compagnon et qui semble terriblement pathétique et désespérée. Mais Jeanne est présente auprès d’elle et l’aide.

Un autre personnage, présent tout au long du livre est Zoé, sa petite nièce qui fait entrer de la douceur, de la poésie, de la créativité dans la vie. Cette petite fille est différente mais elle possède un don, le don de la vie, de l’instant à vivre par son regard étonnant. C’est un personnage que j’ai aimé retrouver tout au long du livre et qui m’a ravie et fait sourire.

J’ai aimé ce roman de bout en bout. On peut être surpris par la vie de Jeanne qui peut paraître monotone au premier abord, mais se rendre à un travail salarié quotidiennement nous fait entrer systématiquement dans une certaine routine. C’est comment on vit ces instants qui fait la différence et fait que notre vie est unique.

Une autre découverte artistique fut l’installation de Christian Boltanski « Les archives du coeur » sur l’île de Teshima au Japon qui crée un vraiment moment de poésie et d’évasion dans le livre. Ce roman est donc à lire. 

– J’ai l’impression qu’il y a deux Jeanne en moi, une qui a eu envie de cette vie calme et bien rangée, et l’autre qui voulait être différente. La première a été la plus forte. Mais j’ai besoin, de temps en temps, de sentir en moi la présence de l’autre.

#ReadingClassicsChallenge2018

J’ai décidé cette année de participer à un challenge, celui de lillyandbooks  qui va me permettre de lire plus de classiques et de sortir quelques livres de ma PAL. Elle a aussi créé à cette occasion une page sur Facebook afin de mieux partager nos lectures.

Elle a décidé que deux auteurs seront mis à l’honneur chaque mois. On peut lire ces deux auteurs mais aussi en lire qu’un. Chacun a le choix du titre qu’il souhaite lire. Cette liberté de choix m’a plu.

Voici les auteurs :

J’ai décidé de piocher au maximum dans ma PAL et de compléter si nécessaire.

Mes choix sont les suivants pour le moment.

Janvier : La princesse de Clèves de Madame La Fayette

Février : Correspondance d’Albert Camus avec Maria Casarès (Oui, ce n’est pas un roman ou un récit, mais je l’ai acheté dernièrement et j’ai trop envie de découvrir ces lettres).

Mars : Petit déjeuner chez Tiffany Truman Capote

Avril : Cela sera Agatha Christie. J’ai remis il n’y pas très longtemps la main sur tous mes Agatha Christie que j’ai lu durant mon adolescence. Je piocherai dedans. 30 ans après…

Mai : Cela sera Svetlana Alexievitch que je n’ai jamais lu et qui est le Prix Nobel 2015. Certainement La guerre n’a pas un visage de femme ou La supplication.

Juin : Henry et June – Les cahiers secrets d’Anaïs Nin

Juillet : Le professeur de Charlotte Brontë

Août : Un recueil de nouvelles, celui d’Alice Munro Fugitives

Septembre : Alors mon cœur balance entre ces deux auteurs. Je lirai donc Roméo et Juliette de William Shakespeare et je commencerai Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir (c’est le seul livre que je n’ai pas lu de Simone de Beauvoir et pourtant c’est un monument).

Octobre : Un cœur simple de Gustave Flaubert.

Novembre : Chez les heureux du monde d’Edith Wharton

Décembre : J’ai lu et parfois relu les livres de Jane Austen, je les connais bien. Je lirai donc Charles Dickens, mais je ne sais pas encore quel titre. Peut-être un de ses contes de Noël.

Merci Lilly pour ce Challenge !