La dame blanche

Christian Bobin

Folio, 2010

« La dame blanche » est un petit livre à part dans la production de Bobin, celui-ci aborde la vie d’Emily Dickinson par petites touches. Je ne savais rien de sa vie si particulière. Elle vit enfermée chez elle, la plupart du temps dans sa chambre, le plus lointain horizon semble être le jardin. Elle m’a fait penser à Virginia Woolf par cette incapacité à vivre sereinement. Elle n’a pas de vie sociale mais entretient des correspondances. De son vivant, on retiendra ses dons pour le jardinage. Ses poèmes sont découverts après sa mort. Ce livre nous fait donc entrer dans l’univers d’Emily Dickinson. Cela peut-être un joli préambule avant de lire ses poèmes.

Bien avant d’être une manière d’écrire, la poésie est une façon d’orienter sa vie, de la tourner vers le soleil de l’invisible.

Elle peut griffonner un poème sur l’enveloppe du chocolat dont elle se sert pour faire un gâteau, comme elle peut écrire dans la remise fraîche et calme où elle écrème le lait. Elle s’y prend à plusieurs fois, multiplie les brouillons, ne ménage pas sa peine. Il faut que tout soit sur la page comme le contraire d’un orphelinat : que plus personne ne soit abandonné.

 

Ce livre est enfin sorti de ma PAL où il dormait depuis 2013.

La carapace de la tortue

Marie-Laure Hubert Nasser

Folio, 2016

Présentation de l’éditeur

« Oui, je suis venue sur terre comme une tortue, encombrée d’une carapace. Qui rentre la tête quand le monde extérieur est trop douloureux ». Clotilde cache ses complexes derrière d’amples vêtements. Après avoir tenté sa chance à Paris, cette jeune Bordelaise revient au pays grâce à sa grand-tante. Sous des dehors revêches, Thérèse a prévu pour sa petite-nièce un strict programme de remise en forme. Avec l’aide de tous les voisins qui ont au préalable passé un casting impitoyable, Clotilde devra sortir de sa réserve. Il y a Claudie qui aime raconter ses histoires de fesses, Sarah et Sophie, délaissées par leur mari et bien décidées à s’en accommoder, Elisabeth, la business woman meurtrie de ne pas voir grandir ses trois enfants… Chacun à sa façon va aider Clotilde à reprendre goût à la vie. Une galerie de portraits attachante, l’histoire d’une renaissance racontée avec énergie et un humour parfois corrosif.

Mon avis

Ce livre m’a tout de suite fait penser à « Big » de Valérie Tong Cuong à cause du personnage principal hyper complexé dans son corps, dans ses kilos en trop. Le personnage de Valérie Tong Cuong, elle, ne sortait que la nuit et vivait hors de la société. Ici, dans ce livre, Clotilde est une jeune femme qui a un corps qui est décrit comme une « masse informe » et qui cache son visage sous un chapeau. Ici, Clotilde subit. Elle a tout de même pris la décision de quitter sa famille qui n’a jamais su l’aimer et de demander l’aide d’une tante. Mais à part cela, les pensées de Clotilde me semblaient vides, concentrées sur ses complexes physiques.

Plus simplement, elle avait constaté, jour après jour chez ses voisins, que l’enveloppe physique qui la contenait pouvait éloigner ceux qu’elle avait commencé à aimer. Une aversion instantanée. Comme une brûlure. Un rejet qui détournait les visages, même bienveillants. Comme le regard fuyant du père de Léo qui partait le matin pour son jogging. Dans ses yeux, elle aurait désiré lire de l’amitié. Un signe d’affection. Pas plus. Elle n’en voulait pas plus.

J’ai eu du mal à avoir de l’empathie pour ce personnage jusqu’au moment où le journal de Clotilde nous est donné à lire. Son journal nous fait découvrir le calvaire qu’elle a vécu. On apprend aussi que sa naissance est du à un événement tragique qui fait qu’elle n’a pas pu être aimée par ses parents ou dans tous les cas, mal aimée. On prend connaissance de la maltraitance psychologique qu’elle a subi donc au sein de sa famille et à l’école. Par son journal, on découvre une jeune femme cultivée dont la passion pour l’Art l’a maintenue dans la vie et aidée à vivre. Et on assiste dans ce journal à son éveil de la vie, des efforts qu’elle fit pour vaincre ses complexes et avancer dans la vie. A un moment, on se serait presque cru dans un conte de fées avec toutes ses bonnes fées qui se penchent sur elle mais l’auteure en a décidé autrement pour la fin de ce roman. Cette fin me fait penser d’ailleurs à celle de Renée dans « L’élégance du hérisson » de Muriel Barbery. Elle se retrouve fauchée en plein début de bonheur, d’un futur plus radieux.

J’ai failli lâcher la lecture donc juste avant la lecture du journal de Clotilde car je trouvais ces complexes disproportionnées, ses problèmes de communication extrêmes. Je n’ai jamais vu de personnes si laides qui doivent vivre ce cauchemar. La beauté pour moi est ailleurs aussi, dans l’intelligence humaine, le savoir-vivre et un savoir-être agréable, la curiosité et l’ouverture aux autres, l’humour, savoir se moquer de soi… Et lire des livres où les personnages se rendent la vie impossible à cause de leur physique, cela m’insupporte.

Finalement, j’ai apprécié la lecture de ce roman qui fait réfléchir sur les blessures psychiques, la relation au corps et la méchanceté ou la bêtise de certains.

Clotilde aimait l’Art et c’est ce qui l’a fait exister aux yeux des autres, c’est ce qui l’a rendu belle.

Cultivons nos passions !

J’ai découvert une nouvelle maison d’édition. Avant d’être édité en Folio, ce roman était édité aux Editions Passiflore. C’est une maison d’édition du Sud-Ouest située à Dax.

On découvre que Marie-Laure Hubert Nasser a écrit un deuxième roman « Spleen Machine » que je pense lire.