L’amour après

Marceline Loridan-Ivens (avec Judith Perrignon)

Editions Grasset et Fasquelle, 2018

 

Cet ouvrage s’ouvre quand Marceline commence à perdre la vue à Jérusalem. Ce fut un signe. Face à ce moment tragique, elle est scandalisée mais elle sort déjeuner tout de même au restaurant. C’est tout Marceline. Elle dansera avec un jeune homme, fumera… De retour à Paris, elle se replonge dans son passé en ouvrant une valise oubliée avec des lettres et autres documents de sa période de vie où elle a 30 ans et qu’elle est une jeune divorcée. Et pour ceux qui ne connaîtrait pas encore Marceline Loridan-Ivens, elle est une survivante d’Auschwitz mais elle y perdit son père, elle raconte cet épisode tragique dans « Et tu n’es pas revenu », livre pour lequel elle reçut le Grand Prix des Lectrices de ELLE en 2016.

Je ne m’habillais pas de noir comme les filles du quartier, j’accentuais le roux de mes cheveux, j’optais pour des robes à couleurs vives, des pantalons, j’avais besoin qu’on me remarque, qu’on m’entoure, qu’on m’accepte, et je demandais à tous les artistes et intellos du périmètre ce que je devais lire. Gracq ? Je notais puis j’achetais. Faulkner ? D’accord. Il m’en reste des listes d’auteurs et d’œuvres, que je classais par époque, par pays, sur des feuilles volantes ou dans des petits carnets à spirale. Je construisais une bibliothèque imaginaire devant moi, un peu comme on pave son chemin. En me déportant, on m’avait aussi arrachée à l’école, et je préférais me pencher sur ce que je n’avais pas appris que sur ce que j’avais vécu.

Ce passage illustre bien le tempérament de Marceline. Elle va de l’avant, elle a une soif de connaissances, elle est du côté de la vie et de la création.

Dans ce livre, elle raconte son rapport au corps qu’on peut imaginer très difficile après avoir été dans un camp de concentration à 15 ans. D’ailleurs est-ce qu’on peut imaginer l’imaginable ?

Mais grand gamin, c’est parce que mon besoin de communiquer avec mes semblables est immense, c’est parce que j’ai la sensation d’avoir un message à lancer au monde et que cette immense compréhension m’est venue des souffrances de la vie qui m’ont tellement marquée, et cela à cause d’êtres humains au même titre que moi, mais qui se sont laissé emporter par leur plus bas instinct, c’est à cause de toutes les souffrances morales que j’ai ressenti au plus profond de moi-même (la grande compréhension ne peut venir que de la souffrance, de la douleur et seuls les êtres réellement torturés on besoin de communiquer), c’est pour cela que vit en moi cette soif de la plus grande connaissance et ce besoin de création. Ce sera ma façon à moi de faire quelque chose de valable. 

Elle raconte aussi son histoire avec son amie, Simone Veil avec qui elle fut déportée, son grand amour avec Joris Ivens qui l’aida à être une femme complète. Ils travaillèrent ensemble sur la réalisation de films, elle trouva l’amour avec lui qui lui correspondait, être ensemble mais aussi se réaliser seule.

Ce livre est magnifique par l’énergie que Marceline communique. Elle témoigne sur son parcours, sa vie pour se réaliser en tant que femme. Elle dit simplement et avec une grande sincérité ses difficultés, ses interrogations et ce qu’elle a vécu sans aucun tabou. Marceline Loridan-Ivens est un modèle à suivre.

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Bakhita

Véronique olmi

Albin Michel, 2017

J’ai lu ce roman dans le cadre du Grand Prix des Blogueurs Littéraires. « Bakhita » a reçu le prix et en vue de la soirée de remise, je l’ai lu.

Véronique Olmi est une auteure que j’apprécie beaucoup. J’ai lu plusieurs de ses romans et je l’ai vu jouer aussi dans sa pièce « Une séparation ». Une très belle pièce et une femme talentueuse.

Dans Bakhita, on retrouve le talent de Véronique Olmi où elle retrace la vie de Bakhita, petite fille enlevée dans son village soudanais pour devenir esclave. Bakhita deviendra Sainte Bakhita, patronne du Soudan.

C’est un livre dur où on se retrouve dans l’horreur absolue avec cette petite fille enlevée de son village et soumis à la traite musulmane à la fin du XIXe siècle.

C’est un livre qui heurte et qui raconte un côté très noir de notre humanité : L’esclavage.

J’ai été happée tout de suite par la première phrase du roman « Elle ne sait pas comment elle s’appelle. » On sent tout de suite une telle violence dans ces mots. La violence que vivra Bakhita jusqu’à en perdre son nom et son identité.

La vie de Bakhita enfant est bien retracée par Véronique Olmi avec son innocence, son monde d’enfant, ses peurs, son ignorance de ce qui l’attend mais dont elle a l’intuition, sa force malgré tout de garder espoir. Espoir de retrouver sa sœur. Espoir que tout cela s’arrête. On la suite dans son long périple qui la mènera en Italie.

La douceur est apportée par cette famille italienne catholique et le père en particulier qui considère Bakhita comme une de ses enfants. Mais Bakhita est l’esclave d’une autre famille.

Bakhita sortira de l’esclavage en entrant dans les Ordres.

L’écriture de Véronique Olmi est intense et précise. Un livre à lire puissant et nécessaire !

La traite des esclaves passait par l’Italie. De nos jours, beaucoup de migrants fuyant leur pays en guerre atterrissent sur les côtes italiennes. Ont-ils de l’espoir ? Ont-ils le sentiment d’être libres ? Peuvent-ils faire des choix ?

Non.

Avec la caravane elles marchent sur cette terre du Soudan ouverte sous le ciel immense, et souillée par le troc et le trafic. Elles marchent et Bakhita comprend que le temps de la fuite est un temps perdu, le monde des esclaves est le sien, mais il y a toujours, pour la maintenir en vie, un espoir.

Mon avis sur mon blog de Nous étions faits pour être heureux

La beauté des jours

Claudie Gallay

Actes Sud, 2017

Claudie Gallay nous fait entrer dans le quotidien de Jeanne, employée de la Poste, la quarantaine, mariée depuis longtemps, ayant deux grandes filles étudiantes. Elle rend visite le dimanche à sa famille.

La routine semble installée : les journées ont l’air de se ressembler et de se répéter à l’infini.

Entre les heures au guichet, la maison, Rémy, les filles, Jeanne n’avait guère de temps pour penser à la lumière. Elle ne s’en plaignait pas, non, ce n’est pas ça. Mais il y avait toutes les choses à faire. Les choses de l’habitude.

 Mais Jeanne est quelqu’un qui regarde la vie. Tous les jours, en fin de journée, elle s’installe dans son jardin pour regarder deux personnes, qui passent dans deux trains différents. Ils rentrent du travail et les imaginent fait l’un pour l’autre…

Elle aime les nombres inversées. Elle a une passion pour l’artiste Marina Abramovic, une performeuse. On retrouve des citations de cette artiste et Jeanne nous la raconte.

M.A. Citation 1 : J’ai longtemps cru qu’on devenait une artiste à partir d’une enfance difficile ou alors si on avait connu un drame ou bien la guerre, ou alors si on avait un don. Mais ce n’est pas ça. On devient artiste parce qu’on est sensible et parce qu’on est mal dans le monde. Ce n’est pas une question de don mais d’incapacité à vivre avec les autres. Et cette incapacité à vivre crée le don.

Elle est dans l’empathie avec les autres. L’aventure est pour elle parfois de suivre quelqu’un dans la rue. Oui, Jeanne est un peu particulière.

Tout son univers est troublé par les retrouvailles avec un ancien ami du lycée, Martin, dont elle était amoureuse à l’époque. Il semble charmant et intéressant. Il se crée un point de tension dans l’histoire à ce moment-là. On se demande si sa vie va basculer, prendre une autre direction ou pas à ce moment-là.

Elle a pensé à la vie, la vie en général. Elle avait sans doute vécu plus de la moitié de la sienne. Peut-être pas, mais sans doute oui. Est-ce qu’ elle n’avait pas un peu dormi pendant toutes ces années ? Surtout, les dix dernières ? Dunkerque tous les étés. Les filles qui avaient grandi.

Est-ce qu’elle avait profité suffisamment ?

Claudie sait créer des univers. Je me souviens de la lecture du roman « Les déferlantes » où j’avais l’impression de sentir les embruns sur ma peau tout le temps.

Au fur et à mesure de l’avancée dans l’histoire, Jeanne avance, progresse dans le « être » et peut dire ce qu’elle veut faire, ce dont elle a envie mais aussi de savoir ce qu’elle a. Elle s’affirme. Elle trouve son équilibre.

Autour d’elle gravite Suzanne, l’amie et voisine qui s’est faite larguer par son compagnon et qui semble terriblement pathétique et désespérée. Mais Jeanne est présente auprès d’elle et l’aide.

Un autre personnage, présent tout au long du livre est Zoé, sa petite nièce qui fait entrer de la douceur, de la poésie, de la créativité dans la vie. Cette petite fille est différente mais elle possède un don, le don de la vie, de l’instant à vivre par son regard étonnant. C’est un personnage que j’ai aimé retrouver tout au long du livre et qui m’a ravie et fait sourire.

J’ai aimé ce roman de bout en bout. On peut être surpris par la vie de Jeanne qui peut paraître monotone au premier abord, mais se rendre à un travail salarié quotidiennement nous fait entrer systématiquement dans une certaine routine. C’est comment on vit ces instants qui fait la différence et fait que notre vie est unique.

Une autre découverte artistique fut l’installation de Christian Boltanski « Les archives du coeur » sur l’île de Teshima au Japon qui crée un vraiment moment de poésie et d’évasion dans le livre. Ce roman est donc à lire. 

– J’ai l’impression qu’il y a deux Jeanne en moi, une qui a eu envie de cette vie calme et bien rangée, et l’autre qui voulait être différente. La première a été la plus forte. Mais j’ai besoin, de temps en temps, de sentir en moi la présence de l’autre.

Nous rêvions juste de liberté

Henri Loevenbruck

Flammarion, 2015

La quatrième de couverture :

«Nous avions à peine vingt ans et nous rêvions juste de liberté.» Ce rêve, la bande d’Hugo va l’exaucer en fuyant la petite ville de Providence pour traverser le pays à moto. Ensemble, ils vont former un clan où l’indépendance et l’amitié règnent en maîtres. Ensemble ils vont, pour le meilleur et pour le pire, découvrir que la liberté se paie cher. Nous rêvions juste de liberté réussit le tour de force d’être à la fois un roman initiatique, une fable sur l’amitié en même temps que le récit d’une aventure. Avec ce livre d’un nouveau genre, Henri Loevenbruck met toute la vitalité de son écriture au service de ce road-movie fraternel et exalté.

Mon avis :

Cela faisait longtemps que j’avais envie de lire ce livre. Déjà, le titre m’attirait « Nous rêvions juste de liberté ». La photo de couverture illustre bien ce livre, le monde de la moto et de la route. Vivre le temps d’un livre dans un monde inhabituel avec des codes différents. Vivre au milieu de jeune gars qui après bien des péripéties prennent la route sur leur moto. Suivre ce Hugo devenu Bohem. Connaître le club des 1%. Rouler dans les paysages américains. Mettre à l’épreuve la fraternité de cette bande qui ne résistera pas au passage du temps. La sensibilité sous la dureté. Hugo devenu Bohem et qui le restera. Henri Loevenbruck a su écrire de façon très forte tout ce qui se passe, tout ce qui se joue dans la relation entre ces personnages. C’est un livre exaltant qui nous fait réfléchir à ce que nous sommes, à notre vie, à nos rêves de jeunesse. C’est un livre qui nous fait dire que la vie est précieuse et qu’il faut la vivre comme on l’entend. J’ai beaucoup aimé être transportée par cette histoire et cette écriture.

Le désert fait partie de mes plus beaux souvenirs à bécane. Le désert, c’est du vide vachement bien décoré. Et le vide, c’est toujours de l’espace de gagné pour la liberté.

J’ai roulé dans le désert, j’ai roulé sur les montagnes, j’ai roulé dans le soleil et la neige, j’ai vu des terres familières et des territoires inconnus, j’ai vu des forêts et des lacs, des champs et des collines, des routes bien droites et des lacets, des pentes et des plaines, j’ai vu mille visages, mille paysages, j’ai connu les joies sublimes et le désespoir, la peur et l’espérance, j’ai connu les pannes, de fuel et de courage, j’ai connu la haine et l’amitié, la faim, le froid, la canicule, j’ai reconnu des frères, enlacé des passantes, j’ai bu dans mille bars, dormi sous mille étoiles, j’ai cru mourir mille fois et dans mes songes, toujours, il y avait notre bande, il y avait Melaine, il y avait Oscar et il y avait Freddy.

– Elle fait partie de toi maintenant. T’es un 1%, Bohem, essaie de toujours le rester. Essaie de ne jamais oublier tes rêves. La vie, les gens, tous essaieront de t’empêcher d’être libre. La liberté, c’est un boulot de tous les jours. Un boulot à plein temps. Cette bague, elle est là pour que t’oublies jamais.

          

Bonheur fantôme

Anne Percin

Babel, 2017

La lecture hachée et décousue du début a laissé place à une lecture plus réflexive et intense ensuite.

L’installation de Pierre, vingt-huit ans, dans la campagne du Perche prend du temps et laisse ensuite place à la découverte de ce personnage, de son passé.

De nos jours, il faut beaucoup de soin pour redevenir sauvage. Il faut oublier ce qu’on nous a dit, défaire le travail de deuil de l’adolescence, désapprendre le langage des villes. Redevenir sauvage, c’est redevenir enfant. Il y a des habitudes à perdre. La pudeur, la conscience de son apparence, le sens de la mesure et de la décence : voilà contre quoi il faut lutter d’abord.

On reconstitue petit à petit la vie de Pierre, sa passion pour Rosa Bonheur et Simone Weil, la philosophe, la découverte de la nature. L’écriture prend de l’ampleur au fur et à mesure de la lecture, jalonnée de réflexions qui donnent à réfléchir.

La tête est la seule chose qu’on ne puisse pas vider. Au moins peut-on choisir avec la quoi la remplir.

Le narrateur Pierre, se pose dans la vie, bien nécessaire pour laisser partir toutes les turpitudes passées et actuelles. Son histoire d’amour avec R. est joliment bien écrite, les pages sur Rosa Bonheur aussi et me donnent envie de mieux connaître cette femme avant-gardiste sur son temps bien que ses peintures sur les vaches ne m’inspirent pas plus que cela. Quand je retournerai au Musée d’Orsay, je prêterai plus attention à ses toiles.

Aimer la même personne tout sa vie.

J’aimerais savoir si c’est vrai, si ça existe, si ça peut. Tout autour de moi me prouve que, si ce n’est pas totalement impossible, c’est pour le moins très rare. Bien des gens croient aimer tant que le désir dure, tant que la curiosité ou l’admiration les tient. Mais je parle d’un autre amour, comme celui de Rosa et de Nathalie, celui de Paulette et d’André, celui de mes parents, même. Ils ont le bonheur de savoir être malheureux ensemble. Chez eux, le temps et la mémoire, les soucis et le chagrin finissent par se mélanger, se touillent au fond d’une gamelle, puis lèvent comme une pâte à beignets et finissent par faire de l’amour.

Peut-on aimez une bonne fois pour toutes ? Comme on se débarasse d’un souci ? Comme on résout une équation ? Personne de sensé aujourd’hui ne voudrait croire à cela. Moi, j’y crois. Parfois, quelque chose en moi se soulève, comme un voile qui se gonfle. Ça obstrue, ça comble le vide. Quand je me crois voué à la solitude, j’entends ce souffle qui remue et qui me dit que j’ai tort.

Ce livre me donne envie de le relire pour mieux ressaisir tout cette vie qui se mélange à la nôtre.

J’ai encore à lire de cette auteure « Les singuliers » qui parle de cette communauté de peintres qui s’installe à Pont-Aven avec Gauguin en tête.

On peut aussi découvrir la jeunesse du narrateur de « Bonheur  fantôme » dans un « Point de côté ». Je le lirai certainement.

Yeruldelgger

Ian Manook

Le Livre de Poche, 2016

Ian Manook, comme le nom ne l’indique pas, est un écrivain français. Son livre nous plonge dans la Mongolie des steppes mais aussi celle d’Oulan Bator avec sa rudesse. J’ai découvert ce commissaire Yeruldelgger, un homme présenté avec ses failles mais totalement investi dans son travail d’enquête.

Ian Manook sait planter les décors et nous offre une histoire relancée sans cesse par des rebondissements. C’est assez hard à lire dans l’horreur de certains événements. C’est un roman noir : corruption, violence…

On lit ce livre comme on verrait un film. On est transporté en Mongolie mais là, cela ne donne pas envie d’y aller, car c’est trash. On voit le contraste de la steppe avec les traditions conservées et la ville. Mais dans la steppe, la pauvreté pousse à accepter des choses inimaginables.

J’ai aimé la douceur apportée par Solongo, la compagne de Yeruldelgger. J’ai apprécié son mode de vie, elle vit dans une yourte dans Oulan Bator dans un coin isolé et préservé avec un magnifique jardin entre modernité et respect des traditions. C’est une femme intelligente et de grande bonté. Elle est aussi médecin légiste. L’intrépidité viens aussi de la jeune inspectrice Oyun, totalement investie et perspicace. Les femmes sont mises à l’honneur dans ce livre.

C’est un livre riche de paysages, de façons de vivre, de blessures, d’humanité, d’actions et de rebondissements, de découvertes. On est tenu en haleine tout au long du livre et j’ai été surprise par tous les rebondissements. A lire si vous souhaitez une lecture décoiffante !

En quelques jours au monastère, il avait perdu la colère et retrouvé la force. On n’apprend pas seul, et l’adversaire aussi est un partenaire. Sa force fait la nôtre, cette force qui détruit ce que la colère ne fait qu’emporter. Comment avait-il pu s’éloigner à ce point de la vérité de l’enseignement ? Il espérait aujourd’hui avoir retrouvé sa richesse intérieure. Chercher à ressentir autant qu’à réfléchir. Eviter les combats inutiles, qui ne sont que la preuve de l’inefficacité de tout autre chose, mais ne jamais reculer une fois le combat engagé. Toujours avancer, sans colère, toujours à son rythme. Maintenir sa force. Ne pas essayer d’éviter les corps en reculant, mais toujours avancer sur eux en se désaxant. Pénétrer l’attaque de l’autre plutôt que d’attaquer soi-même. Comment avait-il pu oublier tout cela ?

La suite est par ici et me tente bien :

     

Ce livre était dans ma PAL depuis un an. Heureuse de l’avoir sorti, j’ai passé un très bon moment de lecture.

La dame blanche

Christian Bobin

Folio, 2010

« La dame blanche » est un petit livre à part dans la production de Bobin, celui-ci aborde la vie d’Emily Dickinson par petites touches. Je ne savais rien de sa vie si particulière. Elle vit enfermée chez elle, la plupart du temps dans sa chambre, le plus lointain horizon semble être le jardin. Elle m’a fait penser à Virginia Woolf par cette incapacité à vivre sereinement. Elle n’a pas de vie sociale mais entretient des correspondances. De son vivant, on retiendra ses dons pour le jardinage. Ses poèmes sont découverts après sa mort. Ce livre nous fait donc entrer dans l’univers d’Emily Dickinson. Cela peut-être un joli préambule avant de lire ses poèmes.

Bien avant d’être une manière d’écrire, la poésie est une façon d’orienter sa vie, de la tourner vers le soleil de l’invisible.

Elle peut griffonner un poème sur l’enveloppe du chocolat dont elle se sert pour faire un gâteau, comme elle peut écrire dans la remise fraîche et calme où elle écrème le lait. Elle s’y prend à plusieurs fois, multiplie les brouillons, ne ménage pas sa peine. Il faut que tout soit sur la page comme le contraire d’un orphelinat : que plus personne ne soit abandonné.

 

Ce livre est enfin sorti de ma PAL où il dormait depuis 2013.